Economie

Crise ouverte à Force ouvrière après la démission de Pascal Pavageau

Cécile Maillard ,

Publié le

Le secrétaire général de Force ouvrière, fragilisé par l’affaire du fichage des cadres de FO, a annoncé mercredi 17 octobre qu’il démissionnait. Si FO évite un enlisement de la situation comme l’avait connu la CGT avec l’affaire Thierry Lepaon, le syndicat n’a aucun plan B pour trouver un nouveau secrétaire général.

Crise ouverte à Force ouvrière après la démission de Pascal Pavageau
Pascal Pavageau, secrétaire général de Force ouvrière depuis avril 2018, a démissionné le 17 octobre.
© Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

Le secrétaire général de Force ouvrière n’a pas traîné. Une semaine après les révélations du Canard enchaîné sur l’existence d’un fichier des cadres de son organisation, Pascal Pavageau a annoncé qu’il démissionnait de son poste de secrétaire général. Dans un courrier adressé aux membres du Comité confédéral national (le "parlement" de l’organisation syndicale), il explique y être "contraint face à la violence et à la haine de certains qui exigent de moi des sacrifices que personne ne devrait avoir à faire".

Le fichier dévoilé par le Canard, rédigé par deux collaboratrices de Pascal Pavageau 18 mois avant son élection, en avril, à la tête de Force ouvrière, accolait au nom de 126 patrons de fédérations professionnelles ou d’unions départementales, des commentaires. Sur leur proximité avec Pascal Pavageau, mais aussi sur leurs convictions politiques ou religieuses, leurs affinités sexuelles, leur santé… Plusieurs sources évoquent l’existence d’un autre fichier, plus récent.

La fédération de la métallurgie réclamait son départ

Ces révélations ont suscité un tollé général en interne, y compris de la part de ceux qui ont soutenu Pascal Pavageau lors du congrès, où il a été élu à 96%. Il avait reconnu "une connerie", et ses deux proches collaboratrices devaient être mises à pied quelques jours. Insuffisant. Le secrétaire général de la fédération FO de la métallurgie, Frédéric Homez, a appelé à sa démission, et la fédération de l’alimentation fermement condamné "des pratiques dignes de celles employées par les staliniens". Pascal Pavageau espérait encore sauver son poste en reportant la commission exécutive prévue ce mercredi, le temps de s’excuser et de calmer les esprits, mais ses membres ont décidé de la maintenir. Un camouflet de plus. Depuis cette affaire, les langues se sont déliées, et il apparaît que le management de Pascal Pavageau était fortement critiqué.

La déflagration est allée bien au-delà de la seule personne de Pascal Pavageau. L’image de Force ouvrière dans son ensemble se trouvait atteinte, alors qu’approchent des élections professionnelles primordiales pour le syndicat, celles dans la fonction publique, le 6 décembre. L’affaire ternit aussi l’image du syndicalisme dans son ensemble. Elle a même fait sortir Laurent Berger de sa réserve  habituelle lorsqu'il s’agit de commenter les affaires des autres syndicats.

Qui pour lui succéder ?

En démissionnant sans attendre de se faire virer par une des instances de Force ouvrière, Pascal Pavageau évite à son syndicat de s’enliser dans de longues semaines assassines, qui laissent des traces aussi bien en interne qu’à l’extérieur. C’est ce qu’a vécu la CGT avec l’affaire du train de vie de Thierry Lepaon. Plusieurs mois de révélations dans la presse, des adhérents qui quittent le navire, des élections perdues et une succession qui divise profondément le syndicat.

Force ouvrière n’échappera pas à cette dernière conséquence de la crise. Pressenti de longue date pour succéder à Jean-Claude Mailly au printemps 2018, Pascal Pavageau était le seul candidat au poste de secrétaire général et il s’y était préparé. Aucun nom ne s’impose pour lui succéder. Surtout, le congrès d’avril avait été le théâtre d’un affrontement entre les "réformistes" de Force ouvrière et les plus "radicaux", remontés contre l’attitude de Jean-Claude Mailly, plutôt conciliant avec Emmanuel Macron durant les derniers mois de son mandat. Pascal Pavageau avait humilié ses opposants et laissé la salle siffler le secrétaire général sortant. Ce que certains ne lui ont pas pardonné.

Il se murmure qu’une alliance entre réformistes et trotskistes pourrait permettre de mettre les soutiens de Pascal Pavageau en minorité. Pour adopter quelle ligne, là est toute la question.

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