Economie

[Chronique RH] Et les contrôleurs installèrent un panoptique numérique

Christophe Bys , , ,

Publié le

[Chronique RH] Et les contrôleurs installèrent un panoptique numérique
Travailler à la maison et être surveillé.
© Daria Nepriakhina - Unsplash

On ne le redira jamais assez. Si, par facilité, on a parlé de télétravail pour désigner ce qui s'est passé pendant le confinement, la réalité était tout autre. Travailler en continu depuis son domicile en s'occupant des enfants, sans aller jamais au bureau pour une réunion n'est pas du télétravail tel que l'ont préconisé les experts de la question depuis toujours.

Surveillance à distance

Les commentaires se sont emballés, en voyant dans ce recours massif au travail à distance, une révolution managériale, où la confiance se serait substituée au contrôle comme mode de management dominant. Selon une étude réalisée par ISG  (Information Services Group) auprès d'un panel de 2000 grandes entreprises, il apparaît que nombre de celles-ci se sont renseignées sur les outils numériques à même de surveiller l'activité de ces derniers. L'intérêt pour ce type de solutions a été multiplié par 500 entre l'avant épidémie et le pendant. Et l'étude précise que nombre d'entreprises consultées étaient assez avancées dans le processus d'achats de telles solutions. 

Les outils évoqués offrent par exemple de compter "le nombre d'appels passés , la durée quotidienne d'interaction avec l'interface de leur poste de travail, la proportion de temps passé à naviguer sur certains sites web", ou encore "le pourcentage de temps pendant lequel leur logiciel de visioconférence est au premier plan pendant les réunions". 

Panoptique numérique

On sent l'angoisse des responsables de reporting, celles et ceux dont le métier est le contrôle du travail et que ma grand mère appelait les "inspecteurs des travaux finis". Et si le télétravail révélait qu'on pouvait se passer de leur travail, qu'il suffisait de faire confiance aux salariés pour que le travail soit bien fait ? L'inventeur de "l'entreprise libérée" Isaac Getz, assurait que dans une entreprise moins de 5 % des salariés étaient des tire au flanc. Il ajoute que tous les process de contrôle finissent par pénaliser la quasi totalité des salariés pour le comportement déviant d'une infime minorité. 

Cette passion pour les outils de contrôle à distance révèle l'ampleur de la révolution qui reste à accomplir. Le virus n'aura pas éradiqué les mauvaises habitudes des managers à l'ancienne.  

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