Technos et Innovations

Cultiver l’audace au coeur de l’entreprise

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Tribune La France frileuse ? Selon l’étude réalisée par l’Ipsos dans le cadre du Forum "Cité de la Réussite" les 8 et 9 novembre à la Sorbonne, 64% des Français considèrent qu’on manque d’audace en France. Un constat partagé par toutes les générations et les catégories de la population. Plus encore, 82% estiment qu’elle n’est pas valorisée en France. Retour sur cette étude avec Yann-Maël Larher, doctorant en droit social sur les technologies de l'information et de la communication dans l'entreprise.

Cultiver l’audace au coeur de l’entreprise © DR

Qu’est-ce que l’audace ?

L’audace, désigne la capacité d’une personne ou d’une organisation à oser des actions difficiles, qui bravent les goûts dominants. En un mot : à faire preuve d’innovation. L’audace est essentielle dans les entreprises, pour pouvoir créer, imaginer, entreprendre et proposer. Mais paradoxalement, on a souvent l’impression que l’audace n’a pas sa place dans les entreprises. En fait, l'approche structurée "top-down" de l'innovation que pratiquent les grandes entreprises ne leur permet pas d’innover comme le font les start-up : plus vite, plus loin et à moindre coût. Cantonnée à des objectifs prédéfinis, des obligations de résultat ou tout simplement interdite de prises d’initiatives, l’entreprise peut alors devenir un espace hostile pour l’innovation.

Pour le psychiatre Éric Albert, les entreprises doivent d’abord réussir à susciter l'envie plus que la pression, car la véritable audace c'est l'audace vis-à-vis de soi-même, pour sortir de sa zone de confort. L'entreprise que nous connaissons n'est plus adaptée à une société où l’innovation est d’abord collaborative car on ne peut pas dire à la fois aux gens de jouer collectif et évaluer uniquement des performances individuelles. L’audace de se libérer apparait alors comme fondamentale et passe par la capacité des dirigeants à accepter de perdre le contrôle en diminuant les reporting, les process…

Des hiérarchies courtes et la valorisation des échecs

Le numérique est une transformation complète de l’économie, où seules les entreprises innovantes l’emportent. Or, les grandes innovations résultent souvent de décisions audacieuses. Mais, qui dit audace dit aussi prise d'initiatives, prise de risques et donc aussi des échecs. Pour Olivier Mathiot, cofondateur du site de e-commerce PriceMinister, les entreprises doivent instaurer une culture de l’audace pour inciter les collaborateurs à expérimenter, or la France est un pays où l'on manque de confiance. Dans les entreprises et les administrations on valorise ainsi toujours ceux qui sortent des grandes écoles, et ces profils sont souvent ceux qui prennent le moins de risques alors qu’il faudrait valoriser ceux qui font preuve d’audace.

Pour rendre les entreprises plus agiles, la culture digitale doit l'emporter sur la taille. Les grands groupes doivent s'inspirer de l'agilité des start-up en rendant leurs organigrammes plus plats, en réduisant les échelons et en favorisant la création d’unités plus restreintes. Il faut également relocaliser la prise de décision au plus près de ceux qui savent. Les réseaux sociaux libèrent la parole dans les entreprises et permettre de sortir de la "langue de bois" en relocalisant l’information du bas vers le haut ("bottom-up").

L’audace, une question de survie pour les entreprises

La transition numérique impose aux entreprises de gérer deux vitesses: la vitesse industrielle et la vitesse digitale. Les entreprises doivent faire preuve d’audace pour accepter de remettre en cause leur business modèle avant qu’un concurrent n’émerge. Au lieu de ça, les entreprises luttent désespérément pour contrôler un environnement dont elles ont déjà perdu la maîtrise. Selon Antoine Solom, les organisations ne doivent plus hésiter à créer des "spin off" autour de l’entreprise, qui vont progressivement constituer des relais de croissance et d’emplois.

En France ou en Europe, nous sommes aujourd’hui incapables de développer une entreprise comme Tesla, déplore Thierry Baril, directeur général des Ressources Humaines d’Airbus Group & d’Airbus. On doit développer des outils d'évaluation qui prennent en compte la capacité des managers à se remettre en question. Airbus a ainsi décidé de revoir les systèmes d'évaluation des salariés en prenant en compte le niveau d'engagement humain.

En tant qu’individu je suis convaincu de la nécessité du changement, mais en tant que juriste en droit du travail je reste suspendu à une question : est ce que l'audace n'est pas incompatible avec le droit du travail qui met la subordination à la base de la relation de travail ? Peut-on être à la fois subordonné et audacieux ? 

Yann-Maël Larher, doctorant en droit social sur les technologies de l'information et de la communication dans l'entreprise (Université Paris 2 - Assas)
@yannmael

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