Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine Auto

[Conjoncture] Des secteurs à l'offensive

, , , ,

Publié le

Une demande plus soutenue et la volonté de moderniser les sites pour rester dans la course mondiale ont motivé de nombreux investissements. Certains secteurs à l’image de l’agroalimentaire continuent de souffrir de la structure de leur tissu productif. D’autres comme la pharmacie, l’énergie et l’automobile relèvent les défis que leur impose l’évolution de leur marché. La bataille continue.

[Conjoncture] Des secteurs à l'offensive
Techniflor a investi 10 millions d'euros sur son site d'Allauch

L’aéronautique toujours plus haut

Si les dirigeants du secteur ne cessent de rappeler que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, force est de constater que le secteur aéronautique atteint des sommets. Ce qui s’est encore traduit en 2017 par un dynamisme industriel porté par le vaisseau amiral Airbus. Malgré les vicissitudes de l’avionneur européen, les hausses de cadences de production dans l’aviation civile poussent une grande partie des sous-traitants à investir pour rester dans la course. Cette année, Airbus dépassera le cap historique des 700 avions commerciaux livrés. A coup de systèmes automatisés et d’augmentation de capacités, la filière – environ 60 milliards d’euros de chiffre d’affaires, près de 190 000 salariés – lutte pour gagner des points de compétitivité face à la concurrence internationale.

Illustration frappante avec Stelia, filiale d’Airbus spécialisée dans les pointes avant : le groupe a investi 70 millions d’euros sur son site historique de Méaulte (Somme). Pilotage numérique de la production, tablettes tactiles, parc de 35 nouveaux robots, machines de rivetage automatique, réalité augmentée… Les 1 600 salariés se mettent à l’heure du numérique. Toujours chez Airbus, la branche hélicoptères mise aussi sur le digital pour réduire ses coûts de production dans un marché atone. Airbus Helicopters a quitté son site devenu vétuste de la Courneuve (Seine-Saint-Denis) pour s’installer à côté, à Dugny, dans une usine flambant neuve où la production de pales a redémarré en mars. Montant de l’investissement : 130 millions d’euros. « Cette usine doit devenir la plus compétitive au monde pour la production de pales d’hélicoptères, assène Christian Cornille, vice-président exécutif en charge de l’Industrie chez Airbus Helicopters. A terme, l’ensemble des phases de réalisation seront réalisées avec un haut niveau d’automatisation. »

Juchés sur les épaules du géant, équipementiers et sous-traitants s’inscrivent dans le même élan. Zodiac Aerospace a mis sur la table 5 millions d’euros dans son usine de Loches (Indre-et-Loire) pour assurer la croissance de son activité de câblages tandis que Liebherr-Aerospace a déboursé 11,5 millions d’euros pour un nouvel atelier d’usinage sur son site de Campsas (Tarn-et-Garonne), pour la production de systèmes d’air. Au même endroit, c’est Antavia – maintenance d’équipements aéronautiques – qui a investi dans la construction d’une nouvelle usine. Dans le Nord, le spécialiste des roulements SKF Aeroengine s’est doté d’un nouveau bâtiment (3,5 millions d’euros) pour des moyens d’essais à Rouvignies. En 2020, il accueillera 15 bancs d’essais. Si les besoins de production justifient la plupart des investissements, l’année 2017 aura été l’occasion pour la filière de se projeter savec l’appui du monde de la recherche. Isae-Supaero s’est doté d’une nouvelle soufflerie aéroacoustique sur son campus toulousain (Haute-Garonne) pour 9 millions d’euros. Elle aidera à concevoir les aéronefs du futur.

L’agroalimentaire, en rattrapage, reste fragile

En 2017, l’agroalimentaire fait figure de bon élève des investissements productifs, avec une hausse de 8 % (après + 11 % l’an dernier). « On n’avait pas vu cela depuis dix ans ! », commente Stéphane Dahmani, le directeur Economie & Contrat de filière de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania). Aussi bien dans les grands groupes, que dans les TPE et PME, qui composent 98 % des quelques 17 000 entreprises du secteur. Ces derniers mois, Hennessy, leader mondial du cognac, s’est ainsi offert un nouveau site de conditionnement à Salles-d’Angles (Charente), pour 100 millions d’euros. Tandis que Loste Tradi-France injectait 18 millions d’euros dans une nouvelle usine de charcuterie à Breteil (Ille-et-Vilaine).

