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De gentils petits chaperons rouges "Dans la Google du loup"

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Avec son ouvrage "Dans la Google du loup" Christine Kerdellant analyse la toute-puissance du géant américain. L'enjeu ne concerne pas seulement le monde économique. Selon l'auteur, la firme de Mountain View pourrait, dans un futur proche, changer nos modes de vie et à plus lointaine échéance mettre fin à l'homo sapiens. A la fois incarné et documenté, le livre remplit son contrat : nous alerter sur un possible qui fait froid dans le dos… avant qu’il ne soit trop tard.

De gentils petits chaperons rouges Dans la Google du loup © Robert Scoble – Flickr – Creative commons

C’est à la fois une fiction et un essai. Dans cet ouvrage hybride, Christine Kerdellant, directrice de la rédaction de L’Usine Nouvelle et de L'Usine Digitale, trace les contours d’une dystopie terrifiante. Celle vers laquelle nous entraîne Google. Un monde ou l’accumulation de capteurs, les big data prédictives, les manipulations du génome, l’hybridation homme-machine, s’ils portent des espaces de progrès immenses, pourrait changer l’homme tel que nous le connaissons.

On y suit au fil des chapitres la vie de Winston, Julia, leurs enfants, leurs copains et leurs collègues. Ils vivent dans un futur proche où tout est organisé par Big G, une compagnie privée ressemblant étrangement à Google. Elle a imposé une  transparence généralisée et, au fil de leur vie, intervient toujours plus dans leurs choix, leurs goûts, leurs relations au monde, aux autres.

Ainsi, l’aîné des enfants, Ethan, est un garçon brillant mais «naturel », le second avec le développement des bio-technologies a vu son potentiel génétique amélioré dès l’embryon. A priori une bonne nouvelle. Sauf que l’aîné, malgré son QI de 140, se voit refuser l’accès aux meilleurs établissements d’enseignement supérieur. On ne gâche pas une place pour un jeune qui n’a pas été « amélioré », peut tomber malade, n’est pas aussi résistant que d’autres. Les familles les moins aisées, ne pouvant se payer les manipulations génomiques, se retrouvent ainsi dans une sous-caste d’humains.

Peu à peu les employeurs s’y mettent. Julia, la mère, se voit imposer par son entreprise une injection de lentilles connectées, directement dans l’œil, qui lui donnent immédiatement accès à une foule de connaissances et d’informations sur les personnes rencontrées. Les employeurs veulent avoir des collaborateurs au top ! L’intelligence omnisciente et prédictive de Big G se glisse ainsi dans les interstices les plus intimes de la vie de chacun pour concrétiser ses désirs (de consommation) avant même qu’ils ne soient formulés ou proposer à chacun le partenaire de vie idéal... Et plus prosaïquement, bloquer le réfrigérateur pour empêcher une consommation de bière excessive. Et dans un second temps, prévenir l’assurance santé qui augmente immédiatement le montant de la prime. Une vision folle, excessive, paranoïaque ?  

Pas vraiment  nous explique Christine Kerdellant dans l’autre partie du livre (insérée entre les chapitres de fiction), qui déroule une enquête très fouillée sur Google ou plutôt Alphabet, nouvelle appellation de Google Inc. depuis 2015. On n’y trouvera pas de scoops retentissants ou de confidences d’insiders. Christine Kerdellant se contente, et la démonstration est implacable, de recenser et de mettre  en perspective l’ensemble des activités de Google (dans la santé, l’intelligence artificiel, la robotique…), la manière dont il investit chaque business, et les déclarations publiques de ses dirigeants. Comme l’angoissante affirmation d’Eric Schmidt, le PDG de Google : "S’il y a des choses que vous ne voulez pas que d’autres apprennent, vous ne devriez pas les faire."

On découvre les méthodes commerciales de Google qui tuent ou aspirent la valeur de secteurs entiers par abus de position dominante, la manière dont il construit en ce moment la plus grande base d’ADN humain avec sa filiale 23andme, son entrée dans notre intimité avec sa filiale de domotique Nest, ses 200 acquisitions de sociétés ou de brevets des dernières années grâce à la montagne de cash flow accumulé. Car la stratégie de Google, c’est tuer ou acheter.

Acharnement penseront certains. Google n’est pas le seul acteur à collecter nos données personnelles, vouloir jouer avec nos gênes ou augmenter l’homme. Mais Christine Kerdellant estime que ses dirigeants sont dangereux, non seulement par leur puissance économique mais aussi parce qu’ils sont les fers de lance d’une certaine idéologie de la Silicon Valley qui prône le solutionnisme technologique, le transhumanisme, une forme d’eugénisme et une dictature de la transparence.

Car tout cela, bien sûr, se construit avec un mantra : « le bonheur de l’humanité ». En face, un bien faible contrôle des Etats et une absence de réflexion éthique. Chacun constate aujourd’hui la praticité de Google Maps, l’intérêt de prévoir la progression d’une épidémie ou de détecter en amont le gène porteur d’une maladie. Mais à quel prix ? C’est à notre aveuglement face à cette entreprise qualifiée de « totalitaire » que Christine Kerdellant s'attaque. Elle vous aura prévenus.

"Dans la Google du loup", Christine Kerdellant, Edition Plon, 17, 90 €

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