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[Edito vidéo] Cogestion über alles

Christine Kerdellant - Directrice de la rédaction ,

Publié le

Vidéo L'éditorial de Christine Kerdellant, directrice de la rédaction de L'Usine Nouvelle.

[Edito vidéo] Cogestion über alles © DR

 

Il aura fallu cinq mois et dix jours pour mettre en place une nouvelle coalition en Allemagne. En France, nous démarrons plus vite, certes. Mais les ambiguïtés non levées viennent souvent entraver notre efficacité. Les Allemands prennent leur temps pour accorder leurs violons, mais ensuite, rien ne résiste à leur rouleau compresseur. Il en est ainsi de leur industrie. Le secret de leur efficacité est connu : Mitbestimmung, la cogestion, comme pilier du modèle social et économique. On sait moins qu’elle n’a pas été le fruit d’une loi, mais d’une culture et d’une histoire ancienne, comme le rappelle Jean-Marc Holtz, professeur de l’université de Perpignan, dans « Les très riches heures de l’histoire économique allemande ». Cet universitaire s’est étonné de découvrir, en 2012, dans le rapport Gallois sur la compétitivité de l’industrie française, l’idée d’introduire dans les conseils d’administration et de surveillance des firmes de plus de 5 000 salariés au moins quatre représentants des salariés, avec voix délibérative. Car un trait de plume ne suffit pas à rattraper un siècle et demi d’avancées.

Les prémisses de la cogestion germanique remontent à la révolution de mars 1848, quand un imprimeur et quatre patrons du textile créent des comités d’établissement. En 1922, l’État place des salariés dans les conseils de surveillance des chemins de fer. En 1947, trois industriels instaurent les premières cogestions paritaires. Le texte sur la cogestion de 1951 naît d’une discussion entre le chancelier Adenauer et le président de la DGB, la confédération allemande des syndicats : au lieu d’exiger d’immédiates (et irréalistes) hausses de salaires, il va négocier le partage du pouvoir dans l’entreprise ; le patronat devra s’en accommoder.

La place réservée outre-Rhin aux syndicats et aux représentants du personnel est un facteur de paix sociale et un obstacle majeur au radicalisme. « Le pitoyable spectacle offert par les syndicalistes français (CGT notamment) lors des divers conflits sociaux, comme Air France en octobre 2015, est impensable en Allemagne », ironise Jean-Marc Holtz. Les entreprises françaises se sont, depuis trois décennies, converties au mode de gestion anglo-saxon, mais l’État français est très interventionniste ; en Allemagne, l’entreprise est gérée de manière consensuelle, mais l’État se recentre peu à peu sur ses fonctions régaliennes.

Emmanuel Macron a voulu s’inscrire dans les pas du général de Gaulle en exhumant un thème que l’homme du 18 juin n’avait jamais fait pleinement accepter à son Premier ministre Pompidou (qui venait de chez Rothschild quand de Gaulle, lui, était militaire de père enseignant). Car au-delà de la participation, il rêvait d’une « troisième voie » entre le capitalisme et le communisme.

La mission de Nicole Notat et de Jean-Dominique Senard sur l’utilité sociale de l’entreprise a débouché sur une nouvelle définition incluant les enjeux sociaux et environnementaux, mais aussi une préconisation : renforcer la présence des administrateurs salariés au sein des entreprises de plus de 1 000 salariés. Sans verser dans l’utopie : Notat comme Senard savent que la cogestion ne se décrète pas…

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