Comment les patrons de l'industrie et les syndicats jugent le CICE

Le comité de suivi du Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi a fait mardi 22 septembre un point sur ce dispositif, deux ans après sa création. Pour les dirigeants de l'industrie, et les syndicats de salariés, c'est aussi l'occasion d'évaluer son efficacité.

 

Les premiers ne jugent pas ses résultats sur l'investissement et l'emploi significatifs pour le moment, mais tous ceux interrogés par L'Usine Nouvelle sont unanimes pour dire que ce dispositif sécurise les entreprises. Quant à la cible, elle est à revoir pour les syndicats, mais aussi pour certains industriels. 

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Redex, spécialiste en mécanique de précision- Crédits DR

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Le second rapport sur le CICE, publié mardi 22 septembre par son comité de suivi et France Stratégie, montre que son utilisation s’est généralisée. En 2014, les créances fiscales déclarées par les entreprises se sont élevées à 14,7 milliards d’euros. Les chefs d’entreprises reconnaissent sa nécessité, bien que son efficacité soit encore difficile à mesurer.

"Le CICE agit en différé"

Ses effets sur la compétitivité des entreprises et l’emploi ne sont pas encore visibles. "Le CICE agit en différé, il faut attendre 12 à 18 mois avant de le mesurer directement sur ses comptes", explique Frédéric Coirier, président de Poujoulat, une ETI spécialiste des systèmes d’évacuation de fumée basée à Niort (Deux-Sèvres)."Mais il nous permet d’abaisser le coût du travail, et donc de reconstituer notre marge", reconnait-il. "Le CICE nous accompagne, c’est un amortisseur qui redonne un souffle aux entreprises", résume le dirigeant.
Les plus grandes entreprises, comme PSA, reconnaissent aussi les effets positifs de cette mesure sur le coût du travail. "Nous avons évalué un gain de 1,32 euros par heure de temps de travail grâce au CICE", précise un porte-parole du groupe.

Un effet mitigé sur l’investissement

Concernant ses effets sur l’investissement, les chefs d’entreprises interrogés sont plus mitigés, mais perçoivent le CICE comme un "signal positif" pour investir. "Nous avons reçu 100 000 euros du CICE pour un investissement annuel de 800 000 euros, c’est relativement marginal, nuance Frédéric Ségault, dirigeant de Ségault, un fabricant de robinets industriels basé à Mennecy (Essonne). "Mais nous avons tout de même doublé nos investissements par rapport à l’année dernière. Le CICE aide à investir parce qu’il rassure." Le dirigeant de la PME estime que le dispositif lui a permis d’augmenter de 1% son chiffre d’affaires 2015, qui était de 15 millions d’euros, et d’augmenter de 15% les salaires.

"Il rate sa cible"

Pour les syndicats, le CICE n’a pas encore prouvé son efficacité. Pire, "il rate sa cible", selon Mohammed Oussedik, dirigeant confédéral de la CGT en charge de l’industrie. "Il ne profite pas, comme prévu, aux secteurs les plus exposés à la compétitivité, c’est-à-dire l’industrie, et en particulier les entreprises exportatrices, explique-t-il. Par contre la grande distribution en profite, alors qu’elle n’est pas soumise à la délocalisation ni à la concurrence étrangère."

Une position partagée en partie par les entreprises. "Pour que le CICE soit plus efficace, il faudrait qu’il se concentre sur les secteurs exposés", remarque Bruno Grandjean, le directeur général de Redex, constructeur de machines-outils basé à Ferrières-en-Gatinais (Loiret). Celui-ci estime pourtant que Redex rentre dans la cible du CICE. "Nous réalisons 90% de notre chiffre d’affaires à l’étranger et nous faisons partie d’un secteur fortement soumis à la concurrence", explique-t-il.

Le dispositif a pour objectif de faire baisser le coût du travail de 6% pour les salaires inférieurs à 2,5 fois le Smic. Pour Bruno Grandjean, cette limite est une erreur. "Elle devrait être repoussée à 3,5 fois le Smic, estime-t-il. Les salaires des ingénieurs et des techniciens spécialisés excèdent généralement la limite actuelle". Chez Redex, 20% des 250 salariés basés en France gagnent plus de 2,5 fois le salaire minimum. Malgré les ajustements qu’il suggère, Bruno Grandjean reste positif quant au CICE. "C’est une bonne mesure qui incarne une vision de ce que doit être l’économie française, c’est-à-dire une économie compétitive", avance-t-il.

Marine Protais

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