Technos et Innovations

Classements, palmarès, Top 50... qui décide qu'une entreprise est plus innovante qu'une autre ?

Aurélie Barbaux , ,

Publié le

Analyse Top 50 des entreprises les plus innovantes du BCG et Global innovation 1000 de Strategy&, aujourd’hui, classement Forbes hier et Thomson Reuters demain... Les occidentaux sont friands des classements des entreprises les plus innovantes. Mais les critères utilisés sont-ils vraiment pertinents ?

Classements, palmarès, Top 50... qui décide qu'une entreprise est plus innovante qu'une autre ? © Antonia Machayekhi

Depuis environ 10 ans, chaque fin d’année voit arriver son lot de classement d’entreprises innovantes. Ceux de Boston Consulting group (BCG) et Strategy& (ex Booz&Co) viennent de paraître. Thomson Reuters ou la Commission européenne ne devraient pas tarder à communiquer leur palmarès. Mais comment évalue-t-on l’innovation d’une entreprise ? Car, si comme l’explique Thomson Reuters, "il existe de nombreuses façons de mesurer l’innovation, mais que très peu dépassent les notions subjectives de créativité ou l’influence de la pop culture", les critères objectifs, eux, semblent encore faire défaut.

Commençons par le Top 50 des entreprises les plus innovantes du BCG. Le communiqué informe que l’étude qui a permis de l’établir "s'appuie sur une enquête réalisée auprès de 1 500 cadres dirigeants issus de secteurs variés, partout dans le monde (NDLR environ 370 américains, 350 européens, 400 asiatiques), et prend également en compte les résultats financiers des entreprises". L’étude détaillée précise que si jusqu’en 2008, seul l’avis des interrogés comptait dans le classement, le cabinet a depuis pondéré leurs réponses (qui compte encore pour 80%) en prenant en compte 3 données financières : le retour sur investissement des actionnaires sur 3 ans (pour 10% de la note), la croissance du revenu sur 3 ans (5%), et la marge de croissance sur trois ans (5%). En clair, pour le BCG une entreprise innovante doit être considérée par les autres comme telle et faire gagner de l’argent à ses actionnaires.

Prime aux marques grand public

Avec cette méthode, en 2014, au Classement BCG des entreprises les plus innovantes, les géants du numérique sur-performent (Apple, Google, Samsung, Microsoft, IBM et Amazon en tête, Facebook 9e). Et, hormis Tesla Motors 7e, qui gagne 37 places, l’automobile marque le pas. Toyota 8e, perd 3 places, BMW 18e perd 9 places, Ford, 19e en perd 11... Et les nouveaux entrants (exceptés 3M qui se place d’entrée 22e, Airbus 33e et McDonalds 38e) sont quasiment tous issus des technologies de l’information : Xiaomi Technology 35e, Yahoo 36e, Hitachi 37e, Oracle 39e, Salesforce 40e, Tata Consultancy services 43e et Huawei 50e.

Pas ou très peu de place pour les entreprises qui ne fabriquent pas de produits destinés au grand public ou pour les marques inconnues du plus grand nombre. Difficile en effet pour un Technip ou un Alcatel Lucent de se faire une image d’entreprise innovante hors de leur périmètre professionnel. D’ailleurs, Huawei ne serait probablement pas apparu dans le Top 50 sans son offensive médiatique dans les smartphones et tablettes, son activité historique d’équipementier télécom étant peu populaire.

Les dépenses de R&D, un indicateur de tendance lourde

Publié depuis 10 ans, le Global Innovation 1000 de Strategy& (filiale de PWC, ex. Booz&Co), s’intéresse-lui principalement au volume, à l’intensité et à l’évolution des dépenses en R&D, via des données fournis par Bloomberg et Capital IQ. En résulte pour l’édition 2014 un Top 20 très différent de celui du BCG, où les nouveaux géants du net sont presque absents (sauf Google 9e et Amazon 14e) et qui évolue peu. Derrière Volkswagen (1er) pointent Intel puis Samsung, grands d’une l’électronique très gourmande en R&D, suivis de Microsoft, Roche, Novartis, Toyota… Bref, les géants de l’automobile et de la santé.  

Mais l’évolution des dépenses de R&D ne suffit pas à classer les entreprises en termes d’innovation. Elle indique surtout de grandes tendances sectorielles, voir pointe des inflexions de stratégie industrielle, comme chez IBM, qui malgré ses milliers de Brevets déposés chaque année, a déjà reculé de la 16e à la 18e place. A ce classement, Stratégy& s’est donc senti obligé d’ajouter un sondage d’opinion, similaire à celui du BCG (sans les pondérations financières) réalisé auprès de 505 leaders de l’innovation dans le monde (sans en donner la répartition sectorielle ou géographique dans la méthodologie). En résulte un Top 10 sans grande surprise, 100% américain et qui lui aussi varie peu d’une année sur l’autre : 1er Apple suivi, dans l’ordre, de Google, Amazon, Samsung, Tesla Motors, 3M, GE, Microsoft, IBM et P&G.  

Les investisseurs plébiscitent l’innovation santé et numérique

Le classement du magazine Forbes est plus original : la revue a décidé de l’établir en se basant sur la capacité des investisseurs à identifier les entreprises innovantes ou potentiellement innovantes. Ces dernières sont ensuite classées selon un bonus "croissance rentable" calculé sur la différence entre la capitalisation boursière et la valeur actualisée nette des flux de trésorerie (basées sur une formule exclusive de Crédit Suisse). Pour être incluses, les entreprises ont besoin de sept années de données financières publiques et 10 milliards de dollars en capitalisation boursière ! Résultat, en 2014, un Top 10 très différents des autres classements partagé exclusivement entre santé et numérique : Salesforces 1er, suivi de Alexion Pharmaceuticals, ARM Holding, Unilever Indonesia, Regeron Pharmaceuticals, Amazon, Biomarin Pharma, CP All, VMware et Aspen Pharmacare.

Les brevets, valeur refuge... pour les Français

Le Top 100 global innovators 2014 de Thomson Reuters n’est pas encore paru cette année. Lancée en 2011, cette sélection est basée sur la politique de propriété industrielle, notamment les brevets publiés. Mais pas de palmarès, juste une liste des 100 entreprises les plus innovantes, qui permet de publier une série de statistiques sectorielles et géographiques, de l’innovation dans le monde. Une sorte de classement tout ou rien, qui a toutefois le mérite de valoriser des entreprises qui n’apparaissent pas dans les autres classements. Notamment des françaises, comme Arkema, EADS (devenu Airbus group), L’Oréal, Michelin, Safran, Saint-Gobain, Thales ou Valeo. Car on l’a bien vu, hormis Airbus présent au classement du BCG et présentée comme entreprise française aux Français (un Chinois vous dirait qu’Airbus est allemand !) aucune entreprise française n’apparait dans les Top 10 ou 20 cités précédemment.

Pour autant, si Thomson est surement dans le vrai en expliquant que "la véritable innovation est beaucoup plus qu'une grand idée ou un seul produit populaire, mais dépend d’une série d’événements chorégraphiés qui peuvent être répétés", il n’en reste pas moins qu’une idée même brevetée, si elle n’a pas trouvé son marché, n’est qu’un produit protégé, pas une innovation.

Aurélie Barbaux

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