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Comment ces salariés, dirigeants ou patrons comptent se transformer en députés

Publié le

L'élection législative des 11 et 18 juin propose aux suffrages des français une foule de candidats estampillés "société civile" en particulier dans les nouveaux mouvements La France Insoumise et La République en Marche. Le parti du Président compte de nombreux profils issus de l'entreprise (même si le premier quota reste les enseignants) qui pourrait préfigurer une assemblée d’un nouveau type. Comment ces salariés ou dirigeants vont-ils gérer leur reconversion, se prémunir d'éventuels conflits d'intérêt, aborder leur travail de parlementaires ?  Enquête auprès des aspirants députés. 

Comment ces salariés, dirigeants ou patrons comptent se transformer en députés
Assemblee Nationale Paris
© MARTINEZ Bernard

Quel que soit le résultat des élections législatives, un vent de nouveauté va souffler dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Et pour cause. Sur 577 députés, plus du tiers ont choisi de ne pas briguer de nouveaux mandats. Une autre révolution pourrait aussi venir des profils des futurs députés. Dirigeants de PME, cadres supérieurs, créateurs de start-up, ingénieurs… Parmi les candidats aux élections législatives, ils sont nombreux à venir du monde de l’entreprise. Tous les partis mettent en avant ces nouveaux profils issus de la société civile pour répondre au besoin de renouvellement politique, que La France insoumise et La République en marche (LRM) ont même érigé en argument central.

Un atout sur le terrain. « J’apporte mon expérience professionnelle pour contrer l’idée que notre programme serait anti-entreprise », assure Yann Burguière, candidat de la France insoumise en Haute-Savoie, fier d’avoir « agréablement surpris » des patrons de PME locales. Jamais encarté, l’ingénieur est responsable de la monétique chez FEP, une entreprise de 150 personnes, créatrice du fameux compte Nickel. Combiner vie active et tractage politique nécessite quelques ajustements. Pour les salariés, la loi accorde un congé non rémunéré de vingt jours. S’y ajoutent les jours de congé en retard et les RTT cumulés. « Mais mener campagne est plus facile pour un cadre supérieur que pour un employé car il gère son temps comme il le veut et peut s’appuyer sur des équipes étoffées. Il faut aussi pouvoir avancer l’argent », reconnaît Didier Baichère, le DRH du groupe d’ingénierie Akka Technologies (15 000 salariés) et candidat LRM dans les Yvelines. S’il est élu, le DRH a prévu de mettre sa carrière entre parenthèses. Mais sans démissionner. Son contrat de travail sera suspendu, comme le prévoit la loi [lire l’encadré].

Pour les chefs d’entreprise, la question se pose différemment. Depuis son investiture pour La République en marche dans le Var, Alexandre Zapolsky, le fondateur de Linagora, un éditeur de logiciels libres de 150 salariés, a confié les rênes à son associé. « J’étais déjà près de la moitié du temps à l’étranger », reconnaît le PDG, dont la femme et le frère travaillent aussi dans l’entreprise. Élu député, il garderait la présidence de sa société. « Je veux rester confronté à la réalité, mener des échanges avec des clients et ne pas devenir un professionnel de la politique », précise celui qui a revu à la baisse son objectif de passer un jour par semaine dans sa PME et qui, par ailleurs, commercialise ses prestations à de nombreux acteurs publics, dont l’Assemblée nationale.

