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Comment (re)produire en France : leçons des Etats-Unis

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Publié le , mis à jour le 15/11/2014 À 11H04

Analyse L’auteur de Made in Monde, Suzanne Berger, vient de publier un ouvrage majeur dans le combat que mènent les pays occidentaux pour réindustrialiser leur territoire. Dans "Making in America", elle démontre, en s’appuyant sur le vécu des entreprises, comment il est possible de reconstruire un tissu industriel. Une leçon venue d’Amérique qui vaut pour la France.

Comment (re)produire en France : leçons des Etats-Unis © Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

Imaginez que la plus grande école technologique de France se saisisse du sujet de l’industrie. Imaginez qu’elle confie au plus emblématique de ses professeurs, de renommée mondiale, une mission pour comprendre ce qui fait qu’une usine ou une entreprise prospère dans notre pays. Imaginez que cette personnalité regroupe autour d’elle des scientifiques de toutes origines : biologie, sciences politiques, sciences sociales, engineering, aéronautique, économie ou entrepreneuriat. Imaginez ensuite que cette "task-force" mène pendant un an un travail de fonds sur le terrain en interrogeant près de 250 industriels pour comprendre les facteurs clés de succès de leurs entreprises, ceux qui font qu’ils résistent encore et toujours à la concurrence internationale. Imaginez tout cela et vous vous plongerez avec plaisir dans la lecture de "Making in America", le dernier ouvrage de Suzanne Berger, professeur au Massachussets Institute of Technology.

255 cas d'entreprises

Bien sûr, il n’y ait pas question de la France mais des États-Unis. Bien sûr, c’est un ouvrage écrit à l’américaine, comprendre : qui martèle ses messages clés à chaque page. Il n’empêche ! Sa lecture se révèle utile, son analyse pertinente et ses conclusions valables aussi pour la question industrielle française. Resituons l’intention. Le MIT a une "tradition" en matière de recherche sur le "manufacturing". Dans les années 1980, c’est de cette université technologique qu’est sorti le concept de Lean Manufacturing (en analysant les forces du modèle Toyota). Il est donc normal, à l’heure où Barack Obama ne cesse de promouvoir le retour de l’industrie, qu’elle contribue à cette ambition en créant la "MIT Task force on production and innovation". Autour de Suzanne Berger, une vingtaine de spécialistes, tous issus du MIT, se sont focalisés sur un sujet : comment reconstruire un tissu industriel capable de soutenir durablement une économie de l’innovation. Pour y répondre, la task-force a interviewé 255 entreprises afin de comprendre comment ils réussissaient à maintenir une importante partie de leurs activités aux États-Unis. Entretien après entretien, ils ont questionné ces dirigeants : "quand vous avez une nouvelle idée, comment l’amenez-vous jusqu’au marché ?".

Les leçons de ce travail, mené pendant deux ans essentiellement aux États-Unis, en Chine et en Allemagne, montrent clairement le rôle clé des usines dans la mise sur le marché des produits. Plus exactement il prouve que le lien fort entre R&D et production est le facteur clé de succès pour espérer maintenir durablement l’outil industriel sur un territoire. Et cela qu’elle que soit la catégorie d’entreprises "auditées" : start-up, ETI, grandes entreprises, américaines ou non. Au passage, Suzanne Berger brise le cou à une idée reçue : quand une usine ferme, ce que l’on perd, ce n’est pas tant des compétences acquises que des compétences futures. Autrement dit, ce qui disparaît avec un site de production, c’est un savoir en devenir qui ne peut se créer qu’au pied des lignes de production dans une interaction forte avec les labos.

NE PLUS PENSER CLUSTER

Au-delà de cette règle d’or, que L’Usine Nouvelle constate chaque année avec les lauréats de son trophée des meilleures usines, l’équipe du MIT propose aussi de rompre avec l’idée de cluster. La spécialisation d’un tissu industriel donné sur un champ de compétences a fait ses preuves dans plusieurs endroits du globe mais il ne correspond pas aux besoins de nombreux territoires. Ce que prône la task-force, c’est de mettre en place des écosystèmes industriels regroupant :

  • des entreprises exerçant des métiers très différents dans des secteurs très différents
  • des plateformes de technologies génériques, utiles à tous et accessibles pour tous
  • un organisme de coordination, privé (un donneur d’ordre local) ou public (une agence de développement ou une université) chargé de faire circuler l’information, d’animer l’écosystème

C’est finalement la bonne nouvelle de cet ouvrage. Pour réindustrialiser un territoire, il ne faut pas se perdre dans de grands desseins, envisager de réforme fiscale ou sociale (même si elles ont un intérêt). Non, le sujet de la relance de la production, aux États-Unis comme en France, est à la fois beaucoup plus simple et complexe à la fois : il se joue au niveau de chaque territoire par la mise en commun de compétences locales (notamment des entreprises et des universités) et par la structuration d’un réseau aux multiples compétences. "Même dans un monde de Big data et de messagerie instantanée, les gains provenant de co-implantation n’ont pas disparu", affirme Suzanne Berger dans son introduction. Si l’on pousse un peu plus loin le raisonnement, on peut même affirmer que la proximité est en passe de devenir un avantage compétitif majeur.

Thibaut De Jaegher

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