Comment la SNCF et la MAIF misent sur l'open source pour innover
A l’image de la Maif et de la SNCF, certaines grandes entreprises se digitalisent et innovent en open source, convaincues par les gains de maîtrise et d’efficacité qu'apportent ces solutions.
Développer ses propres logiciels en open source plutôt que dépendre d’un éditeur pour sa transformation numérique. Ce choix de l'indépendance (au moins relative), qui paraissait encore incongru il y a 15 ans, gagne en crédibilité chez certains grands groupes. Que ce soit pour la gestion de leurs bases de données et de leurs systèmes informatiques ou pour la mise en place d’applications innovantes dans le cadre de leur transformation numérique, des entreprises non spécialistes du numérique trouvent des avantages à utiliser des logiciels libres.
Voire même à développer et à partager leurs propres briques informatiques, comme c'est le cas de la Maif (prix du meilleur projet libre en 2018) et de la SNCF (prix de la meilleure stratégie 2019). Rencontrés lors du Paris Open Source Summit 2019, les deux lauréats ont expliqué à L'Usine Nouvelle leur choix du logiciel libre.
Eviter les “menottes numériques”
“A la SNCF, nous considérons que l’open source peut permettre d’assurer la maîtrise, l’indépendance et la pérennité de nos systèmes informatiques”, explique d’entrée de jeu Simon Clavier, en charge de la stratégie open source du groupe.
Selon l’ingénieur, ardent défenseur de l’utilisation de logiciel libre pour la transformation numérique des entreprises, ce dernier permet d’éviter les “menottes numériques” des grands éditeurs de logiciels, dont les produits peuvent devenir coûteux. C'est aussi un moyen de s’assurer que les solutions numériques choisies pourront être maintenues dans le temps.
Un point de vue au diapason avec celui du Cigref, le club informatique des grandes entreprises françaises, qui dans un rapport paru fin 2018 notait que l’open source pouvait servir d’alternative aux fournisseurs de logiciels classiques et à “disposer de marges de manœuvre dans leurs négociations avec les éditeurs”.
Maîtriser ses données et ses logiciels
Les avantages ne sont pas que budgétaires. En développant des compétences en interne, "la SNCF peut intervenir plus vite et comprendre ce qu’il se passe s’il y a un problème”, justifie Simon Clavier. Comme de nombreux autres participants du salon, il est convaincu que désormais “la confiance dans l’open source s’ancre et sa stabilité est reconnue, même chez les grandes entreprises”.
Pour doter son site d’une interface conversationnelle (un chatbot), "e.Voyageurs a développé sa propre solution, Tock, afin de rester agile et de maîtriser ses données", explique François Nollen, le responsable opérationnel intelligence artificielle (IA) au sein de la branche numérique du groupe ferroviaire. Pourquoi partager cette solution en ligne ? “Pour que d’autres l’utilisent et que leurs retours rendent la solution plus pérenne”, explique-t-il, précisant que seule la plateforme (non entraînée) est à la disposition de tous.
“La qualité de ce qu’on produit est meilleure car nos briques sont scrutées par toute une communauté”, justifie aussi Guillaume Rincé, directeur de la technologie à la Maif. Poussée par son “ADN mutualiste et une volonté de transparence”, mais aussi par le fait de “développer des solutions adaptées à [ses] besoins”, la société d'assurance a elle aussi fait le choix de l’open source pour de nombreux systèmes informatiques. Longtemps utilisatrice, elle met en ligne depuis 2018 différentes briques technologiques, par exemple pour trier les mails entrants en reconnaissant leur contenu, à disposition de tous.
Une solution partielle
Est-ce à dire que l’open source va devenir hégémonique ? En réalité, il ne représente que 10% du marché du logiciel français. Même à la Maif, “nous l’utilisons surtout pour les solutions qui touchent nos clients”, expose Guillaume Rincé. "Nous le privilégions, mais toujours de manière pragmatique et il n’existe parfois pas de solution satisfaisante.”
Nous sommes donc loin de la mort du logiciel propriétaire dans l’industrie. “Tout le monde est d’accord pour dire que l’open source croît dans la part du marché globale mais les frontières sont de plus en plus poreuses”, explique Marc Palazon, président du comité open source du Syntec numérique (qui rassemble les acteurs français du numérique). "Parmi les éditeurs, beaucoup font désormais de l’open source un allié ou un complément de leurs propres logiciels. Mais inversement, l’open source n’est pas présent partout. Il est par exemple loin de pénétrer le marché de l’ERP.” Reste pour chaque entreprise à choisir sa stratégie.