Economie

Comment les lobbys tentent de se faire entendre des candidats en campagne

Solène Davesne ,

Publié le

Livre blanc, manifeste, grand oral … Toutes les fédérations professionnelles ont détaillé ces dernières semaines leurs propositions aux prétendants à l’élection présidentielle de 2017. Difficile d’être audible dans la masse.

Comment les lobbys tentent de se faire entendre des candidats en campagne
François Fillon chez Petit Bateau
© LUDOVIC/REA

Pour les fédérations professionnelles, c’est l’heure des grandes manœuvres. Cinq mois avant l’élection présidentielle, toutes y vont de leurs listes de doléances aux prétendants à l’Elysée. Cette année, les hostilités ont commencé plus tôt que d’habitude. Mais la primaire de la droite et du centre, qui s’est achevée dimanche 27 novembre, a constitué une aubaine. Pour marquer des points face à leurs adversaires, les sept candidats sur la ligne de départ ont ainsi sillonné les salons professionnels jusqu'à celui de la coiffure qui a fait le plein. Difficile pour eux de ne pas prêter une oreille attentive aux demandes des entreprises.

Une kyrielle de livres blancs

Manifestes, livre blanc, "lettre ouverte"… Chacun y va de sa recette pour interpeller les candidats. Avec un objectif : tenter d’infléchir les programmes et de pousser leurs propres priorités. La méthode est éprouvée. Le 20 novembre, les experts de la transmission d’entreprises ont publié leur "lettre ouverte" pour alerter sur l’importance de réformer la fiscalité de la transmission. Fin octobre, l’association française du gaz avait envoyé un livre blanc "les 10 propositions de l’industrie gazière pour 2017" à 400 hommes politiques et grands industriels.

Bien décidé à ce que l’industrie devienne un des thèmes centraux des prochaines élections, le groupe des fédérations industrielles a lui fait parvenir son manifeste en faveur d’"une industrie compétitive pour la croissance et l’emploi", décliné en seize propositions, aux candidats de la primaire de la droite et prévoit de faire de même auprès des candidats des primaires de la gauche. "Nos propositions ont été élaborées en juin lors de notre colloque. Mais nous avons bien l’intention d’aller les présenter à tous les conseillers des candidats réceptifs",  estime Christian Schricke, le délégué général de l’association nationale des sociétés par actions, qui a publié mi-octobre son livre blanc réclamant un choc fiscal.

Se regrouper pour peser

Les programmes électoraux ne sont pas encore figés. Le problème est de réussir à se faire entendre. Difficile d'être audible dans la masse, surtout pour les petites fédérations. Pour peser davantage, plusieurs fédérations ont préféré jouer l’effet de masse en se regroupant. Une façon aussi de s’affranchir de l’image de défense d’intérêts particuliers. "Nous nous sommes rapprochés du METI l’association des entreprises intermédiaires car nous ne nous soucions pas que de l'intérêt des actionnaires. Toutes les entreprises ont un intérêt commun à la stabilité fiscale par exemple", souligne encore Christian Schricke, dont le livre blanc liste douze propositions. Afin de transformer la santé en enjeu de la campagne, douze organisations du secteur se sont réunis dans un « collectif santé 2017 », dont les industriels du Leem, les fabricants de dispositifs médicaux mais aussi les syndicats de médecins et des organisations de patients. C’est aussi la stratégie choisie par le "comité innovation 2017" un collectif "ouvert" regroupant pour l’instant quatorze associations  et qui prévoit d’envoyer un questionnaire aux différents candidats.

Le Graal reste de mobiliser en direct les candidats. Organisé par le cabinet de conseil RM conseil, "les Assises du produire en France" ont réussi à frapper fort pour leur deuxième édition. A Reims, la première édition des Assises en 2015 avait été boudée par les politiques à l'exception d'Arnaud Montebourg. Début septembre en 2016, son "grand oral de l’Elysée" a marqué le lancement de la campagne présidentielle.

Marine Le Pen, Alain Juppé, Arnaud Montebourg et même Jean-Luc Mélenchon sont venus plancher pendant dix minutes sur l’estrade illuminée de bleu-blanc-rouge. Imparable pour imposer le sujet du "made in France" dans les discours. Représentant 3 millions de PME, très courtisées, la CGPME a réussi à réunir tous les candidats de la primaire pour un débat lors de Planète PME en octobre. Mais seuls les plus stratèges y parviennent. Pour s’assurer de la présence de tous les candidats de la Primaire de droite, l’Acsel, Croissanceplus , France biotech, France digitale et le Meti ont mis sur pied dès janvier 2016 leur "primaire de l’économie" organisée fin septembre en commun. 

Pour trouver un relais politique, il faut aussi savoir se renouveler. Pour l’instant, le Medef est resté en retrait. Avec le METI, il a lancé un think tank "MittelstandLab" pour étayer ses propositions d’exemples concrets puisés en Allemagne, le grand voisin qui pourrait servir de modèles aux réformes à mener. France digitale de son côté a lancé une consultation en ligne de ses membres pour établir la liste de ses priorités. Avec la fin de la primaire de la droite, s'ouvre désormais une nouvelle phase. Désormais, les fédérations professionnelles vont se tourner vers les candidats à la primaire de gauche et les autres prétendants déclarés. Dont Emmanuel Macron.

 

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