[Chronique RH] SNCF et entreprise à mission : les paroles et les actes du gouvernement

Christophe Bys , ,

Publié le

Analyse

[Chronique RH] SNCF et entreprise à mission : les paroles et les actes du gouvernement
C'est sûr il va vite, mais où va-t-il ?
© Flickr/ eldelinux/CC

Le gouvernement français devrait prochainement indiquer quelle ré-écriture du code civil il propose pour créer ce qu’on appelle désormais "les entreprises à mission". L’objectif est de pouvoir élargir l’objet social des entreprises privées pour y intégrer des objectifs au-delà de la simple activité marchande. Autrement dit, créer une sorte d’intermédiaire entre l’entreprise classique, propriété des actionnaires, et la coopérative, à laquelle le salarié est associé.

Soit une entreprise qui reste régie par le droit de la propriété (elle appartient à ses actionnaires) mais qui tient compte des fameuses parties prenantes que sont les salariés, les fournisseurs… La Camif a déjà ouvert la voie et récemment la start-up OpenClassrooms a indiqué qu'elle allait modifier ses statuts en ce sens. 

Un raz-de-marée à relativiser

Simultanément, le gouvernement doit gérer un conflit à la SNCF. Le dernier épisode en date, celui du "Vot'action", mérite toute l’attention. Rappelons que ce vote organisé par les syndicats visait à demander aux salariés s’ils soutenaient ou pas la réforme proposée par le gouvernement et voté par le Parlement. Le résultat est sans appel : 95 % des votants sont contre. On rappellera aussi que le taux de participation est de 61 %, ce qui veut dire qu’à imaginer que le vote se soit déroulé de façon strictement régulière, cela signifie que 57 % de l’ensemble des salariés ont voté contre la réforme. C’est beaucoup, mais ce n’est pas le raz de marée annoncé.

Ce qui interpelle dans ces épisodes, c’est la dissonance de discours entre un gouvernement qui, d’un côté veut élargir l’objet social des entreprises privées afin qu’elles prennent en compte d’autres intérêts que celui des actionnaires, et ce même gouvernement qui répète inlassablement que la réforme sera faite, que les salariés et leurs représentants l’acceptent ou non. Autrement dit, l’Etat actionnaire semble dire que l'entreprise publique SNCF ne doit être gérée qu’en fonction d’impératifs économiques et financiers. Comme une entreprise privée ? N’exagérons rien non plus : aucune entreprise privée n'aurait pu survivre avec un déficit et une dette comparables à ceux de la SNCF.

Un pavé dans la vitrine sociale

Rappelons juste qu’à une époque pas si lointaine - dans les années 1990' encore - les entreprises publiques avaient la réputation d’être la vitrine sociale de l’économie, menant des politiques ambitieuses censées inspirer le secteur privé. Aujourd’hui - c’est le paradoxe et le sel de cette histoire - le gouvernement semble attendre des entreprises privées qu’elles montrent la voie à suivre en matière de gouvernance innovante.

Comme souvent, les difficultés financières de la SNCF et l’urgence de les résorber révèlent autre chose, l’argent n’étant qu’un symptôme. L’Etat actionnaire ne sait plus quoi faire des participations qu’il détient dans l'économie, il semble n’avoir plus aucune idée de la mission que pourraient remplir les entreprises publiques. Alors, il les gère en père de famille à l'ancienne, sachant mieux que sa progéniture ce qui est bon pour elle. Et envoie aux entreprises privées cet éternel message : faites ce que je dis, pas ce que je fais... 

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