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L'Usine Santé

Convaincre l'industrie pharmaceutique, "c’est un combat de tous les jours", confie Philippe Douste-Blazy

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le

Entretien Désormais Secrétaire général adjoint des Nations-Unies, l’ancien ministre Philippe Douste-Blazy préside également l’organisation internationale d’achats de médicaments Unitaid. Alors que le monde de la santé s'est regroupé à Lyon à l’occasion du forum Biovision (15 et 16 avril), il appelle à ne pas oublier les pays pauvres.

Convaincre l'industrie pharmaceutique, c’est un combat de tous les jours, confie Philippe Douste-Blazy © NATO

L'Usine Nouvelle - En quoi Unitaid est un "laboratoire de financement innovant" pour le développement ?

Philippe Douste-Blazy - Depuis que j’ai créé Unitaid en 2006, après avoir mis en place la taxe d’un euro ou un dollar sur les billets d’avion avec les présidents Chirac et Lula, nous avons convaincu treize pays. C’est un échec, lorsqu’on sait que l’ONU compte 193 membres... mais aussi un succès, car nous avons récolté 2,7 milliards de dollars. Nous avons décidé de dédier cet argent à la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. De 2008 à 2011, par exemple, cela nous a permis de financer les traitements de 80% des enfants atteints du sida traités dans le Monde ! Nous avons aussi financé 355 millions de traitements contre le paludisme.

Comment augmenter votre budget ?

Il faut aller plus loin. Le fossé entre les très pauvres et les riches n’a jamais été aussi élevé. Notre solution est de prendre une microscopique contribution de solidarité sur les activités économiques qui bénéficient le plus de la mondialisation. L’avion, mais aussi la téléphonie mobile, les ressources extractives – gaz, pétrole et mines – et les transactions financières. Sur cette dernière, nous avons convaincu Nicolas Sarkozy de créer une telle taxe.

François Hollande a poursuivi cet effort. Elle est actuellement de 0,2% sur les actions. Dix autres pays européens viennent de voter une taxe sur les transactions financières. Notre combat ne sera pas tant de convaincre tous les chefs d’Etat du monde de la mettre en place mais de les convaincre de donner une partie significative de cet argent au financement du développement et au changement climatique. En France, seuls 30% des revenus de la taxe sont pour nous, le reste part à Bercy ! J’ai appelé le président Hollande à en utiliser une partie pour les enjeux de la Cop 21 et à convaincre ses homologues d'en faire autant. 

Quels sont vos rapports avec l’industrie pharmaceutique ?

Nous avons lancé une révolution en inventant en 2010 une communauté de brevets, le "Medicines Patent Pool". Lorsqu’un brevet protège un médicament innovant, un milliard d’individus peut avoir accès à cette découverte mais six milliards n’y ont pas le droit. Ils doivent attendre entre dix et quinze ans ! Prenez l'exemple du sida. Seuls 40% des malades dans le monde sont soignés. Nous sommes allés voir les laboratoires concernés, leur avons proposé de garder leur propriété intellectuelle mais de nous accorder une licence volontaire pour fabriquer la même molécule avec des génériqueurs. Elle serait 98% moins chère et ces derniers reverseraient une petite royaltie en échange.

L’industrie pharmaceutique m’a mis dehors au début. Mais le miracle est arrivé et, petit à petit, avec l’aide des prises de position du président Obama, les plus grands laboratoires mondiaux ont accepté de mettre en place une communauté de brevets pour traîter le sida. On essaye désormais de faire pareil pour la tuberculose et l’hépatite C. C’est un combat de tous les jours...

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

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