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[Chronique RH] Et si les plateformes apportaient le progrès social...

Christophe Bys ,

Publié le

[Chronique RH] Et si les plateformes apportaient le progrès social... © Deliveroo

Certains succès sont malheureux. La formule tape dans le mille ; l’expression est répétée sans qu’on n’y réfléchisse. Telle est le cas de l’uberisation, ce mot malheureux de Maurice Lévy, le PDG de Publicis, vocable synthétisant toute l’angoisse que fait peser sur l’économie et l’emploi, le développement du numérique. Et de jeter le discrédit sur toutes les plateformes de mise en relation, devenues synonymes de menaces sur le chiffre d’affaires et sur l’emploi des professions installées.

Les services de livraison de nourriture à domicile ne sont pas les derniers à être critiqués. Boulots mal payés, ils sont réputés avoir la fâcheuse tendance de changer unilatéralement dans les conditions générales le contenu des contrats qui les lient à la flotte d’indépendants qui produisent le service, sans beaucoup d’états d’âme.

 

Une plateforme qui offre des formations à ses indépendants

L’initiative récente de Deliveroo mérite à cet égard d’être soulignée. La start-up a annoncé qu’elle offrait aux free lances qui travaillent pour elle un accès gratuit aux cours en ligne d’OpenClassrooms. Pour cela, une seule condition était nécessaire : ne pas être allé à la fac et travailler pour Deliveroo. Coup de pub, râleront les sceptiques… et ils ont sûrement raison partiellement. 

 

Car cet épisode rappelle de façon insistante l’histoire du développement du salariat. Quiconque s’est intéressé à la question sait que le développement de statuts puis de prestations doit autant aux luttes ouvrières (devenues de véritables mythologies) qu’au comportement de patrons sociaux, souvent chrétiens, dont le paternalisme a rimé avec conquêtes sociales. Ainsi en fut-il des logements ouvriers ou de certaines prémisses de sécurité sociale. L’ouvrage de référence de François Ewald sur la naissance de l’Etat Providence rappelle que c’est la généralisation de ces dispositifs qui était mise en question. Si la protection devenait obligatoire, on craignait que le patron n’agisse plus par sens des responsabilités mais parce que la loi l’imposait.

 

En route vers le passé

A l’époque, la question était de fidéliser des ouvriers, de les "attacher" à des entreprises, quand une population majoritairement agricole, habituée à travailler au grand air dans des conditions pas toujours faciles, n’avait pas envie de rejoindre des fabriques ou des usines à l’air vicié et aux cadences infernales. Les romans de Dickens (1) ou Les temps modernes du génial Charlie Chaplin sont là pour le rappeler.

Les dirigeants d’entreprises ont dû inventer quelque chose pour rendre leur travail attractif. C’est ainsi qu’est née la protection sociale (qui, au passage, calmait les volontés révolutionnaires des plus excités des ouvriers), posant les bases d’un salariat qui se substituera peu à peu au contrat de louage, et autres formes de travail à la journée ou à la tâche. C’est un des paradoxes de l’histoire : le salariat synonyme de quasi esclavage au dix-neuvième siècle est devenu le statut à défendre à tout prix moins de deux cents ans plus tard.

 

L’initiative de Deliveroo rappelle incontestablement cette histoire. Elle est intéressante parce qu’elle concerne les liens entre une plateforme et des indépendants. La logique est la même : offrir un service pour fidéliser les meilleurs livreurs, car la pérennité du business passe par la capacité à faire travailler de bons professionnels... quitte à leur payer une formation grâce à laquelle ils feront ensuite autre chose.

Dans un des rendez-vous qu’organisait The Family intitulé "Les barbares attaquent", Nicolas Colin - qui vient de publier Hedge sur la plateforme Amazon - racontait une histoire similaire. Outre-Atlantique, un service de mise à disposition d’hommes et de femmes de ménage était confronté à un problème similaire : pour se développer, il devait être capable d’attirer les meilleurs prestataires et les garder. Pour cela, l’entreprise avait consenti à augmenter les tarifs payés aux unes et aux autres.

C’est dire que l’histoire des plateformes n’est pas écrite et que, quel que soit le succès d’un mot facile à retenir, rien ne dit qu’on entrera dans l’avenir à reculons.

 

(1) A cet égard, signalons la publication chez Folio d'un ouvrage peu connu du génial romancier anglais, Bleak house, qui raconte cette époque de manière saisissante. 

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1 commentaire

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09/09/2018 - 14h59 -

L'initiative avec openclassroom ne vient pas de deliveroo. C'est le gouvernement français qui a signé avec openclassroom pour toutes les plateformes, Deliveroo, Stuart et Uber
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