Mais les réjouissances risquent d’être de courte durée. Car beaucoup étaient liées, selon Stéphane Dahmani, à « un effet d’aubaine » dû au dispositif fiscal de suramortissement qui a pris fin en avril… Pour 2018, les perspectives sont plus sombres, avec l’anticipation d’une chute de 5 % des investissements. Pourtant, « les carnets de commande sont bien orientés, mais les conditions économiques ne sont pas propices à l’investissement », indique l’expert. Car, dans ce secteur il n’y aura pas de déclic sans « l’amélioration des marges des industriels qui ont perdu six points en dix ans ! ». L’industrie se dit victime d’un double effet. En amont, la volatilité des matières premières qui représentent 55 % des coûts du secteur (contre 38 % dans le reste de l’industrie). Tandis qu’en aval sévit la guerre des prix de la grande distribution, avec un rapport de force défavorable aux PME pour répercuter leurs coûts… L’Ania espère que les ordonnances promises lors des Etats Généraux de l’Alimentation permettront de rééquilibrer la donne.

En attendant, l’appareil productif de l’agroalimentaire français est en perte de compétitivité, avec des investissements plutôt défensifs qu’offensifs, privilégiant, les mises aux normes ou le renouvellement des capacités. Faute de rentabilité suffisante, des sites continuent de fermer, comme les abattoirs de Rethel dans les Ardennes ou Socavol en Côtes d’Armor. Mais d’autres filières tirent leur épingle du jeu, en misant sur les attentes du consommateur. Comme l’attrait renforcé pour les produits du terroir qui a motivé un plan d’investissement dans l’usine de transformation de poissons d’eau douce Fish Brenne de Pouligny-Saint-Pierre (Indre) ou la demande en protéines végétales, à laquelle va répondre le sucrier Tereos sur son site de Marckolsheim (Bas-Rhin). Tandis que son voisin, Herta, investit 25 millions d’euros à Illkirch pour des jambons sans nitrite. D’autres misent résolument sur l’international, comme les sucriers français qui profitent de la fin des quotas européens, ou encore Les Maîtres laitiers du Cotentin. En septembre, ils inauguraient une usine de briquettes de lait infantile UHT à Méautis (Manche) pour le distributeur chinois Synutra. Avec, à l’appui, un contrat de onze ans.

L'énergie portée par les renouvelables

Dans le monde, les énergies renouvelables captent environ 60 % des investissements dans les nouveaux moyens de production d’énergie. En France, selon le Syndicats des énergies renouvelables, ce sont plus de 7 milliards d’euros qui auront été investis en 2017, dont 2,2 milliards pour l’éolien, près d’1 milliard dans le photovoltaïque, 700 millions dans l’hydroélectricité dont 45 pour la petite hydro, 500 millions dans le biogaz, mais aussi près de 2 milliards dans les pompes à chaleurs et 600 millions dans les énergies bois chez les particuliers et les TPE, sans oublier 300 millions d’euros dans l’extension des réseaux de chaleur. Ces investissements devraient continuer à progresser en 2018, notamment dans le solaire et le biogaz. Des projets de 10 millions d’euros, comme celui de l’usine de biométhane de Vol-V à Quimper, devraient se multiplier. En revanche, côté biomasse, malgré le démarrage de production de granulés de bois-pellets à Rostrenen (Côtes-d’Armor) chez Celticoat moyennant un investissement de 7 millions d’euros, la France n’investit pas assez.

