Drones civils : des jouets sympas aujourd'hui, des engins dangereux demain ?

Aujourd’hui des centrales nucléaires survolées. Demain, l’intrusion dans la vie privée ou des attentats terroristes ? Les drones civils montrent peu à peu un nouveau visage. L’opinion publique, pour l’instant accommodante, peut-elle bientôt se retourner ? Les industriels doivent anticiper.

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Drones civils : des jouets sympas aujourd'hui, des engins dangereux demain ?

La question n’est pas de savoir si cela arrivera mais quand cela va-t-il arriver : Quand un drone provoquera-t-il un accident ? Quand ce type d'appareil sera-t-il utilisé pour une raison malveillante ? Quand visera-t-il à dérober des données ? En un mot, quand passera-t-il dans l’opinion publique du statut de jouet high-tech à celui de menace potentielle ? La série d’incidents qui impliquent des drones civils depuis quelques mois posent la question avec une acuité inédite.

EDF vient ainsi d’annoncer que des drones avaient survolé sept de ces centrales au mois d’octobre. Dans quel but ? On l’ignore encore. En septembre, un drone se pose à quelques mètres de la chancelière allemande Angela Merkel, en plein meeting. Une intrusion revendiquée par le Parti pirate allemand. En Angleterre, encore, un drone a failli percuter un avion ATR à 500 mètres d’altitude en mai dernier à Londres, comme l’a révélé l'agence de sureté aérienne de Grande-Bretagne. Un mois plus tôt, un triathlète était blessé par un crash de drone en Australie. Enfin en France, le crash d’un appareil en mai dernier sur la plage de Nice a fait grand bruit. La Direction générale de l'aviation civile (DGAC) enregistre d’ailleurs de plus en plus d’action en justice.

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L’opinion publique peut-elle basculer ?

En France, pays où nombre de technologies rencontrent sur leur chemins l’hostilité d’une partie de la population (les OGM, les gaz de schiste, les éoliennes, les nano...), le drone civil se développe pour l’instant sans le moindre heurt. Fort d’une réglementation avant-gardiste, la filière a pris un essor fulgurant : on compte aujourd’hui près d’un millier d’opérateurs ! Le drone a conquis sa place sur le marché français en atterissant au pied des sapins de Noël : il est perçu comme un jouet, un gadget ludique inoffensif. A tel point que nombre de particuliers ignorent même le cadre réglementaire qui régit son utilisation. Aux Etats-Unis, où drone rime avec frappes militaires, la contestation se fait déjà entendre quant au déploiement civil de ces engins.

Lire notre dossier : L'incroyable potentiel des drones civils

En France, des accidents à répétition, des actes malveillants, des vidéos voyeuristes diffusées sur Youtube ou autre pourraient changer la donne, faire basculer l’opinion publique et freiner le développement d’une technologie promise à de nombreuses applications industrielles et agricoles. Aucun débat public n’a été mené, et aucune "éducation" des particuliers n’est mise en œuvre. La communication est inexistante. "Ces questions ne sont pas nouvelles, nous nous les posons depuis le début, assure Emmanuel de Maistre, président de la Fédération Professionnelle du Drone Civil. Il n’y a d’ailleurs toujours pas eu d’accident grave à déplorer."

Côté sécurité civile, la Gendarmerie des transports aériens (GTA) et la direction générale de l'Aviation civile (DGAC) agissent pour prévenir tout acte malveillant, assure-t-il. Quid des milliers d’amateurs qui pensent que le ciel leur appartient ? "Des réflexions sont menées pour inclure des fascicules de sensibilisation avec les drones vendus au grand public", précise Emmanuel de Maistre. Au vu de la multiplication de ces engins dans notre quotidien, les acteurs de la filière ont un devoir de pédagogie. Ils ne pourront longtemps s’y soustraire, dans leur propre intérêt.

Olivier James

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