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[Covid-19] Renault, Armor, Décathlon, BASF, mobilisation pour des visières de protection en 3D

Rémi Amalvy , , ,

Publié le

Bonne nouvelle Grâce à l'impression 3D, les initiatives se multiplient en France et en Europe pour produire des visières de protection à destination des soignants, en attendant une industrialisation du processus. Renault, Armor, Décathlon et BASF, entre autres, s'associent à des universités et CHU, tandis que les fabricants d'imprimante 3D rendent leurs plans accessibles aux particuliers.

[Covid-19] Renault, Armor, Décathlon, BASF, mobilisation pour des visières de protection en 3D
L'initiative "Les Visières de l’Espoir" a déjà fourni plus d'un millier de ces équipements aux soignants.
© Les Visières de l’Espoir

Après la production de masques, de nombreuses initiatives se mettent en place pour proposer des visières de protection. L'objectif : produire des milliers d'unités chaque jour, pour venir en aide au personnel soignant et aux entreprises encore en activité, dans leur lutte contre la propagation du Covid-19.

L'impression 3D est rapidement devenue le procédé de fabrication le plus communément utilisé. Partout, des particuliers détenteurs d'appareils se sont mis à concevoir eux-mêmes les équipements. En attendant que les productions s'industrialisent, les fabricants d'imprimantes 3D ont également choisi de se mobiliser contre l'épidémie. Le constructeur tchèque Prusa a par exemple publié en open source des plans 3D de visières, réutilisés sur tout le globe.

3Dnatives rassemble des industriels

En France, 3Dnatives, média en ligne spécialisé dans l'impression 3D, s'est par exemple servi de ces plans pour lancer l'opération "Les Visières de l'Espoir", et espère distribuer quelque 20 000 unités. "Le 20 mars, on a reçu une demande du CHU de Caen pour produire des visières, raconte Marc Pfohl, co-fondateur avec Alexandre Martel de 3Dnatives.com. Le 24 mars, Paris-Saclay Hardware leur a fourni six prototypes que leur direction qualité a validé. Le 27 mars, ils recevaient leurs 200 premières visières." Depuis, l'Assistance publique hôpitaux de Paris (AP-HP) en a reçu 500, le CHU de Nimes 80 et le CHU de Longjumeau 100. De nombreuses commandes, notamment des CHU de Toulouse et de Bordeaux, ainsi que des pharmacies de l'Est, seront satisfaites dans les prochains jours. "On a réceptionné environ 13 000 demandes", ajoute-t-il.

Comment soutenir une telle cadence ? "On a une cinquantaine de personnes qui travaillent à plein temps, sept jours sur sept, explique Marc Pfohl. On a également activé tout notre réseau pour associer plusieurs industriels au mouvement." Lactalis a par exemple fait don de 1,5 km de polyéthylène téréphtalate (PET), polymère utilisé dans l'impression 3D. De quoi fabriquer 11 000 visières. BASF a fourni d'autres composants, comme de la poudre de polyuréthane thermoplastique (TPU) et Décathlon, les attaches pour fixer l'équipement sur la tête ainsi que ses centres d'impression 3D. HP a mis à disposition son réseau de clients disposants de machines à impression.

Au total, une quinzaine de partenaires, dont L'Oréal, Aereco ou encore Carrafont sont mobilisés. "Cela représente 17 centres de fabrication en France, détaille Marc Pfohl. On se sert uniquement d'imprimantes 3D industrielles." Dotées de PET d'au moins 0,5 mm d'épaisseur, les visières sont fournies gratuitement aux soignants qui en font la demande, livraison dans toute la France incluse. "Nous faisons ça bénévolement, précise-t-il. Cela risque de changer avec l'augmentation des demandes, car il faudra bien qu'on paie les matières premières." Des discussions seraient en cours avec d'autres industriels et équipementiers pour leur faire rejoindre l'initiative.

Les initiatives se multiplient en France et en Europe

Ailleurs en France, les initiatives de ce genre se multiplient. L'Université de Nantes s'est associée au CHU de la ville et à l'industriel Armor pour concevoir des visières de protection. Toujours grâce aux plans 3D du Tchèque Prusa, 300 unités ont été livrées au CHU le 31 mars et 500 supplémentaires le 2 avril. Chacune est conçue avec du PETG, ou polyester glycolisé, sur auquel est ajouté un élastique de maintien et un serre-tête produit par Armor. Le tout est assemblé dans la Halle 6 Ouest sur l'île de Nantes.