Spécificité française, le nucléaire capte toujours une grande part des investissements de l’énergie. Le grand carénage, entamé par EDF en 2014 et qui doit se poursuivre jusqu’en 2025 pour prolonger la vie des centrales au-delà de 40 ans, va engloutir 48 milliards d’euros sur la période, soit environ 4,2 milliards d’euros par an en moyenne. Cette opération concernerait 110 000 emplois directs et indirects chez EDF et ses 3 000 prestataires. La rénovation du parc hydroélectrique capte elle aussi la plupart des investissements pour cette énergie. EDF y consacre maintenant environ 300 millions d’euros par an. Avec quelques grands chantiers, comme l’aménagement du site de Gavet, sur un tronçon de la Romanche (Isère) pour lequel EDF dépensera entre 2010 et 2020 environ 50 millions d’euros par an.

Malgré cette manne, les investissements chez les équipementiers de l’énergie se font rares. Certes, Sunpartner a pu investir 8 millions d’euros dans un site de production de verres photovoltaïques transparents à Rousset (Bouches-du-Rhône), mais 2017 a plus été marquée par les défaillances, suivi de rachats, comme pour le producteur de mats d’éoliennes Francéole racheté par le néerlandais Nimbus ou le fabricant de panneaux photovoltaïques Sillia VL croqué par l’italien REcom Italia. Et si Open Hydro, filiale de Naval Group, a bien débuté la construction de son usine d’assemblage d’hydroliennes à Cherbourg (Manche), les appels d’offres promis par la France n’ont pas été lancés et les débouchés s’annoncent rares. Côté éolien offshore, les projets se débloquent peu à peu, et le fabricant danois de pales d’éoliennes LM Wind Power et General Electric doivent investir 100 millions d’euros dans une usine de pales, également à Cherbourg. Mais, n’ayant pas anticipé un retournement brutal du marché, GE et Siemens ont annoncé des plans de restructuration dans leur division énergie, qui n’épargneront pas complètement la France,malgré les promesses.

L’automobile jusqu’ici tout va bien… 

"Constructeurs et équipementiers traversent un cycle haut", savoure Jacques Mauge, président de la Fédération des industries des équipements pour véhicules (FIEV). Les chiffres le confirment. Au cours des dix premiers mois de l’année 2017, les ventes de véhicules particuliers neufs ont progressé d’environ 4 % en France et en Europe. Un dynamisme qui rejaillit en partie sur la filière industrielle française. Celle-ci compte 4 000 entreprises et environ 500 000 salariés, pour 39 milliards d’euros d’exportations.

Toyota a investi 90 millions d’euros dans son usine d’Onnaing (Nord). Ses 3 900 salariés y produiront la nouvelle Yaris à partir de mars 2018. En Moselle, le site PSA de Trémery, grand spécialiste du diesel, a pour sa part décroché la production de 200 000 moteurs essence par an, au prix d’un investissement de 40 millions d’euros destiné à adapter l’outil industriel. Dans la région, les fournisseurs mettent les moyens pour suivre le rythme : ThyssenKrupp Presta France, spécialiste des colonnes de direction, a investi 4 millions d’euros pour automatiser sa logistique, tandis que ZF Lemförder Metal a consacré 2,5 millions d’euros dans une nouvelle ligne de production de rotules de direction. Une bonne santé qui a souffert de quelques exceptions, à l’image du sous-traitant GM&S.

Celui-ci reste toutefois une exception, insistent les observateurs du secteur. La faute à une mauvaise gestion et un manque d’investissement.« Sur les cinq dernières années, hors constructeurs, les investissements globaux en R&D dans la filière ont augmenté à un rythme de 6 % par an », se félicite Eric Poyeton, directeur général de la Plateforme de la filière automobile. 2017 n’a pas échappé à la tendance. Pour répondre aux défis des véhicules propres, connectés et autonomes, l’équipementier Plastic Omnium va injecter 20 millions d’euros sur son site de R&D mondial de Sainte-Julie (Ain), spécialisé dans l’activité « Extérieurs ». 30 postes ont déjà été ouverts, les effectifs paseront de 550 à 700 personnes.

