Choletais : La chaussure se défend bien

Innovation technologique, état d'esprit du personnel, intégration de la filière: les entreprises locales progressent sur les marchés étrangers.

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Dans un secteur qui souffre (-2,5% en 1994), l'industrie choletaise de la chaussure fait mieux que tenir. L'année dernière, son chiffre d'affaires a légèrement progressé (+0,7%) et ses effectifs ont peu diminué (-0,5%). Surtout, ses exportations ont augmenté de 8,2%. Preuve de sa compétitivité internationale. Cette compétitivité, la région la doit à la conjonction de plusieurs facteurs. Il y a, tout d'abord, l'évolution de la demande. Le raccourcissement des délais exigé par la distribution donne une importance croissante au temps de transport et oblige l'industrie à investir. Ce qui réduit la part de main-d'oeuvre dans le prix final. Les différences de coûts avec les pays à bas salaires et les dévaluations de la lire et de la peseta n'en continuent pas moins de peser lourdement. Touché de plein fouet, Allemand Industrie (570personnes) vient de présenter un plan de réduction d'effectifs affectant un emploi sur cinq. Mais, pour faire front, l'industrie locale bénéficie d'un atout: l'état d'esprit du personnel. "Celui-ci sait que, face aux Chinois, il faut réassortir en cinq jours. S'il doit travailler un samedi pour y parvenir, il le fait. Grâce à cela, j'ai l'esprit libre pour créer", explique Emilien Vigneron, P-DG d'Inova Coast Guard, qui prépare son entrée au second marché boursier. Nichée au coeur de la Vendée, cette entreprise, qui emploie 540 personnes en France et réalise 250 millions de francs de chiffre d'affaires, illustre la créativité et la vitalité choletaises. Selon Emilien Vigneron, l'intégration de la fabrication des semelles sur des chaînes automatisées est l'une des clés d'une rentabilité qui a toujours dépassé 10%. Les 20millions de francs investis sont largement amortis par la différence entre les prix de fabrication interne et les coûts d'approvisionnement externes. En adaptant ses semelles à des modèles différents de chaussures, Inova Coast Guard parvient à fabriquer des séries de 200000 à 300000 paires. La PMI veut aujourd'hui se développer à l'export pour accroître ses volumes et investir. Une politique qu'Emilien Vigneron pratique depuis trente-cinq ans avec bonheur: "Nous n'avons jamais licencié, il n'y a jamais eu un jour de chômage technique. Nous n'avons jamais emprunté d'argent à une banque. Nous avons laissé l'argent gagné dans l'entreprise, ce qui représente aujourd'hui 150millions de fonds propres." D'autre part, les industriels, même concurrents, font preuve de solidarité. La filière est fortement intégrée, des équipementiers à la distribution, en passant par la création, la fabrication, les différentes formes de sous-traitance, l'emballage, la logistique, la formation et les organismes professionnels. Sans oublier le salon Emac, dont la dernière édition vient de remporter un grand succès. 5000visiteurs se sont pressés devant des machines à découper au jet d'eau et des machines à piquer automatiques sans châssis, qui permettent de passer du bureau d'études à la production avec un minimum de délais et de coûts. A noter une entrée en force de l'informatique dans une industrie devenant, de ce fait, moins intéressante à délocaliser. Sans doute la fabrication d'éléments comme la tige, à faible valeur ajoutée et à fort taux de main-d'oeuvre, continuera à se faire en Chine ou au Maroc. Mais la coupe, la fabrication des semelles ou le montage ont, grâce à la technologie, une chance croissante d'être maintenus en France, voire rapatriés. "La relocalisation par l'innovation technologique" a été le thème d'un débat organisé récemment (à Cholet, bien sûr...) par l'Association française des techniciens des industries de la chaussure. L'intervention de Roger Blanc, de la société d'ingénierie Actis, a particulièrement marqué les esprits.Il a raconté comment il avait conçu une chaîne automatique destinée à relocaliser en Floride le montage de deux usines chinoises qui sortaient chacune 12000paires de chaussures de sport par jour. Depuis février, cette unité - construite sour l'oeil très intéressé de Nike, champion de la délocalisation - sort en huit secondes un "pied" mis en boîte et palettisé au nom du client. Coût de la main-d'oeuvre: 1,66franc par paire, l'amortissement de l'investissement étant prévu en deux ans avec deux équipes en deux-huit. Le lancement de petites séries se fait, selon Roger Blanc, dans d'aussi bonnes conditions. Même si cette chaîne robotisée n'emploie que six personnes, les techniciens y ont vu un encouragement à persévérer.

Dominique LUNEAU



La moitié de la production nationale

Conséquence de ses bonnes performances dans un contexte national morose, la part relative du Choletais croît. L'association Ouest-Atlantique, qui réunit les régions Bretagne, Pays de la Loire et Poitou-Charentes, estime le poids de cet ensemble à une centaine d'entreprises (15600salariés, 82millions de paires produites par an, 7,2milliards de francs de chiffre d'affaires) et représente 53% de la production et 48% des effectifs nationaux. Le Choletais représente l'essentiel de cette activité, sur un territoire couvrant le Maine-et-Loire, le nord de la Vendée et des Deux-Sèvres et le sud de la Loire-Atlantique. Les leaders: Eram (7500salariés, dont près de 2000 en production); Sac (1400salariés); Pindière (1000salariés); Polygone (1000salariés); La Fourmi (650salariés) et Gep (500salariés). Si le Choletais renforce son importance relative dans la chaussure, la chaussure renforce la sienne dans le Choletais. Elle emploie 8000 salariés, contre 2800 pour la confection, 3700 pour la chimie-caoutchouc-plasturgie, 2800 pour l'agro-alimentaire, 2500 pour la mécanique et 1500 pour l'électronique.

USINE NOUVELLE N°2506

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