Cinq raisons de préférer l’Industrie du futur à l’Usine du futur

Le plan "Usine du futur" devient "Industrie du futur". Au-delà du changement de nom, c’est toute sa gouvernance qui évolue, avec la création d’une association regroupant plusieurs fédérations pour assurer la mise en œuvre de ce plan Industrie du futur. Une première dans le programme de la Nouvelle France Industrielle. Le dispositif voit en outre son périmètre s’élargir avec deux nouvelles missions.

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Cinq raisons de préférer l’Industrie du futur à l’Usine du futur

François Hollande l’a annoncé le 14 avril dernier lors d’une visite chez Figeac Aéro : le plan "Usine du futur", c'est fini. Il faut désormais l’appeler "Industrie du futur". Concrètement, cela changera-t-il quelque chose pour les PME françaises ? D’après les représentants du Gimélec (Groupement des industries de l’équipement électrique, du contrôle-commande et des services associés), désormais impliqués dans le plan, c’est justement à partir de maintenant que les choses vont commencer à bouger. En cause : cinq changements majeurs.

1/ Une gouvernance plus pérenne

Arnaud Montebourg avait souhaité que les 34 plans de la Nouvelle France Industrielle soient pilotés directement par des industriels. Une initiative appréciée à l’époque mais qui n’a pas empêché certains des plans de rester au point mort. "On ne peut en vouloir aux industriels qui œuvraient dans les 34 plans à titre de bénévoles, note Laurent Siegfried, le délégué industrie du Gimélec. En ce qui concerne le plan Usine du futur, le volet consacré à l’accompagnement des PME tardait à décoller, et l’objectif initial de 2000 PME aidées était loin d’être atteint."

Pour assurer la pérennité du nouveau plan Industrie du futur, une association loi de 1901 va être créée d’ici juin. Appelée pour l’instant “alliance de l’industrie du futur” (le nom définitif sera connu dans une quinzaine de jours), elle sera chargée de la mise en œuvre opérationnelle du plan. "Il y aura d’un côté le plan Industrie du futur, qui fixera la feuille de route, et de l’autre, l’association qui assurera l’application de cette feuille de route", résume Laurent Siegfried.

Même si les statuts de l’association ne sont pas encore déposés, les dirigeants en sont identifiés : Tahar Melliti, l’ancien directeur de cabinet d’Arnaud Montebourg, devrait occuper le poste de directeur général, quant à Bernard Charlès et Frédéric Sanchez, les pilotes actuels du plan 34, ils devraient se partager les fonctions de président et de vice-président. Aucune société privée ne pourra être inscrite en son nom en tant que membre de l’association.

2/ Des fédérations plus impliquées

L’autre changement notable par rapport au plan précédent demeure dans l’implication des principales fédérations et institutions industrielles françaises. Seront représentées à part égales dans l’association : l’Afdel (Association française des éditeurs de logiciels et solutions Internet), la Fim (Fédération des industries mécaniques), le Gimélec, le Symop (Syndicat des machines et technologies de production), l’UIMM (Union des industries et des métiers de la métallurgie), le Syntec Numérique, le CEA, le Cetim, l’ENSAM et l’Institut Mines-Télécom. "C’est une première en France car jusqu’à présent ces organismes étaient cloisonnés. Désormais ils disposeront d’un cadre pour coordonner leurs actions", lance le délégué industrie du Gimélec.

Confiants dans la force de frappe de cette nouvelle organisation, les différentes fédérations ont pris des engagements forts auprès du gouvernement. "Nous nous sommes engagés auprès d’Emmanuel Macron à réaliser, d’ici 2017, l’accompagnement des 2000 PME, avec pour chacune d’entre elles des projets de modernisation significatifs de plus de 500 000 euros, assure Laurent Siegfried. Une fois atteint notre rythme de croisière, nous devrions pouvoir accompagner 2000 entreprises par an".

En d’autres termes, si l’on pouvait reprocher à certains des 34 plans de ressembler à des clubs d’entreprises relativement fermés, le plan Industrie du futur aura à l’inverse la capacité à toucher potentiellement toutes les entreprises, via leurs fédérations respectives.

3/ Le financement est prêt

Alors que le plan Usine du futur avait été lancé fin 2013, les programmes d’aides à l’investissement avaient mis du temps à voir le jour. Mais les choses se sont débloquées ces dernières semaines avec l’annonce par Emmanuel Macron d’un suramortissement de 40% pour les investissements productifs réalisés entre le 15 avril 2015 et le 15 avril 2016. "A cela s’ajoutent deux autres dispositifs d’accompagnement : celui créé par les régions dans le cadre du plan Usine du futur, et les financements établis depuis peu par Bpifrance", complète Vincent Jauneau, Président du comité de marché Industrie au Gimélec.

L’association qui sera prochainement créée aura pour rôle d’orienter ces aides à l’investissements, en proposant d’une part aux entreprises des aides dans le choix des technologies les plus adaptées à leur marché, et d’autre part en aidant Bpifrance et les régions à accélérer le traitement des dossiers qui entreront dans le cadre du référentiel Industrie du futur.

4/ Deux nouvelles missions

L’ancien plan Usine du futur portait sur trois axes : l’accompagnement des PME et ETI, le renforcement de la recherche dans six domaines clés, et la création d’une quinzaine de vitrines technologiques (des projets emblématiques réalisés dans les grands groupes et pouvant faire office de démonstrateurs). Le plan Industrie du futur y ajoutera deux nouvelles missions. Un volet est consacré à la formation. La nouvelle association aura pour rôle de promouvoir les métiers auprès des jeunes générations, mais aussi de s’assurer que les cursus de formation initiale prennent bien en compte l’évolution des technologies.

Surtout, la France ne veut plus se laisser dominer sur le plan de la normalisation internationale. Un groupe de travail sera créé au sein de l’association afin de porter la voix des industriels français dans les plus hautes instances de normalisation. En filigrane, il s’agit de ne plus subir les décisions d’un système dans lesquels les Allemands sont très actifs (la normalisation était au cœur du programme Industry 4.0 lancé Outre-Rhin en 2010). "C’est un enjeu majeur pour les PME, car nous ne pouvons pas les inciter à investir dans des machines si celles-ci ne communiquer pas toutes entre elles", indique Laurent Siegfried.

5/ Des rôles mieux définis

Au final, qui fera quoi dans cette nouvelle association ? Dans les grandes lignes, le Cetim sera chargé de faire remonter, par le biais de ses adhérents, les noms des 2000 PME et ETI à accompagner d’ici 2017. La Fim sera chargée de la création du référentiel d’audit (un document de vulgarisation à destination des patrons de PME est prévu pour être publié courant juin). Les travaux de normalisation seront suivis principalement par la FIM et le Gimélec, et les travaux sur la formation et la place de l’homme par l’UIMM (accompagné par les grandes écoles). Quant au CEA, ils auront en charge la partie recherche du plan.

Frédéric Parisot

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