"Deutsche Bank n'a pas besoin d'être sauvée par l'Etat Allemand"

David Benamou, associé-gérant d’Axiom alternative investments, société de gestion spécialisée dans les valeurs financières, décrypte la crise traversée par Deutsche Bank. Selon lui, le géant bancaire allemand demeure solide et capable d’accompagner ses clients entreprises. Mais doit poursuivre sa restructuration. 

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David Benamou, associé-gérant d'Axiom Alternative Investments

L'Usine Nouvelle- Existe-il un risque que Deutsche Bank tombe et entraîne le système financier européen ?

David Benamou- Deutsche Bank n’est absolument pas à l’aube d’une faillite, ni même en situation extrêmement difficile comme a pu l’être Dexia ou d’autres banques. Il s’agit de la plus grosse banque européenne avec un modèle économique assez diversifié, mais qui a encore une très grande banque de financement et d’investissement (BFI). Sa BFI représente 55 % de son activité.

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Elle est bien capitalisée, avec un ratio de 11 % de fonds propres, largement au-dessus des niveaux requis. Mais comme il s’agit d’une banque systémique, le régulateur lui impose une charge de capital supplémentaire qu’elle devra obtenir d’ici 2018. Si elle doit augmenter son capital, ce n’est donc pas parce qu’elle est sous-capitalisée.

Quels sont les problèmes de Deutsche Bank ?

Il y en a deux essentiellement. Elle a d’abord un problème lié à l’ancienne "position dominante" de sa BFI. Le régulateur lui a adressé un certain nombre d’amendes en raison de plus ou moins bonnes pratiques dans ses différents métiers. Elle était impliquée dans le contentieux sur le Libor, dans le contentieux sur les commodities, etc. A cela s’ajoute le fameux contentieux aux Etats-Unis sur les subprimes, pour lequel Deutsche Bank négocie une amende sur la base d’une première proposition à 14 milliards de dollars.

Deutsche Bank se retrouve donc dans quasi tous les contentieux de la place et, même si elle a une bonne réserve de 5,8 milliards d’euros pour cela, il est probable que ce ne soit pas suffisant et qu’elle doive en rajouter. Cela obère donc la profitabilité de la banque sur les prochaines années.

Ensuite, la banque a un problème de plan stratégique. Son modèle économique est en ligne avec l’ancien temps, quand il était nécessaire d’avoir une banque grosse et forte. Après la crise financière, le régulateur a imposé des contraintes au secteur bancaire pour forcer les banques à réduire leur taille. Deutsche Bank ne s’est pas réformée. C’est la dernière banque en Europe à devoir en passer par là. Elle a décidé l’année dernière de mettre en place un plan de restructuration, avec des suppressions d’emplois, ce qui va aussi peser sur son résultat. Elle a passé une provision pour restructuration de 3,5 milliards d’euros sur les deux prochaines années.

La banque n'a-t-elle pas un peu péché par orgueil ?

Il y a beaucoup de ça. C’était vraiment l’icône des années 2000. Aujourd’hui, elle a un chiffre d’affaires de l’ordre de 33 milliards d’euros annuel. Et malgré toutes les charges qui pèsent sur elle, la banque réalisait quand même 1,7 milliard d’euros de résultat au premier semestre. Mais c’est une banque qui, du fait de sa position, devrait gagner entre 5 et 7 milliards d’euros par an. C’est bien là le sujet, la banque sera moins profitable.

A-t-elle besoin d’être sauvée par l’Etat allemand ?

C’est fantaisiste ! Cela illustre très bien cette nervosité des investisseurs sur les marchés à l’égard des banques. Il y a une grosse confusion des investisseurs sur le secteur bancaire européen, dans laquelle le régulateur a une grande part de responsabilité. Certes, il fallait renforcer la réglementation après la crise de 2008, mais elle est devenue d’une telle complexité que beaucoup d’investisseurs se sont détournés du secteur. Il y a eu récemment beaucoup de cafouillages en Europe sur la mise en place de nouveaux standards bancaires. Tout cela a brouillé l’esprit des investisseurs qui ne savent pas ce qu’il faut croire sur Deutsche Bank. Des fonds spéculatifs en tirent parti, ce qui entraîne un plongeon en Bourse. Cette banque ne vaut aujourd’hui que 24 à 25 % de ses fonds propres !

En fait, Deutsche Bank ne se restructure pas assez vite et trop tard ?

A la décharge de John Cryan, le directeur général, il est arrivé il n’y a qu’environ un an. Et c’est lui qui a mis en place le plan de restructuration. Il est en train de faire le job.

Des rumeurs selon lesquels des entreprises auraient quitté Deutsch Bank ont couru...

Ce sont plutôt les actionnaires qui partent ! Il n’y a pas vraiment de "bank run" aujourd’hui.

Et y a-t-il un risque de "credit crunch" pour les entreprises ?
En Europe, les PME se financent à 70 % par les banques, donc l’Eurosystem fait en sorte que les banques puissent toujours avoir accès aux liquidités de la Banque centrale européenne. Même quand une banque n’a plus d’actifs à remettre à la BCE pour se financer, elle a toujours accès à la facilité d’urgence. Celle-ci a notamment été utilisée par les banques grecques pendant quelques mois.

Comment cette crise va-t-elle se résoudre ?
Une fois que Deutsche Bank sera fixée sur son sort aux Etats-Unis, cela va éclaircir un peu sa situation. Et il y a de fortes chances pour que l’amende soit inférieure aux 14 milliards de dollars initiaux. Pour que l’action reprenne des couleurs, il faudra ensuite que le management délivre des résultats sur le plan de restructuration. Il faudra donc attendre quelques mois.

Propos recueillis par Arnaud Dumas

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