Dure confrontation sociale en vue à l’usine Goodyear d’Amiens

La décision de fermeture de l’usine Goodyear d’Amiens Nord a été annoncée au cours d'un comité central d'entreprise (CCE) jeudi matin 31 janvier. Le syndicat majoritaire du site, la CGT, prévoit de se battre jusqu’au bout et sur tous les fronts pour l’éviter. Les premières mesures d’accompagnement dévoilées par la direction n’ont pas encore été discutées.

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Dure confrontation sociale en vue à l’usine Goodyear d’Amiens

C’est d’abord une annonce. Elle est violente. La direction de Goodyear projette la fermeture totale de son site d’Amiens Nord : 1 173 postes en tout.

Puis c’est un dialogue de sourds entre le syndicat majoritaire, la CGT et la direction qui posent deux diagnostics opposés sur ce qui va se passer maintenant. Pour Henry Dumontier, directeur général de Goodyear Dunlop France, "cela fait cinq ans que l’on a tout tenté pour trouver des solutions pour ce site. La seule option est désormais la fermeture." Pour Mickaël Wamen, délégué CGT "Cela fait cinq ans que l’on se bat et plusieurs PSE que l’on repousse, ce n’est pas maintenant qu’on va arrêter de se battre pour nos emplois".

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Un scénario de contestation à la Continental

Le leader cégétiste prévoit déjà un scénario de contestation à la Continental (l’usine de pneu de tourisme de Clairoix dans l'Oise qui a fermé en 2010). Le syndicat affrètera des cars pour amener un maximum de salariés de l’usine devant le siège de Goodyear France à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) pour le prochain CCE qui se tiendra le 12 février prochain. Ce matin, il a appelé tous les salariés français touchés par des PSE et le collectif contre les "licenciements boursiers" à les rejoindre.

La direction de Goodyear, de son côté, conteste cette appellation de licenciements boursiers. "Notre entreprise n’a pas versé de dividendes depuis 2003. Elle est dans une situation fragile avec un endettement de 3,7 milliards de dollars. Nous perdons 30 euros sur chaque pneu qui sort de l’usine Goodyear d’Amiens Nord." Il y a quatre mois de stock dans l’usine car, selon Goodyear, la demande pour ces petits pneus tourisme n’est plus là.

Accompagner les départs

La réunion de ce matin était une première réunion d’annonce mais la direction a déjà dévoilé une partie des mesures qu’elle compte proposer pour accompagner les départs. Ce ne sont que des ébauches à ce stade : une centaine de reclassement en interne dans les autres usines du groupe à Amiens Sud et Montluçon (Alliers), la mise en œuvre de congé de reclassement de 12 mois et jusqu’à 18 mois pour les plus âgés, un campus de formation doté de 4 millions d’euros, des aides à la création d’entreprises, un accompagnement psychologique et un accompagnement financier. Pour la CGT, il ne s’agit pas de courir après un chèque. "Dans notre région, la situation économique est totalement déstructurée, il n’y a plus d’emplois" estime Franck Jurek, secrétaire (CGT) du comité d'entreprise d’Amiens Nord.

Les solutions pour éviter une fermeture totale du site semblent aujourd’hui limitées depuis le retrait à l’automne dernier de l’entreprise Titan qui était volontaire pour reprendre 537 emplois et la production de pneus agricoles. "La stratégie jusqu’au-boutiste a ses limites, a expliqué ce matin Henry Dumontier, j’appelle les représentants des salariés à prendre leur responsabilité. Le dialogue social doit être relancé. Le repreneur n’est plus là. Il faut que chacun se regarde en face."

1 200 emplois directs, 800 indirects

Y-a-t-il une solution extérieure pour dénouer la situation ? Ce matin Mickaël Wamen en a appelé au ministre du Redressement productif. A la sortie du CCE, il a lancé : "Arnaud Montebourg, tu as dit que tu voulais éviter le pire, va voir ton copain Hollande et fais ton boulot." De son côté la direction a confirmé être en contact avec le cabinet de Michel Sapin et d’Arnaud Montebourg. "Nous sommes à l’écoute de toutes les parties prenantes. De tout ce qui pourrait faire bouger les choses. Mais nous avons fait 61 millions de pertes sur ce site l’an dernier et je le répète toutes nos solutions sont rejetées depuis cinq ans."

Pour le directeur général de Goodyear France les diverses tentatives de médiations n’ont été utilisées par les organisations syndicales que pour gagner du temps. Selon le maire (PS) d’Amiens Gilles Demailly interrogé par l’AFP la décision de Goodyear est "inacceptable". Il y aurait selon lui au-delà des 1 200 emplois directs, 800 autres emplois indirects menacés dans cette zone.

Anne-Sophie Bellaiche

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