Economie

[Chronique RH] Stakhanov est mort. Et si on arrêtait de glorifier les (faux) héros au travail...

Christophe Bys ,

Publié le

[Chronique RH] Stakhanov est mort. Et si on arrêtait de glorifier les (faux) héros au travail...
Dans l'industrie comme ailleurs, chacun compte pour que le collectif l'emporte.
© DR

A l'issue d'une interview consacrée à la politique RH en faveur des jeunes diplômés, un membre haut placé de l'équipe RH d'une entreprise du CAC 40 nous avait expliqué pourquoi il ne voulait pas entendre parler de programme pour les hauts potentiels ou la promotion de talents pour désigner certains jeunes cadres. C'était, disait-il en substance, la création d'une caste au sein de l'entreprise qui certes honorait les quelques-uns qui la rejoignait.

Le poids des mots

Mais surtout, insistait-il, c'était un message envoyé à toutes celles et tous ceux qui n'en feraient jamais partie. Or, insistait notre homme, une entreprise a besoin de tous les talents, aussi bien de celui du futur cadre prometteur que du magasinier. Et quand la direction désigne un petit groupe comme faisant partie des jeunes talents ou des hauts potentiels, il envoie à tous les autres le message qu'ils n'en sont pas. 

Nous venons de vivre la situation symétrique pendant l'épidémie de Covid 19. Certains, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, ont voulu glorifier le sort des sans-grade, habituellement mal payés et mal considérés, accomplissant des tâches considérées comme peu nobles (nous excluons le personnel médical) et dont le rôle apparaissait soudain comme essentiel. La caissière, le livreur et le magasinier devenaient les héros du confinement, la première ligne prenait sa revanche sur le premier de cordée. Héroïser ceux-là c'est oublier à dessein tous ceux invisibles aussi "planqués en télétravail" (pour reprendre le vocabulaire entendu à l'époque) et qui assistaient les uns ou les autres. Quid du travail de la livreuse sans le travail en amont des informaticiens et des logisticiens ? Quid de l'efficacité du caissier sans code barres et logiciels de caisse ? 

Un siècle de retard

Plus d'un siècle après les travaux d'un des pionniers de la sociologie (un français de surcroît) Emile Durckheim sur la division du travail, les uns en désignant les talents les autres en promouvant des héros, procèdent de la même façon de penser, cette logique binaire qui ne peut faire exister les uns que contre les autres. Or, nous a appris Durkheim, la révolution industrielle et la division industrielle rendent chacun dépendant de l'autre. Une entreprise est d'abord un collectif où chacun a un rôle à jouer pour que tous puissent gagner. 

Il serait plus que temps de comprendre que le meilleur buteur n'est rien s'il n'a pas des équipiers qui lui amènent le ballon au moment du tir décisif. Une entreprise, le travail c'est de savoir combiner les uns et les autres, de créer un collectif cohérent et où la coopération n'est pas qu'un vain mot. C'est une des forces des entreprises allemandes, pays dont on a beaucoup vanté les mérites lors de la pandémie, que de savoir créer des ensembles humains solidaires. Cela passe par la mobilité interne préférée aux embauches externes, à une culture technique fière d'elle même ou encore à des pratiques de partage du pouvoir au sein des entreprises. Là-bas, un haut potentiel est peut être en train de serrer des boulons sur une chaîne d'assemblage et cela n'étonne personne. 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte