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Designers et ingénieurs, une union gagnant-gagnant

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Enquête La convergence des deux univers, gage de compétitivité, en est à son balbutiement. Pourtant, ceux qui s'y sont risqués ont pris une longueur d'avance. Les projets primés à l'Observeur du Design le confirment.

Un scooter, une bouteille d'oxygène, une chaise, une voiture... Derrière cet inventaire à la Prévert, un point commun : le design. Depuis le 18 novembre, 160 produits se côtoient à la Cité des sciences et de l'industrie, à Paris. Réunis pour l'exposition de l'Observeur du Design, par l'Agence pour la promotion de la création industrielle, ils pourfendent les préjugés. Oui, le design apporte son écot au monde industriel. Mieux, il est appelé à se diffuser dans l'entreprise, via les ingénieurs. De leur rapprochement doivent émerger une meilleure prise en compte des attentes du client final, une réduction des délais de conception et une plus grande réactivité face aux évolutions normatives et économiques. « Dans un univers toujours plus concurrentiel, la notion de "time to market" devient plus que capitale », insiste Dominique Weizman, présidente du cabinet Dezineo.

Faire tomber les barrières

 

Mais ce n'est pas gagné. Les ingénieurs peuvent se montrer récalcitrants à travailler plus étroitement avec les représentants d'une discipline qui ne leur semble pas partager les mêmes valeurs. « Ils sont souvent réfractaires aux propositions des designers, qu'ils associent à un surcoût et à des contraintes techniques, témoigne Simon Bouanich, le P-DG du cabinet Pulp. Ils ont parfois le sentiment qu'ils auraient pu faire le travail à notre place et vont même jusqu'à faire des contre-propositions. » Une perte de temps et d'argent, due surtout à une mauvaise sensibilisation en interne.

Pour y remédier, les états-majors des entreprises s'attellent à faire tomber les barrières : formation des ingénieurs en interne, création de cellule projet physique et plus seulement virtuelle, mise en oeuvre de nouvelles méthodologies... Le décloisonnement des fonctions, gage de compétitivité, est enfin pris en considération. En grande partie, sous les coups de boutoir des cabinets de design.

Depuis cinq ans, Landor embauche des ingénieurs en packaging. Il y a gagné en crédibilité, pour jouer le rôle d'intermédiaire entre les designers et les clients, et pour effectuer des audits industriels. La dernière bouteille d'Evian spéciale Noël, c'est lui. Le cabinet a dépêché l'une de ses recrues, ancien de chez Schweppes, pour dessiner une série qui tienne compte des contraintes techniques, et économiques. Ce n'est pas un cas d'école. Design Office (DO) sensibilise les ingénieurs de Michelin à sa philosophie. In Process accueille en stage ceux des Arts et Métiers ou de l'université de technologie de Compiègne. Enfin, depuis septembre, le Cnam de Saint-Etienne propose une nouvelle formation « Design et innovation », aux techniciens et ingénieurs (lire page 64)... La prise de conscience est réelle. Et nécessaire.

Collaborer avec un cabinet

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L'intervention pour Air Liquide de Jospeh Mazoyer, président de DO, est éloquente. « Nous avons filmé des patients oxygénodépendants à leur domicile pour analyser leur comportement avec les bouteilles d'oxygène liquide classiques de notre client, raconte-t-il. Or, le système s'avérait trop complexe à mettre en oeuvre pour permettre au malade de sortir. » La démarche menée auprès des ingénieurs a fait l'effet d'un électrochoc. Ils ont été surpris de découvrir de telles pratiques d'analyse comportementale. Et très intéressés. Il en est ressorti un nouveau produit à usage unique utilisant une autre technologie.

L'épreuve de la première collaboration avec un cabinet de design est incontournable pour convaincre les ingénieurs. L'épreuve du temps est encore plus fructueuse. Le designer, externe à la culture de l'entreprise, n'est opérationnel qu'en appréhendant les rouages internes. Il doit prendre le temps de découvrir tous les services, l'organisation industrielle... « Les clients nous appellent parfois à la dernière minute comme un médecin qui doit trouver le remède miracle, déplore James Cole, du cabinet Design Associés. Or, c'est la connaissance de l'entreprise qui conditionne le respect des délais de conception. » Pour preuve, il n'aura fallu que six mois à ce cabinet pour mettre au point la nouvelle pédale de fixation automatique Kéo, de Look Cycle, destinée aux professionnels et aux passionnés de cyclisme. La conception de cette pédale supposait l'intégration d'une nouvelle technologie brevetée par l'entreprise, la mémoire de réglage, qui évite des heures d'ajustement sous la semelle du coureur pour changer la cale. Elle devait aussi être allégée. Un pari, que le partenariat ancien entre le cabinet de design et son client a permis de relever. « Nous travaillons avec cette entreprise depuis six ou sept ans », précise James Cole. Dans la même veine, le cabinet Pulp, intégré tardivement dans le processus de conception, a dû mettre les bouchées doubles pour terminer le projet Cameleo de la Peugeot 1007. Malgré toutes les contraintes de fabrication imposées par PSA, il aura mis un peu plus d'un an pour concevoir de A à Z le packaging du kit de personnalisation de l'intérieur du véhicule (sièges, revêtement de portes et grilles d'aération assortis). Les délais ont été respectés grâce à sa maîtrise des processus de décision, acquise lorsqu'il travaillait sur le logo de la marque.

