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Compétitivité : c'est l'environnement réglementaire qui plombe les industriels, plus le coût du travail

Frédéric Parisot , , , ,

Publié le , mis à jour le 03/12/2014 À 15H17

Analyse La compétitivité, une question de point de vue ? Dans l’industrie, en tout cas, il y a un décalage entre le ressenti et la réalité. C’est l’un des constats du baromètre de la compétitivité des usines françaises, réalisé par "L’Usine Nouvelle" en partenariat avec le cabinet Deloitte.

Compétitivité : c'est l'environnement réglementaire qui plombe les industriels, plus le coût du travail © Stéphane Lariven

Sur le panel de 350 dirigeants ayant participé à l’étude 2014 sur la compétitivité des sites industriels menée par Deloitte et L'Usine Nouvelle, 67% estiment que leur usine est compétitive, voire très compétitive. Un résultat nettement positif. Faut-il pour autant crier victoire ? Rien n’est moins sûr. Car cette compétitivité ressentie est en contradiction avec les autres chiffres de l’étude indiquant une tendance baissière depuis l’an dernier. Ainsi, 56% des sites n’auraient pas gagné en compétitivité par rapport à 2013, et seule la moitié des industriels interrogés envisage une progression l’an prochain. Difficile, dans ces conditions, de dresser un état des lieux optimiste.

 

Retrouvez notre infographie : Le baromètre de la compétitivité des usines françaises en 2014

 

D’autant qu’une majorité de patrons ne s’attend à aucune hausse des marges d’ici à 2015 : ils sont 83% à penser que le niveau de marge sera stable ou en diminution par rapport à 2014. De là à dire que les industriels se voient plus compétitifs qu’ils ne le sont en réalité, il n’y a qu’un pas… que l’on peut franchir en se demandant s’il suffit qu’une usine ne soit pas fermée pour être qualifiée de compétitive. N’y aurait-il pas un problème de définition ? La compétitivité désigne la capacité d’une entreprise à augmenter ses parts de marchés, à investir et à innover pour en gagner de nouveaux. Elle ne consiste pas seulement à rester dans la course, mais à faire la course en tête. Or, avec des marges en baisse, un niveau d’équipement inférieur à nos voisins européens, ainsi que des niveaux d’investissements au plus bas, la compétitivité ressentie, toute relative, ne saurait masquer une industrie française toujours en difficulté.

L’investissement en berne

C’est un indicateur inquiétant. Le niveau d’investissement des industriels de notre panel en 2014 est des plus bas. 59 % d’entre eux avouent réinvestir moins de 5 % de leur chiffre d’affaires dans le développement de l’entreprise ou dans de nouveaux équipements. La France, qui comptait déjà 4,8 fois moins de robots que l’Allemagne en 2012 (étude IFR de 2013), n’est pas prête de rattraper son retard. Alors que l’innovation est sur toutes les lèvres, un tiers des industriels interrogés ne font aucun investissement en R & D. On estime historiquement que, pour être compétitive, une entreprise doit investir au minimum 5 % de son chiffre d’affaires en R&D. Notre baromètre révèle pourtant que les industriels interrogés ont le sentiment d’être compétitifs s’ils investissent 7 % en R&D.

Les contraintes administratives sont l’obstacle majeur

Quels sont les freins à la compétitivité de notre industrie ? C’est un autre fait marquant révélé par le baromètre L’Usine Nouvelle-Deloitte : le coût du travail n’est plus au centre des préoccupations. Les coûts de main-d’œuvre, bien que supérieurs de six euros de l’heure à la moyenne européenne (37,34 euros contre 31,46 euros, selon les dernières statistiques), ne sont cités qu’en troisième position des critères les plus pénalisants pour la compétitivité. Le coût de l’énergie et les coûts de matières premières n’arrivent respectivement qu’en quatrième et cinquième positions. Ces critères de coût ont été supplantés par les contraintes administratives. Désormais, c’est l’environnement réglementaire (63%) qui est perçu comme le premier frein à la compétitivité des usines, suivi de près par le droit du travail (60 %). Les industriels dénoncent un cadre administratif toujours plus complexe, monopolisant une énergie qui pourrait être consacrée à l’écoute du marché et des clients. Ou à la mise au point d’une stratégie de conquête de nouveaux marchés.

Les industriels disposent néanmoins de quelques instruments pour gagner en compétitivité. Les trois leviers qui arrivent en tête sont bien connus : l’optimisation de l’outil de production, l’innovation, et le facteur humain. La nouveauté qui ressort de ce baromètre 2014, c’est l’importance prise par ce dernier. La motivation et l’implication des salariés constituent en effet un critère retenu par 63% des dirigeants comme étant un facteur déterminant de compétitivité, ce qui le place en deuxième position, presque à égalité avec l’efficacité opérationnelle (64%). Viennent ensuite le talent des managers ou les compétences des salariés (respectivement en cinquième et sixième positions). Cette importance accordée au facteur humain est un signe positif à plus d’un titre. D’abord car elle est représentative d’une prise de conscience de la part d’industriels qui souhaitent en finir avec l’idée d’une usine déshumanisée. Par ailleurs, "on voit également émerger dans l’industrie un phénomène de 'chasse aux talents' longtemps réservé au monde des services, remarque Nicolas Gaultier, associé conseil supply chain chez Deloitte. Aujourd’hui, un industriel se doit d’être attractif s’il veut s’offrir les meilleurs collaborateurs, et ceci est un vecteur de différenciation durable vis-à-vis de la concurrence".

Frédéric Parisot

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2 commentaires

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03/12/2014 - 19h00 -

Nous sommes en présence d’une réaction typiquement française. Les freins à la compétitivité sont extérieurs à l’entreprise, donc subis ! Cette position est non seulement injustifiée mais elle est surtout dangereuse pour l’avenir. Les contraintes réglementaires et le droit du travail méritent certainement d’évoluer mais se focaliser sur ces thèmes au détriment de l’innovation, des ressources humaines, de la productivité, etc. laisse présager un avenir encore plus sombre pour notre industrie. Réveillons-nous !
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Nom profil

03/12/2014 - 14h47 -

On a annoncé récemment que l'on créait plus d'usines cette année, non ? le facteur humain (implication du personnel, talent des managers, compétence des salariés) est présenté comme la 1ère source de compétitivité. n'y a t-il pas beaucoup de réglementations dont le but est justement de préserver/développer le capital humain ? la réglementation est un bouc émissaire. Le Journal des Chambres de Commerce disait en 1914, avant l'expansion de l'Etat, que les Allemands sont conquérants mais pas les Français. si on a fait la guerre à l'époque, c'est un peu parce-que l'on s'inquiétait du dynamisme industriel de nos voisins. Nous, on a préféré les services.
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