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[Déconfinement] Cinq conseils pour désinfecter ou décontaminer votre site industriel contre le Covid-19

Hubert Mary , , , ,

Publié le

Alors que le déconfinement se rapproche, comment préparer au mieux votre site industriel ou votre entreprise, afin d'assurer la sécurité et la santé de vos collaborateurs et la non contamination des locaux face au Covid-19 ? L'Usine Nouvelle a fait le point avec des spécialistes.  

Comment désinfecter ou décontaminer votre usine face au Covid-19
La désinfection est indispensable pour préparer au mieux votre entreprise avant le déconfinement le 11 mai.
© Dagard

Sommaire du dossier

Si le déconfinement se fera "très progressivement" et que les "entreprises ne rouvriront pas toute en même temps", comme l'a indiqué Edouard Philippe le 19 avril, beaucoup préparent déjà les lieux de travail au retour des salariés. Quelles mesures sanitaires doivent être appliquées par les industriels dans leurs bureaux ou sur leur sites de production ? A qui faire appel pour désinfecter ou décontaminer au mieux les sites? Nos conseils pour préparer au mieux cette étape cruciale.

 

A quels risques se préparer

"Au bout de trois semaines ou plus de confinement, il n'y a plus de risque que le virus soit présent sur les surfaces", estime Stéphane Chatenet, dont l'entreprise Airinspace, spécialiste du risque infectieux en milieu hospitalier, développe des solutions validées par la norme RF sur la destruction du virus Covid-19 par "aérosolisation automatique", à la fois pour les CHU et le secteur privé.

Mais d'autres risques infectieux peuvent être présents, alerte Jacques Pommeraud, directeur France et Afrique de Bureau Veritas. "Beaucoup d'établissements savent bien qu'en ayant arrêté un site pendant six semaines, il y a des risques nouveaux, par exemple des bactéries qui peuvent se mettre dans des canalisations, qu'il faut donc tester peut-être plus fréquemment qu'avec le plan de contrôle classique." Pour traiter la demande, son entreprise, experte du contrôle et de la certification de la sécurité, de l'hygiène et de la santé a mis en place une solution de test des surfaces.

Mais qu'en est-il lorsque les salariés retourneront sur leur lieu de travail, induisant un risque potentiel de nouvelles contaminations au Covid-19 ? "Il y a plusieurs possibilités, avance Sébastien Chatenet. Concernant les surfaces exposées aux travailleurs, il y a les désinfections manuelles avec des produits spécifiques, vous allez alors adjoindre aux sociétés d'entretien de vos locaux un contrat de bio-nettoyage."

Autre possibilité, "les technologies de désinfection automatique comme la nôtre, qui permettent de désinfecter une pièce à 100% sans que personne n'intervienne, grâce à un produit qui, transformé en brouillard de micro-gouttelettes, va venir se déposer sur toutes les surfaces et détruire le virus. En deux heures, une salle de 30m2 est saine pour 12 euros. Nous avons déjà des commandes pour les salle de R&D, les salles de réunion..." Cependant, pondère Stéphane Chatenet, "je ne pense pas que les industriels pourront le faire tous les jours et cela concerne les espaces réduits et fermés. Pour les usines et les grands espaces, la solution manuelle sera privilégiée".  

 

A qui faire appel

Et peu d’industriels le feront en direct. Dans la plupart des cas, le nettoyage des surfaces et l'entretien des locaux de travail dans les entreprises et sur les sites de production sont effectués par des sociétés prestataires. En première ligne, les agents d'entretien, tenus au respect de nouvelles consignes édictées par le ministère du Travail. Utilisation de blouse à usage unique et de gants de ménage, lavage et désinfection humide à privilégier, nettoyage plus fréquents des surfaces en contact avec les mains (espaces de convivialité, rampes d’escalier, poignées de portes, boutons d’ascenseurs...)

Pour aider les entreprises dans la reprise d'activité, Bureau Veritas propose un protocole en trois étapes. "Nous réalisons dans un premier temps un audit des risques et des pratiques à adopter au sein de chaque entreprise, puis on édite un guide par "rôle" (manutentionnaire, personnel de cantine, etc.) à destination du personnel, qui dans beaucoup de cas se décline ensuite sous forme de e-learning, détaille Jacques Pommeraud. Enfin, on les aide à mettre en place un plan de reprise d'activité, qui va du nettoyage aux modifications de flux, parfois à la mise en place de barrières physiques, des séparateurs de postes de travail, et qui se conclut par des audits sur site où l'on va vérifier pour nos clients que les pratiques du guide sont vraiment en place."

Le suivi de cette procédure permet à l'entreprise d'obtenir une attestation délivrée par Bureau Véritas. Il ne s'agit pas d'une certification officielle liée au Covid-19, aucune n'existant à l'heure actuelle en France pour l'industrie, mais elle permet "de rassurer les collaborateurs sur le fait que l'ensemble des pratiques sanitaires nécessaires a été effectivement mis en place". Et notamment les organisations syndicales et représentants du personnel, qui jouent un rôle clé dans la réouverture des sites.

 

Les protocoles à respecter

Comment dès lors désinfecter un site industriel ? "La réponse n'est pas simple, pour Stéphane Chatenet. Il y a une myriade de procédures qu'on peut imaginer mettre en place pour désinfecter des locaux, salle de réunions, bureaux ou même les sites de production". "On a désormais un nouveau paramètre concernant le niveau de preuve des processus qui sont mis en place: ils doivent être de niveau destruction virale. Ces processus sont les plus difficiles". Les risques ne sont pas les mêmes entre un laboratoire pharmaceutique ou une chaudronnerie, par exemple. "Le problème, c'est que ces validations virus (destruction totale des virus, ndlr) sont réservées à des secteurs qui ont d'autres applications que l'industrie en général", observe Stéphane Chatenet. Les industriels vont donc devoir s'y plier, si des cas sont suspectés ou diagnostiqués sur leurs sites...

"Toutes les thématiques dont s'occupe en général la direction de l'immobilier, souligne Jacques Pommeraud, c'est-à-dire les règles de nettoyage et de désinfection des locaux doivent être renforcées. Comment faut-il nettoyer, à quelle fréquence, les tenues de travail doivent être nettoyées à quelle température, mon fournisseur est-il capable de les emporter en lingerie sans risque, etc."

Pour Jacques Pommeraud, il faut également s'assurer que "tout ce qui sort d'un site doit être fait avec des précautions supplémentaires, comme si c'était du matériel médical et à l'inverse, pour tout ce qui entre, la vigilance doit porter sur les interactions avec les personnes qui livrent en s'assurant qu'il y a une certaine distanciation qui est en place, que les EPI adaptés sont portés."

"Il faut aussi contrôler auprès de ces sociétés de nettoyage que les produits utilisés sont appropriés, poursuit-il. (...) si vous n'êtes pas certain, Bureau Veritas peut faire des tests microbiologiques sur les surfaces et cela de manière régulière." Par ailleurs, "il faut remplacer les sèche-mains dans les zones de repos, les toilettes, par des distributeurs de papier à usage unique."

Enfin, pour Jacques Pommeraud, deux questions restent à trancher par les autorités : "Un, faut-il utiliser la climatisation ? Deux, quid des aspirateurs ? Faut-il les adapter ?

Prévenir les risques de contamination entre salariés

Pour répondre aux interrogations, le ministère du travail, en collaboration avec les fédérations et le ministère de la Santé, a mis en place "une équipe d'expert" devant produire des fiches métiers depuis le 26 mars. Une quarantaine de fiches conseils sont actuellement disponibles sur le site du ministère pour aider "les salariés et les employeurs dans la mise en œuvre des mesures de protection contre le Covid-19", de la "blanchisserie industrielle" en passant par "travail en abattoir" ou encore en "élevage".

L'employeur est garant de la santé et de la sécurité de ses employés, stipule le code du travail. Par conséquent, rappelle le ministère du Travail, il doit "mettre en œuvre les mesures nécessaires pour éviter, ou à défaut, limiter au plus bas les risques", en recourant au télétravail lorsque cela est possible, ou en organisant les conditions du travail en conséquence : distanciation sociale, règles d'hygiène, gestes barrières, rappel des consignes sanitaires, mise à disposition de savon, gel, mouchoirs... 

 

Prendre les devants

Mecachrome, spécialisé dans la mécanique de haute précision, a pris les devants en procédant à la désinfection de ses huit usines françaises, dès le lendemain des annonces présidentielles le 17 mars. La direction en a profité pour repenser ses flux de personnel à l'intérieur des usines, afin d'éviter les croisements lorsque l'activité a repris progressivement le 22 mars. Avant d'accéder aux ateliers de production, chaque salarié s'est vu distribuer un petit livret d'instruction à respecter. Cinq ouvriers étaient autorisés au maximum dans les vestiaires, les réunions étaient interdites, la distanciation sociale obligatoire…

De même, Safran a procédé à la désinfection de tous ses sites du 17 au 23 mars, laissant à ses employés le choix de reprendre le travail par la suite, le temps que le groupe renforce les mesures d'hygiène et de nettoyage.

Jacques Pommeraud est catégorique : la préparation des entreprises pour une réouverture le 11 mai - quand ce n'est pas avant - doit être faite bien en amont. "Si vous n'avez pas déjà entamé des réflexions et des guides de bonnes pratiques, vous êtes en retard. Etablir des bonnes pratiques pour une usine ou un site ça prend minimum une semaine. Ensuite, il faut faire des changements opérationnels dans certains cas. Là aussi c'est une semaine voire 15 jours, sans compter qu'il faut parfois adapter les postes de travail."   

"Il y aura un avant et un après Covid, conclut le spécialiste de Bureau Veritas. Les problématiques d'hygiène qui auparavant étaient réglementaires et importantes, mais n'étaient pas au-devant des attentes, vont passer au premier plan, que ce soit pour les consommateurs, les salariés, et vont le rester à long terme." 

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