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Comment les patrons vont choisir leur champion pour la présidentielle

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Ce n’est pas tant sur le fond que sur la méthode et la capacité à exécuter leur programme que les patrons jaugent les candidats de droite. C’est à cette aune qu’ils ont analysé l’oral auxquels se sont livrés Bruno Le Maire, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy et François Fillon lors de l’université d’été du Medef. 

Comment les patrons vont choisir leur champion pour la présidentielle
Bruno Le Maire, candidat à la primaire de droite, avec Pierre Gattaz, président du Medef, lors de l'Université d'été 2016
© Medef

Bien sûr tous les patrons ne sont pas de droite. Certains sont de gauche et d’autres encore ne sont « "ni de droite, ni de gauche", comme l’exprime un ex-ministre de François Hollande très apprécié de cette catégorie de la population. Mais à voir l’accueil chaleureux aux propositions des candidats de la primaire de la droite et du centre lors de l’université d’été du Medef, il est clair que c’est plutôt dans ce camp que se situe la majorité des dirigeants.

Contrairement aux débats qui déchirent une gauche éclatée, les mesures économiques des candidats de droite sont dans le fond assez proches et les patrons l’ont bien compris. Suppression du compte pénibilité, de l’ISF, baisse de la fiscalité du capital, plus grande liberté sur le temps de travail, allègement des charges sociales, réduction plus ou moins importante du nombre de fonctionnaires, suppression du principe de précaution, plafonnement des indemnités prud'homales, toutes ces mesures sont reprises par les candidats et applaudies des deux mains. Mais ce qui intéresse les patrons, voire les angoisse désormais, c’est la capacité à délivrer… L’exécution de la stratégie. Comme le résume Pierre Vauterin, le président de Triumph Controls (une PME de l’aéronautique), "tout le monde sait ce qu’il faut faire pour réformer la France, il y a des piles de rapports de la Cour des comptes, elle-même dirigée par un socialiste. Ce qui compte c’est l’habileté du candidat pour le mettre en oeuvre."

Sur cette question, Alain Juppé, Bruno Le Maire et François Fillon ont été plus habiles que Nicolas Sarkozy. Car tandis que les trois premiers vendaient avant tout un esprit ou une méthode, ce dernier a attaqué bille en tête sur son catalogue de mesures.

Un Nicolas Sarkozy tout en raideur

Les premiers mots de Nicolas Sarkozy ont été : "Voilà ce que je ferais en juin 2017 : suppression du compte pénibilité, suppression du principe de précaution, abrogation de toutes les normes supérieures à la moyenne européenne, etc."  Les patrons n’étaient pas contre mais cueillis à froid. Si bien que Sophie de Menthon la présidente d’Ethic a dû finir par le relancer. "Ce que vous proposez, on en rêve, mais comment allez-vous faire ?", l'a-t-elle interpellé. Interrogation d’autant plus légitime que, contrairement à ses concurrents, Nicolas Sarkozy n’est pas vierge dans l’exercice de la fonction suprême. Réponse de l’intéressé :  ce n’est pas la France qui est irréformable, ce sont "les élites et les médias qui sont conservateurs". Il a également souligné les yeux dans ceux du patron du Medef, Pierre Gattaz, qu'en France "on adore parler du paritarisme, autre mot de l’immobilisme". On ne pourra pas lui reprocher son manque de franchise. Mais les interrogations sont restées. "J’ai ressenti une forme d’agressivité, témoigne le patron d’une start-up dans les énergies renouvelables. Ce sont les mêmes recettes et il a l’air d’avoir la gueule de bois."

Bruno Le Maire, changer en changeant l'Etat

Bruno Le Maire lui a attaqué, onctueux, par une anecdote, révélatrice de son état d’esprit. "En déplacement à Perthuis, chez l’industriel Pellenc en 2012, j’ai demandé au patron ce que je pouvais faire pour l’aider. Il m’a dit surtout ne faites rien. Commencez par changer vous-même, j’ai retenu le conseil."  Rénover les institutions, secouer une classe politique à bout de souffle, une administration qui n’est pas tourné vers ses "clients", c’est le viatique de Bruno Le Maire pour que les Français acceptent eux-mêmes les réformes nécessaires. Sa première mesure, c’est de passer les députés de 577 à 400. (Bon courage). Et il n’exclut pas de licencier les directeurs d’administrations centrales qui n’atteindraient pas leurs objectifs. Bref, changer l’Etat pour libérer les énergies de la société. "C’est l’ère des entrepreneurs", a-t-il proclamé devant une assistance plutôt séduite.

Alain Juppé a un plan

Alain Juppé, calme et déterminé, a lui attaqué directement sur la méthode. "Pourquoi moi ? Parce que je sais ce que je veux faire et je sais comment le faire."  Il déroule son argumentation en quatre points : un mandat clair des Français, "mes 100 jours à moi, c’est avant l’élection", des textes prêts, des ministres durables et responsables, un seul mandat de cinq ans. Bref, il vend l’expérience et le courage de celui qui ne sera pas entravé par des enjeux de réélection.

Fillon, vive la liberté

François Fillon  a introduit son propos par une vision de la société : la  "liberté". Et ensuite… Il a déjà tout prévu aussi. S’il accédait à la présidence, il entamerait les réformes sans attendre. "Il faut le faire vite et le faire sans crainte d’affrontement, déclare-t-il. Car notre système politique est tel que tout ce qui n’est pas fait immédiatement et à fond ne peut plus être fait dans le quinquennat." Pour cela, l’ex-premier ministre veut un gouvernement resserré. "Une équipe de quinze ministres, choisis sur un critère original, celui de la compétence", assure-t-il, suscitant les rires complices des patrons. Cette équipe ministérielle, François Fillon veut la désigner avant les élections, pour qu’elle soit prête à lancer les réformes dès son arrivée aux manettes.

Du point de vue des programmes, François Fillon présente tout de même une particularité. C’est celui qui a la ligne sociale la plus extrême. Le code du Travail ? Il le déchire pour le réduire drastiquement et donner plus de place aux accords d’entreprise. "On est en train de le réécrire et ce n’est pas si difficile", s’amuse-t-il. La durée légale du travail ? Il la supprime. "Elle ne sert plus que de référence pour les heures supplémentaires, estime-t-il. Il faut que l’on s’inscrive dans le cadre européen pour donner une liberté totale à la négociation." Pour répondre aux nouvelles organisations du travail, induites notamment par le numérique, il innove. "Nous avions commencé à casser une brèche avec Hervé Novelli en créant le statut d’auto-entrepreneur, rappelle-t-il. Il faut continuer en créant un statut de salarié indépendant qui peut louer ses services, sans possibilité de requalification en CDI." 

La primaire est bien lancée, il reste deux mois pour convaincre non pas sur le fond mais sur la méthode.

Anne-Sophie Bellaiche et Arnaud Dumas

 

 

 

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1 commentaire

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02/09/2016 - 12h05 -

Titre "Les Patrons" pour un article qui traite du MEDEF c'est un peut un raccourcis. Le MEDEF représente environ 8% des syndiqués (bien que sur-représenté dans le débat public)
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