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Des syndicats aux stratégies opposées face au grand débat national

Cécile Maillard , ,

Publié le

Alors que Force ouvrière et la CGT ont boycotté le grand débat et porté leurs revendications dans la rue, la CFDT, la CFE-CGC et la CFTC ont joué le jeu, consulté leur base et sorti des propositions.

Des syndicats aux stratégies opposées face au grand débat national
Pour le Grand débat, CGT et FO ont décidé de manifester à Paris le 19 mars 2019, quand CFDT, CFTC et CFE-CGC ont remis des contributions;
© AFP/Riccardo Milani / Hans Lucas

Le grand débat national, CGT et Force ouvrière ont délibérément choisi de le mener "sur le bitume", par la grève et la manifestation. Histoire, aussi, de ne pas laisser la rue aux seuls gilets jaunes… Ce mardi 19 mars, ces deux syndicats, rejoints par d’autres mouvements, ont organisé une journée de grève et de manifestations, qui a rassemblé 131 000 personnes  en France selon le ministre de l’Intérieur. Une mobilisation modeste, du même ordre que celle du 5 février (137 000 manifestants).

CGT et Force ouvrière ont dès le départ, contrairement aux autres organisations de salariés, fait connaître leur hostilité à la démarche du grand débat, et refusé d’y participer. "L’exigence de justice sociale et fiscale exprimée fortement dans le pays est (…) exclue de cette piteuse tentative d’enfumage" écrit la CGT dans un communiqué le 15 janvier, en réaction à la "Lettre aux Français" d’Emmanuel Macron. La confédération de Philippe Martinez refuse de participer au débat, boycotte certaines rencontres organisées par le gouvernement et appelle salariés et fonctionnaires à porter autrement et ailleurs leurs revendications. Des "mardis de l’urgence sociale" ont été organisés, mobilisations locales et thématiques.

Remettre les patrons dans la cible

La CGT, contrairement aux gilets jaunes, ne veut pas épargner le patronat, et appelle les salariés à se mobiliser dans les entreprises, notamment pour réclamer des hausses de salaires. Même son de cloche du côté de Force ouvrière. "On ne s'adresse pas seulement au gouvernement, on s'adresse également au patronat. Il faut ouvrir de vraies négociations sur le pouvoir d'achat", a déclaré le secrétaire général de FO, Yves Veyrier, lors de la manifestation du 19 mars. Il veut "réhabiliter la grève", non utilisée par les gilets jaunes alors qu’elle permet, selon lui, "d’obliger les employeurs à se mettre autour de la table".

FO n’a pas boycotté les rencontres à Matignon mais n’a pas participé aux quatre rencontres thématiques prévues pour écouter les corps intermédiaires. Le syndicat a fait passer ses revendications au gouvernement… et aux organisations patronales. Force ouvrière, dont la défense du pouvoir d’achat est au cœur de l’action, demande une hausse du Smic et du point d’indice dans la fonction publique.

Concilier environnement et social

Les trois autres organisations représentatives de salariés ont, au contraire, joué le jeu du grand débat, et profité des discussions pour pousser leurs positions. La CFDT, dès le départ, a encouragé ses adhérents à participer aux débats partout où ils se tenaient. "On ne peut pas dénoncer la vision verticale du pouvoir et ne pas se saisir de cette opportunité", avait déclaré Laurent Berger au lancement des consultations. Un "support revendicatif" a été mis à la disposition des adhérents CFDT, pour leur rappeler les propositions de leur confédération.

Laurent Berger appelait à la tenue d’un "Grenelle du pouvoir de vivre" à l’issue de ce grand débat. Sans attendre son éventuelle organisation par le gouvernement, la CFDT s’est associée à 18 autres organisations, notamment environnementales, pour publier début mars un "Pacte du pouvoir de vivre". 66 propositions pour concilier social et environnement, transition écologique et équité. Une contribution de poids au grand débat national, de la part d’une CFDT toujours présente sur les grands sujets de société.

La CFTC a choisi la même voie : le syndicat a appelé ses adhérents à participer et mis à leur disposition un "cahier revendicatif" reprenant ses positions. Il répond aux quatre grands thèmes du débat et y ajoute ceux qui lui tiennent à cœur (transition numérique, aide aux aidants…). La CFTC, tout comme l’UNSA, fait partie des signataires du "Pacte du pouvoir de vivre".

Les classes moyennes, perdantes

Une démarche à laquelle la CFE-CGC n’a pas été invitée. "On aurait regardé", commente laconiquement Gérard Mardiné, secrétaire national CFE-CGC en charge de l’économie. Les unions territoriales du syndicat des cadres ont été encouragées à organiser des débats sur six thèmes identifiés par leur confédération. "Une occasion, pour nous, d’associer directement nos militants et de les consulter", explique Gérard Mardiné. N’y figurait pas celui de la citoyenneté, considéré comme éloigné du champ d’intervention du syndicat. 70 unions territoriales sur 90 ont envoyé leur contribution, et une restitution générale a été faite à Paris début mars aux adhérents.

Une synthèse des propositions a ensuite été postée sur le site du Grand débat national. "Nous avons cherché à donner une cohérence d’ensemble à nos propositions" explique le secrétaire national. Au cœur des remontées des adhérents de la CFE-CGC : l’impression que les classes moyennes supérieures ont été les perdantes des réformes, alors qu’elles contribuent largement à tous les dispositifs redistributifs. La CFE-CGC a participé à certaines des quatre conférences thématiques, mais pas toutes…

Les syndicats, de salariés ou de patrons, en ont eu ras le bol de ces rendez-vous multiples et répétitifs. "On se rencontre assez souvent pour que le gouvernement connaisse nos positions", souligne un représentant patronal. Un point partagé par toutes les organisations. Habituées à porter des revendications, elles ont finalement toutes saisi le micro qu’on leur tentait, à leur manière. Pas facile de trouver leur place dans un débat né de la volonté du gouvernement de les court-circuiter en instaurant un échange direct entre lui et les Français.
 

 

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