DE NOUVEAUX MELANGES DES GENRES

Lui aussi candidat LRM dans le Rhône, Thomas Gassilloud a fait un autre choix. Depuis un an, le patron de Wibox, une PME spécialisée dans la couverture haut débit des zones rurales, a engagé une transition en douceur. Il cédera ses parts à l’été et quittera la société « pour éviter tout soupçon de conflit d’intérêt. Même si vous êtes parfaitement honnête, cela vous place en position de faiblesse », estime le chef d’entreprise, déjà maire d’une commune de 3 000 habitants. D’autant que le candidat compte bien s’investir sur les questions du numérique s’il siège à l’Assemblée. C’est là le grand sujet. Avec une plus large place à des députés venant de la société civile, le risque est aussi de voir affleurer de nouveaux mélanges des genres. L’Assemblée comptait déjà des députés issus de l’entreprise, comme Olivier Dassault. Mais ils étaient sous-représentés, avec 18 industriels recensés par le ministère de l’Intérieur, 38 cadres du privé et… aucun ouvrier. La loi de moralisation entend interdire les activités de conseil lorsqu’elles sont lancées depuis moins d’un an. Et prévoit d’instaurer un registre des déports pour suspendre de vote les députés en conflit d’intérêt sur un texte. Pour le reste, il n’y a aucune consigne.

Alexandre Zapolsky compte faire entendre sa voix sur le numérique et le logiciel libre. « Un médecin peut bien voter les lois de sécurité sociale. Mais je ne serai qu’un parmi 577 », justifie le chef d’entreprise, qui a prévu de se mettre en retrait en cas de conflit d’intérêt. David Simonnet, le fondateur du chimiste Axyntis, lui aussi LRM, envisage de siéger dans les commissions de la défense ou de l’agriculture, loin de son activité. En revanche, « si un texte est adopté sur les installations classées, je ne voterai pas car je suis concerné », souligne-t-il. Pas question pour autant de diluer leurs spécificités face à des politiques professionnels. Ces candidats espèrent investir les domaines qu’ils connaissent le mieux. « Je m’occupe depuis vingt ans de travail, de compétences et de relations sociales. Cela va mettre du pragmatisme dans les échanges », estime Didier Baichère, qui vise la commission des affaires sociales. En revanche, ces novices vont devoir jongler avec la pressions des lobbys qui gravitent autour du palais Bourbon. Tous ne débarquent pas en terre inconnue. Nombre d’entre eux ont déjà côtoyé la sphère publique. Comme patrons de syndicats patronaux, élus locaux ou… lobbyistes eux-mêmes.

NOVICES MAIS PAS NAÏFS

« L’avantage, quand on a été dans la position de démarcher des élus, c’est que l’on voit plus facilement les lobbys arriver », estime Thomas Gassilloud. Même s’ils sont issus de l’entreprise, pas question d’être sous influence, y compris de leurs milieux d’activité. David Simonnet met en avant, comme preuve d’indépendance, ses désaccords avec Pierre Gattaz, le président du Medef, sur la nécessité de contreparties au pacte de responsabilité adopté en 2014. La candidate Les Républicains dans le Nord, Karine Charbonnier-Beck, a plus de doutes. Quatrième génération à la tête de l’entreprise familiale de boulonnerie Beck-Crespel, la PDG, qui voudrait avancer sur la simplification, entend garder un lien non opérationnel avec la société, car les « deux activités se nourrissent ». « Mais être issu de la société civile ne suffit pas, souligne celle qui est aussi vice-présidente de la région Hauts-de-France. Un député ne peut pas être dans une démarche syndicale. Il faut compléter sa vision. Il y a aussi un apprentissage. En politique, les circuits de décision ne sont pas ceux de l’entreprise. Il y a plus de parties prenantes. » 

 

Un congé pour briguer un mandat

Les salariés du privé disposent d’un congé non rémunéré de vingt jours pour faire campagne aux élections législatives et de dix jours pour les élections locales. S’ils sont élus, ils n’ont pas besoin de démissionner. Leur contrat de travail est suspendu pendant leur premier mandat et l’entreprise est obligée de les réintégrer à l’issue de celui-ci à un poste équivalent. En revanche, si le salarié brigue un second mandat, son contrat est rompu. Mais il peut toujours demander à son entreprise, à l’issue de son engagement politique, de le reprendre. Il dispose alors d’une priorité de réembauche si un emploi correspondant à ses qualifications se libère. 

 

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