Créer un Airbus des batteries ? Pas si simple

L’Allemagne et la France vont lancer ensemble un projet pour soutenir la production de batteries en Europe d’ici 2022. Le projet, encore très flou, pourrait préfigurer la nouvelle politique industrielle prônée par les deux pays

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Créer un Airbus des batteries ? Pas si simple
Le constructeur allemand BMW a investi dans une ligne de production de batteries en Thaïlande.

C’est l’un des exemples de la nouvelle ambition industrielle de l’Europe. Le 18 décembre, la France et l’Allemagne se sont mises d’accord pour lancer un "Airbus des batteries". Afin d’encourager la création d’une filière de production de batteries européennes pour les véhicules électriques, les deux pays veulent obtenir le feu vert de la Commission pour financer un ou plusieurs consortiums d’industriels. Objectif : produire d’ici 2022 des batteries en Europe, alors que le marché des batteries de troisième génération est dominé par les fabricants asiatiques. "A partir du moment où 60 % de la valeur d’une voiture électrique se situe dans le système de navigation et les batteries, il ne restera pas grand-chose en Europe si les premiers viennent des Etats-Unis et les secondes sont asiatiques", pointe le ministre de l’Economie français.

Ce n’est pas le seul projet industriel européen d’envergure lancé ces derniers mois : en début de semaine, la commission a donné son feu à un financement de 1,75 milliard d’euros venant de quatre pays (France, Allemagne, Italie et Royaume-Uni) pour soutenir la production de puces et de capteurs en Europe, dont STMicroelectronics doit profiter. L’Allemagne plaide aussi pour le lancement prochain d’un "Airbus de l’intelligence artificielle".

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"Nous avons fait Airbus il y a quarante ans et depuis rien", constate Bruno Le Maire. De fait, le parcours est encore semé d’obstacles pour le projet des batterie et toutes les difficultés, loin d’être levées. D’abord celle des moyens à mobiliser. L’Allemagne a débloqué un milliard d’euros sur trois ans pour le projet. La France pour l’instant se garde bien d’avancer un montant, mais assure pouvoir mobiliser le PIA et une partie des 250 millions d’euros annuels à disposition du fonds pour l’innovation de rupture. Les frictions percent aussi avec les autres Etats membres. "Nous comprenons que la porte restera ouverte à d’autres. Sans cela, je doute du succès de l’initiative", s’est inquiétée la ministre polonaise de l’entreprenariat Jadwiga Emilewicz, guère ravie du pas-de-deux franco-allemand.

Pour réussir à créer une filière viable, encore faut-il que les constructeurs automobiles suivent, plutôt que de s’approvisionner en Asie directement. "Il faut, en aval, des constructeurs automobiles intéressés par l’achat de ces batteries ", reconnaît Bruno Le Maire. C’est aussi pour cela que Paris et Berlin plaident pour une avancée rapide, avec une première production dès 2022, lorsque les constructeurs automobiles monteront en charge sur l’électrique.

Changer de logiciel

Pour créer des champions industriels, d’autres obstacles doivent aussi être levés. Réunis à Paris au même moment, les "Amis de l’industrie", ce cénacle informel de dix-huit Etats membres favorables à une politique européenne plus musclée, plaident pour un "changement de logiciel". Les griefs ne sont pas vraiment nouveaux. Alors que les Etats-Unis et la Chine injectent des financements massifs pour développer les technologies d’avenir, les ministres estiment nécessaire de changer d’échelle en matière d’aides d’Etat autorisées en Europe et de réviser la politique de la concurrence, soupçonnée de bloquer la création de champions européens.

Depuis quelques semaines, Paris a intensifié son lobbying sur ce sujet, craignant un veto de la Commission au rapprochement Siemens-Alstom. L’objectif des Amis de l’industrie est désormais d’affûter leur discours pour faire pression sur la prochaine commission européenne, désignée à l’été 2019 après les élections européennes, et imposer un changement de braquet de la politique industrielle européenne.

Solène Davesne Journaliste Economie

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