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Comment s'inspirer du "Mittelstand" allemand

Solène Davesne

Publié le

Le tissu de grosses entreprises familiales outre-rhin fait rêver les patrons français. Le Medef a organisé un voyage d'étude pour scruter ses forces et ses faiblesses. Un groupe de réflexion franco-allemand doit aussi plancher sur les bonnes pratiques de chaque côté du Rhin

Dans le centre de formation technique de Siemens à Munich, une dizaine d’adolescents s’affairent sur des machines à commandes numériques. Devant eux, le groupe de patrons français est admiratif. "Les moyens déployés sont impressionnants", souffle un petit patron d’une TPE de 16 personnes. Les industriels français ne se lassent pas d’admirer le modèle du Made in Germany. Fin mars, une quarantaine de patrons ont participé à un voyage d’études avec le Medef et au besoin s’inspirer des bonnes pratiques allemandes. Recours à l’apprentissage, dialogue social... "Il faut se comparer au meilleur élève de la classe", assure Pierre Gattaz, le président du Medef.

Un Mittelstand lab

Mais c’est surtout la réussite du Mittelstand qui attire les patrons français. Ce tissu d’entreprises familiales industrielles, souvent de taille moyenne, constitue le terreau du Made in Germany. Elles pèsent 45 % du PIB et près de 70 % de l’emploi total. "Il y a des traits de caractères communs avec les entreprises de taille intermédiaires françaises. Mais le concept de Mittelstand a une conception plus large en Allemagne", relève Elizabeth Ducottet, la présidente de l’entreprise familiale Thuasne, présente dans la délégation. Avec une dizaine d’entreprises de taille moyenne, la patronne doit lancer dans les prochaines semaines le "Mittelstand lab", un groupe de réflexion franco-allemand pour comparer les bonnes pratiques du Mittelstand des deux côtés du Rhin. Les groupes Fives, Paprec, Poujoulat côté français y participent, MEA et le fabricant de carafes Brita côté allemand. "L’une des grandes différences tient à la fiscalité. Beaucoup d’entreprises françaises se sont vendues pour payer les successions", analyse Elizabeth Ducottet. Pour faciliter les reprises d’entreprises, les PME allemandes profitent de droits de succession très faibles. 

Des investisseurs de long terme

Mais la fiscalité n’est pas tout dans leur réussite. A 80 kilomètres de Munich, Patrice Pélissier est le meilleur ambassadeur du Mittelstand. Ce français dirige depuis 15 ans MEA AG, une de ces entreprises du Mittelstand qui emploie 700 personnes pour fabriquer des escaliers métalliques. "Le patron du Mittelstand se vit comme un entrepreneur et non pas comme un investisseur", analyse le dirigeant français. Focalisées sur la gestion de long terme, ces entreprises versent peu ou pas de dividende et réinvestissent la majeure partie de leurs profits. "Dans notre groupe, il n’y a pas d’emprunt bancaire. Tout est financé sur fond propre", abonde Jean-Christophe Prunet, le directeur de la filière française de Rohde & Schwarz, qui fabrique notamment des décodeurs TNT. De quoi voir venir en cas de coût dur et maintenir un ancrage fort dans leur territoire.

Des difficultés nouvelles

S’inspirer de la cogestion à l’allemande ? Pas question pour le Medef Le dialogue social à l’allemande n’a pas inspiré le patronat français lors de son voyage d’étude. "Il n’est pas question de cogestion à l’allemande", assure Pierre Gattaz. Le Medef en rejette la responsabilité sur les syndicats de salariés. La faute au manque d’interlocuteurs réformistes et constructifs, selon le patronat. "Si vous avez des syndicats politisés, vous n’avez pas envie de les voir copiloter votre entreprise."
La recette connait aussi des difficultés. "Le rôle prédominant de la famille pose à présent plus de problèmes qu’il ne génère d’efficacité", s’inquiète Patrice Pélissier, qui pointe la culture du secret qui pousse la plupart des entreprises à ne pas publier leurs comptes. La transformation digitale, qui oblige à renforcer les coopérations entre entreprises et à partager davantage les informations est à l’opposé de la culture du Mittelstand. Malgré le plan Industrie 4.0, le tournant est difficile. "L’entreprise développe tout en interne et refuse des collaborations extérieures, y compris avec des instituts de recherche", regrette le directeur d’une autre filiale française d’une ETI allemande. La volonté de conserver le contrôle du capital limite aussi le recours au private equity.

L’enjeu le plus sérieux pour le Mittelstand est démographique. "Les problèmes de succession menacent le Mittelstand", estime encore Patrice Pélissier. Dans les 5 ans, 400 000 entreprises vont devoir régler leurs successions. Difficile, d’autant que certains dirigeants rechignent à passer la main. De quoi presque rassurer les patrons français. "Le mythe est écorné", reconnait Pierre Gattaz, qui y voit une opportunité : "ces entreprises à la succession difficile sont des cibles potentielles pour nous", estime-t-il. Dans la délégation, plusieurs chefs d’entreprises sont déjà à la recherche d’une cible potentielle. "D’autant qu’une famille a parfois plus de facilité à vendre à un groupe étranger qu’à une autre entreprise allemande. C’est la garantie que leur nom sera conservé", pointe un patron. 

Solène Davesne

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