Et demain ? Pour les années à venir, une incertitude plane : l’ampleur et la vitesse de la baisse des ventes de diesel. « Lorsque les volumes seront vraiment touchés, il va falloir adapter les effectifs. Or, il est assez compliqué de les réaffecter sur d’autres technologies, donc il risque d’y avoir des difficultés », s’inquiète Jacques Mauge. Selon lui, 10 % des effectifs des fournisseurs sont concernés, soit environ 7 000 salariés en France, terre d’excellence du diesel depuis les années 1960. Chez Bosch à Rodez (Averyon) comme dans l’usine Delphi de Blois (Cher), on réfléchit donc à des « projets de diversification » pour absorber le choc. Le site Bosch de Vénissieux (Rhône), lui aussi spécialiste des composants diesel, n’a pas eu la même chance et a fermé ses portes en 2017. Au cours des huit premiers mois de 2017, la part du diesel dans les ventes de véhicules neufs est passée sous la barre des 50 % en France. En 2012, elle culminait à 73 %.

La beauté rit, la santé s’inquiète

Les situations sont contrastées dans les secteurs de la cosmétique et de la santé. Du côté des produits de beauté « le deuxième semestre devrait être meilleur que le premier qui a un peu pâti des ventes à la grande distribution, remarque Patrick O’Quin, le président de la Fédération des entreprises de la beauté (Febea). Mais l’export se porte très bien. » Sur les neuf premiers mois de l’année 2017, les exportations ont progressé de 11,4 % pour dépasser les 10 milliards d’euros. La balance commerciale des cosmétiques en ressort de manière largement positive, à 7,8 milliards d’euros (+ 12,6 % par rapport à 2016). Ce secteur, dont le chiffre d’affaires approche les 25 milliards d’euros en France, continue d’investir. Caudalie, qui produit des soins à base d’extraits de raisin, a lancé en février l’agrandissement de sa plate-forme logistique orléanaise. Technicoflor, le fournisseur de compositions parfumées, investit 10 millions d’euros sur son site d’Allauch (Bouches-du-Rhône), pour doubler ses capacités de production à partir de 2018. « Le made in France continue de bien marcher, explique Patrick O’Quin. Il y a un vrai savoir-faire. »

L’industrie pharmaceutique a légèrementre pris des couleurs en 2016. Selon le dernier bilan du Leem (Les entreprises du médicament), le chiffre d’affaires a augmenté de 3 % en 2016 à 54,5 milliards d’euros, alors qu’il était resté stable en 2015. Mais pour l’organisation professionnelle, ce dynamisme masque une réalité moins rose. La France devient de moins en moins attractive pour la production de médicaments. Les investissements annuels restent stables, autour de 410 millions d’euros pour les médicaments chimiques. En 2017, quelques entreprises ont fait des annonces en ce sens. Comme l’Allemand Merck, qui a ouvert deux nouvelles lignes de production de milieux de culture dans son usine de Molsheim (Bas-Rhin), pour un investissement de 12 millions d’euros ou le Français Eurofins qui a inauguré en octobre une extension de son laboratoire d’analyse des aliments à Nantes (Loire-Atlantique) pour 22 millions d’euros. Mais la France peine à attirer la production de nouveaux médicaments, en partie à cause d’une limitation de lancement de nouveaux traitements dans un contexte de politique budgétaire tendue. 

C’est dans les biotechnologies que la France prend du retard. Selon le Leem, les investissements sur ce segment baissent de 20 %. Sur 76 médicaments de ce type lancés en Europe entre 2012 et 2016, seuls 5 sont produits en France. Et l’année 2018 risque de ne pas être de meilleure facture. D’autant que les investisseurs sont échaudés. « On a vu plusieurs accidents récents sur les biotechnologies », rappelle Eric Le Berrigaud, associé de la banque d’affaires Bryan, Garnier & Co. Il cite notamment la chute du cours de Bourse de DBV, la biotech spécialisée dans les allergies, et Innate Pharma sur la leucémie, les deux en proie à des résultats décevants de tests cliniques. Au final, l’industrie pharmaceutique française a vu sa part de marché mondiale passer de 5,6 % en 2006 à 3,4 % en 2016. 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Les entreprises qui font l'actu

Notre sélection : Les écoles d'ingénieurs, vivier préféré de l'industrie

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle