Economie

Du délicat usage du Grand Débat par les organisations patronales

Cécile Maillard , ,

Publié le

Pas facile pour les organisations patronales de trouver leur place dans le Grand Débat national initié par l’exécutif. Habituées à faire des propositions, elles ont joué le jeu, mais en évitant de trop s’exposer.

Du délicat usage du Grand Débat par les organisations patronales
150 entrepreneurs du Rhône réunis par le Medef, le 4 mars, dans le cadre du Grand Débat.

Ecouter le terrain n’est pas qu’une préoccupation de l’exécutif. "Quand Emmanuel Macron a lancé le Grand Débat, nous nous sommes interrogés sur ce que devait être notre rôle, notre place, raconte Jean-Eudes du Mesnil, secrétaire général de la CPME. Faire des propositions est dans notre ADN, alors pourquoi et comment participer ? Finalement, nous nous sommes dit que c’était l’occasion de discuter de nos positions avec nos adhérents, d’aller nous aussi à l’écoute du terrain, de notre terrain. Le risque pour une structure comme la nôtre est de se couper des personnes qu’elle représente…"

D’autant que dans le mouvement des gilets jaunes, les adhérents de la CPME se sont retrouvés des deux côtés, certains avec les protestataires, d’autres, commerçants surtout, parmi les victimes des blocages et manifestations.

Les 104 unions locales de l’organisation représentative des PME ont dès janvier organisé des réunions, puis fait remonter à Paris le contenu de leurs échanges. En tête des préoccupations des chefs d’entreprise : le mille-feuille administratif, l’inégalité de traitement entre secteurs public et privé, les dépenses publiques trop élevées, qui entraînent trop de prélèvements… Les propositions jugées prioritaires par les unions locales, appelées à voter, ont été soumises aux Français par un institut de sondage. "On voulait savoir si nos propositions rencontraient ou non les attentes des citoyens", précise Jean-Eudes du Mesnil. 85% des Français se disent d’accord pour que le secteur public se voie appliquer les mêmes règles que le privé, 88% veulent que les dépenses publiques de la France se situent dans la moyenne de celles des autres pays européens, 63% seulement – mais tout même – veulent bien réduire le nombre de fonctionnaires (hors police, école…).

Propositions du Medef le 19 mars

Au Medef aussi, les structures territoriales ont été encouragées à organiser des débats. 133 se sont tenus. "Pas beaucoup d’idées nouvelles, les chefs d’entreprise sont constants dans leurs attentes", avoue un responsable de l’organisation patronale, qui estime tout de même que l’exercice a été "mobilisateur". Pour la nouvelle équipe du Medef, c’était aussi une façon de tenir la promesse de campagne du nouveau président Geoffroy Roux de Bézieux de davantage écouter les "territoires".

Le Medef doit présenter le 19 mars ses propositions issues de ces consultations.

Au programme, les mêmes thèmes que ceux qui intéressent les Français : fiscalité, pouvoir d’achat et organisation du pouvoir. "Nous allons proposer un grand choc fiscal, pour les entreprises et les particuliers", promet le haut responsable du Medef. L’organisation a renoué avec les organisations d’élus locaux, et cherche avec elles une solution pour diminuer les impôts de production tout en leur assurant des ressources. Des propositions devraient également être faites sur l’aide aux transports des salariés, d’autres pour faire redémarrer l’ascenseur social.

"L’industrie est la solution"

L'U2P a organisé 42 réunions de ses "entreprises de proximité" et présenté le résultat de ces consultations début mars au Conseil économique, social et environnemental. La métallurgie aussi a essayé de mobiliser ses troupes. En leur demandant de participer aux débats, partout où ils étaient organisés sur le territoire. "On y est allé, on en a pris plein les dents", rapporte Philippe Darmayan, président de l’UIMM, dont la plupart des tweets sont émaillés du haschtag #IndustrielsEngagés.

"La crise des gilets jaunes est une crise du pouvoir d’achat et une crise des territoires, poursuit-il. Or 70% de l’emploi industriel est dans les territoires, l’initiative Territoires d’industrie vise à les revivifier. L’industrie est la solution. J’ai l’impression que ça y est, on a réussi à faire passer dans les têtes que l’industrie recrute." Philippe Darmayan a été l’une des voix de l’industrie aux conférences thématiques organisées les 11 et 13 mars dans le cadre du Grand débat, avec les corps intermédiaires.

De son côté, la CPME a refusé d’y participer. "Nous sommes inquiets de la petite musique qu’on commence à entendre, un véritable concours Lépine de la fiscalité, chaque ministre lançant un ballon d’essai, commente Jean-Eudes du Mesnil. La solution pour diminuer la fiscalité tout en garantissant un bon niveau de services publics, c’est de réduire les gaspillages et d’être plus efficace dans les dépenses de l’Etat." La CPME craint par ailleurs, en participant, de "se retrouver otage de propositions soi-disant partagées par toutes les organisations présentes".

Un "piège" dans lequel les organisations patronales ont toutes refusé de tomber quand le ministre de l’Economie Bruno Le Maire leur a proposé d’organiser une réunion de représentants d’entreprises à Bercy. "Nous avons tous poliment décliné l’invitation… ", indique Jean-Eudes du Mesnil. Les gilets jaunes, de façon tout à fait étonnante, ne sont pas tombés à bras raccourcis sur "les patrons", notamment pour obtenir des hausses de salaire. Il fallait éviter de leur en donner l’idée…

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