Deep Tech : « Les universités françaises ont accumulé un véritable trésor de guerre technologique », lance Suat Topsu, PDG de la SATT Erganeo

Prévue pour le 11 mars à l'occasion de la Deep tech week, la conférence du réseau des Sociétés d'accélération du transfert de technologies (SATT) a été annulée pour cause de Covid-19. Industrie & Technologie a interrogé Suat Topsu, PDG de la SATT Erganeo, qui dévoile une partie des dispositifs qui devaient être présentés. Avec notamment un "Netflix" des brevets.

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Deep Tech : « Les universités françaises ont accumulé un véritable trésor de guerre technologique », lance Suat Topsu, PDG de la SATT Erganeo

I&T : Quelle est la place des « deep techs » dans l’écosystème de l’innovation ?

Suat Topsu : Elle est fondamentale ! Les technologies issues de la recherche scientifique sont les seules à proposer des ruptures suffisamment significatives pour aboutir à des technologies véritablement innovantes, capables de bouleverser un secteur d’activité. La recherche française produit des milliers de technologies qui dorment dans les placards. On peut dire que le monde académique a accumulé un véritable trésor de guerre qui ne demande qu’à être exploité. C’est le rôle du réseau des sociétés d’accélération du transfert de technologies (SATT) : fluidifier le passage des technologies du monde académique vers les entreprises et en particulier les PME et les ETI, moins bien taillées que les grands groupes pour innover. Aujourd’hui, nous avons 13 000 projets innovants détectés et analysés, issus directement des labos.

Concrètement, comment favorisez-vous ce transfert de technologie ?

La création de start-up identifiées « deep tech » est un excellent moyen de favoriser le développement de technologies de ruptures. Comme il n’existe généralement rien de similaire sur le marché, les entreprises ont du mal à se projeter et ont du mal à évaluer le risque. Les start-up sont suffisamment agiles pour parvenir à faire « la preuve de marché », c’est-à-dire à trouver leur premier client. Elles seront ensuite intégrées à une entreprise existante par un rachat. Depuis 2012, le réseau des SATT accompagne 493 start-up. Elles sont toutes en vie, ce qui témoigne de la solidité de notre écosystème lorsque l’on sait que seule 1 start-up sur 3 passe habituellement le cap des trois ans.Au-delà des investissements réalisés par les SATT, ces start-up ont levé 580 millions d’euros de capitaux auprès d’investisseurs privés.

Comment identifiez-vous les technologies à accompagner ?

Nous nous basons sur les axes de souveraineté technologies et les grandes orientations stratégiques définies par l’Etat. Par exemple, le gouvernement a récemment déclaré que le stockage de l’énergie et l’hydrogène représentaient des enjeux importants. Nous nous coordonnons par rapport à ces besoins pour identifier les technologies les plus prometteuses et les accompagner très en amonts de leurs développements. Nous intervenons même avant le stade d’amorçage de la start-up.

L’innovation n’est-elle pas ainsi trop déconnectée du besoin des entreprises ?

Non, car notre arsenal ne se limite pas à cette approche dite « Techno push ». La compétitivité des entreprises doit également être soutenue par la démarche d’innovation. Dans ce cadre, nous nous rapprochons des industriels pour leur demander « de quoi avez-vous besoin ? ». Nous partons de l’expression d’un besoin, et nous accompagnons l’entreprise avec la bonne technologie. Nous avons identifié deux leviers importants pour favoriser cet accompagnement : la mise en relation avec les chercheurs et la démocratisation de la propriété intellectuelle. Le premier part du constat qu’il n’y a pas de meilleurs experts qu’un chercheur. Nous avons donc mis en place une plateforme, baptisée Linkinnov, qui permet de mettre en relation les experts académiques et les entreprises. Le site est accessible en bêta-test depuis le mois de janvier. Les industriels peuvent exprimer une demande sur le site et ils seront mis en relation avec l’expert le plus pertinent. Les échanges sont contractualisés via la plateforme ce qui permet aux chercheurs de s’affranchir du statut d’auto-entrepreneur. Un avantage collatéral de Linkinnov est de pouvoir analyser les grandes tendances industrielles en fonction des requêtes enregistrées.

Et dans le domaine de la propriété intellectuelle ?

Nous avons un projet ambitieux : offrir un accès aux brevets des chercheurs « dormants » dans les placards. Pour cela, nous avons mis en place Lencify, une plateforme web qui permet d’accéder, en contrepartie d’un abonnement mensuel, à près de 2000 brevets. Nous entrons actuellement en phase de bêta-test, mais nous visons à terme la mise à disposition de près de 10 000 brevets. Lencify a été pensé comme une « marketplace » d’innovations sur un modèle proche de celui d’un Netflix. En facilitant l’acquisition de brevets et la démocratisation de la propriété intellectuelle par une offre « à la demande », nous avons pour objectif d’offrir à la plus petite entreprise en France les moyens d’avoir un portefeuille de brevets digne de celui des grandes entreprises internationales.

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