Intégrer le design pour décloisonner les fonctions

 

Les industriels qui ont osé le mariage du design et de l'ingénierie ont aujourd'hui un temps d'avance. Lorsqu'en plus, le design est intégré à l'entreprise, l'articulation avec les services techniques s'en trouve simplifiée et les fonctions se décloisonnent un peu plus. La cellule projet devient alors physiquement réalisable, comme chez Sagem Monetel, la division de terminaux de paiement du groupe d'électronique. « Le premier cercle de notre organisation, le noyau dur, rassemble le designer, l'ergonome, l'ingénieur mécanique, les projeteurs, l'électronicien, l'implanteur de carte, l'acheteur, le responsable de l'industrialisation, etc., explique Olivier Blanc, le designer. Nous travaillons en interaction permanente, dans une même salle. Nous occupons ce bureau trois heures le matin et trois heures et demi l'après-midi, en plus de notre bureau habituel. » Résultat : un terminal plus innovant face à la concurrence asiatique. Le plus compact du marché, il intègre un process de sécurité spécifique et le chargement du papier est ergonomique. Le tout en dégageant des gains de productivité !

Le plateau collaboratif n'est plus l'apanage des constructeurs automobiles. Dans cette industrie, il est même mis en place chez les fournisseurs, au profit d'une authentique stimulation. A Sigmatech, le centre de recherche et développement de la branche automobile de Plastic Omnium, designers et ingénieurs vont jusqu'à échanger leurs rôles sur des projets spécifiques. Un moyen d'intéresser les uns à la fonction des autres, et de faire jouer à plein les synergies. Le projet de nouveau module de pare-chocs auquel les feux seront intégrés (et non plus dans le châssis), est dirigé par un designer. Et pourtant, 90 % du travail concerne l'ingénierie. A l'inverse, un ingénieur a trouvé un nouveau moyen de décoration intégrant du métal dans le plastique. « C'est un projet dont la finalité est stylistique, mais qui est néanmoins dirigé par un ingénieur, commente Pierre Perdoux, directeur de Sigmatech. Cette méthodologie est un moyen de travailler beaucoup plus rapidement, dans le sens où une fonction ne prend pas l'autre en otage. » Chez Faurecia, le studio design participe à des réunions de « brainstorming » sur la productivité ou la production en série, car le designer peut avoir l'idée d'une matière ou d'un design plus productif.

Au bout du compte, ces démarches ont un seul objectif : pousser l'ingénierie simultanée au maximum pour réduire les délais et les coûts de conception. « Nous devons laisser le moins de place possible aux surprises », souligne Christophe Chaptal, directeur marketing de Peugeot Motocycles. Bien sûr la conception en trois dimensions, ou le PLM (Product Life Managment) qui permet de faire évoluer des fichiers en temps réel et de manière partagée, sont autant d'outils à utiliser pour l'optimisation de la conception. Mais l'enrichissement mutuel entre la technologie, voire la recherche, et le design fera vraiment avancer les méthodologies. Des designers ont déjà initié ce type de collaboration. In Process planche avec les laboratoires d'innovation des grandes écoles d'ingénieurs et avec le professeur et chercheur de l'Ensam, Jean-François Basseraud, spécialisé en analyse sensorielle. « Nous réfléchissons à la logique de méthode dans l'innovation, explique Christophe Rebours, président d'In Process. Nous utilisons l'éthnométhodologie pour remonter dans le passé d'un produit ou d'un concept pour essayer de comprendre les mécanismes qui expliquent un succès ou un échec. » Ce qui permet de ne conserver que le bon et d'implémenter des nouveautés correspondant à de nouvelles attentes. La méthode peut s'avérer très utile à des fins prospectives, pour anticiper les demandes dans un projet donné.

S'ouvrir à de nouveaux marchés

 

Schneider Electric a misé sur sa cellule projet pour concevoir le « bureau de demain ». « Ce concept, qui utilise toutes les innovations en distribution électrique (alimentation par induction, communication sans fil, conduction de tissus chauffants...), est prêt à être industrialisé, précise Jean Decosse, responsable du développement design du groupe. Il a été validé par des fabricants de mobilier de bureau.» Steelcase est d'ailleurs sur les rangs. L'objectif ? Réagir à temps lorsqu'il faudra lancer ces nouvelles technologies, souvent difficiles à intégrer à la dernière minute pour cause de contraintes normatives et économiques. En anticipant, Schneider affiche son intention de s'attaquer à de nouveaux marchés, tel celui de la gestion technique des bâtiments. On est décidément loin du design au sens purement esthétique.

 

 


 

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