Le groupe Renault s'est également mis à la fabrication en 3D de visières, via son site de Flins (Yvelines) et son Technocentre de Guyancourt (Yvelines). Des prototypes ont été distribués l'Hôpital Nignot de Versailles (Yvelines) le 28 mars. Une quinzaine d'unités a été livrée le 1er avril et 70 le lendemain. L'objectif est d'en fournir rapidement 2 000. Le site Alpine de Dieppe (Seine-Maritime) a commencé l'impression 3D de visières le 31 mars. Une douzaine ont déjà été fournies à l'hôpital de la ville. À Paris, l'AP-HP et Université de Paris ont annoncé l'acquisition de 60 imprimantes 3D grâce à un financement du groupe Kering, dans le cadre du projet 3D Covid. Installés dans l'hôpital Cochin, les appareils doivent fournir aux soignants parisiens leurs propres matériels pour lutter contre le virus, qu'il s'agisse de visières, de valves pour respirateur artificiel, de matériel d'intubation, de masques ou de poignées.

En Espagne, Airbus a mobilisé son site de Getafe pour produire des visières de protection. "Plus de vingt imprimantes 3D fonctionnent jour et nuit. Des centaines de visières ont déjà été produites et expédiées aux hôpitaux proches des installations d'Airbus en Espagne. Airbus s'appuie sur un concept breveté pour fabriquer les cadres des visières, en utilisant des plastiques PLA (Acide polylactique, ndlr)", précise l'avionneur dans un communiqué.

Guardtex propose une alternative à l'impression 3D

L'impression 3D n'est cependant pas l'unique moyen pour produire des visières de protection. Située dans le Morbihan, la société Guardtex, spécialisée dans la fabrication de matériaux souples, a entièrement réorienté sa production. "Une quinzaine de personnes travaillent de 6 heures à 22 heures pour produire chaque jour environ 3 500 visières, détaille Thierry Plagué, patron de Guardtex. On devrait pouvoir monter à 4 000 ou 5 000". Ici, pas d'imprimantes 3D, de PET ou de PLA. Les équipements sont fabriqués avec du PVC "cristal", utilisé dans la conception du vitrage des capotes de bateaux. "Il s'agit d'un matériau souple, qui s'adapte à la forme du visage. Grâce à lui, les visières sont très confortables, peuvent se porter toute une journée et ne gênent pas si l'on ajoute un casque ou une autre protection par dessus, précise Thierry Plagué. Les visières sont lavables et réutilisables. Elles ne comportent aucune partie métallique abîmable et aucune colle n'est utilisée."

L'activité n'a repris que depuis une semaine et déjà, l'entreprise fonctionne à flux tendu. "Théoriquement, on pourrait produire 20 000 visières par jour. Mais nous avons des mesures très strictes de protection qui nous l'empêchent", ajoute Thierry Plagué. Chaque poste doit par exemple être espacé de cinq mètres et chaque personnes de trois mètres. Le lavage des mains est obligatoire toutes les heures et la désinfection des équipements toutes les deux heures. À cause de cela, avec 15 personnes, le site a atteint son effectif maximal. "On veut s'associer avec les autres entreprises du coin, mais c'est compliqué pour elles d'adapter leurs usines", commente-t-il.

Avec l'afflux massif des demandes, cette option semble obligatoire. Guardtex a déjà livré en visières les hôpitaux de Brest, Rennes Angers, Strasbourg, et bientôt l'AP-HP. Des entreprises ont également fait appel à l'entreprise, comme Enedis et Suez, et même des pays, comme la Suisse et les États-Unis. Mais avec l'arrêt de certaines activités, l'approvisionnement de certaines matières premières devient compliqué. "On triple toujours nos commandes pour être sûr d'en avoir assez, évoque Thierry Plagué. Ça passe toujours de justesse. Hier, nous avons même reçu certains matériaux en taxi. C'est un bazar sans nom !"

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