Cette "Génération Lehman Brothers" qui tente l'aventure entrepreneuriale en Afrique

Attirés par le dynamisme de la capitale kenyane, de jeunes Français se sont implantés à Nairobi pour lancer leur entreprise ou participer au développement des start-up locales. D'une génération qui a été cueillie à froid par la crise financière puis la récession qui ont touché les Etats-Unis et l'Europe en 2008, ils misent sur une région plus porteuse d'avenir. Dans un bouillonnement pas toujours ordonné mais réel.

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Confortablement installé dans le lobby du select hôtel Intercontinental, près du parc Kenayatta au centre de Nairobi, Augustin Bonniol ne ménage pas son enthousiasme. "J’ai travaillé en 2008 à Shanghai. Je ressens au Kenya le même dynamisme qu’en Chine à l’époque. Chaque semaine, on apprend l’implantation d’une nouvelle entreprise. Le marché est incroyable", s’emporte-t-il. Le trentenaire fait partie de la "génération Lehman brothers" comme il l’appelle. Faute de poste en France, il a tenté sa chance en Chine, avant l’Australie puis de mettre le cap sur l'Afrique. Sa PME Abc expat fondée il y a deux ans à Nairobi, pour aider les entreprises et les expatriés à s'implanter compte désormais 10 salariés et une centaine de grands clients.

Trentenaires, diplômés d'écoles de commerce et bien décidés à créer leur entreprise. Ces dernières années, le Kenya a vu débarquer des jeunes entrepreneurs français de plus en plus nombreux. Dans un pays où les entreprises françaises sont encore peu présentes, ils sont prêts à tenter l'aventure africaine plutôt que de s'exiler à San Francisco ou Hong Kong. Leur motivation? La robuste croissance économique et les opportunités immenses. Mais le climat d'affaires à l'anglo-saxone et la qualité des infrastructures internet de la Savannah valley, la déclinaison kenyane de la Silicon valley font aussi partie de l'équation. "La qualité de vie joue aussi. Je savais que je devais m'implanter en Afrique pour piloter des entreprises spécialisée sur ce marché. La destination s'est imposée assez vite", assure aussi Julien Garcier, ancien du cabinet BCG devenu à Nairobi le pdg de Sagaci Search, qui emploie 95 salariés à plein temps dans 16 pays d’Afrique. La société s’est spécialisée dans la collecte d’information et la réalisation d’études de marché, quasi inexistantes encore sur le continent.Un créneau porteur, alors que les entreprises européennes lorgnent la classe moyenne africaine en plein développement. Un segment que défriche aussi Optimetriks, une autre start-up franco-kenyane installée à Nairobi.

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"Le ticket d'entrée est plus faible ici"

Le challenge, c’est en revanche ce qu’est venue chercher Estelle Verdier-Watine. Recrutée par Orange, la jeune femme a débarqué au Kenya dans la filiale du groupe français. Mais trouve vite l’expérience frustrante "Il y avait un dynamisme énorme du reste de l’économie mais qu’il est difficile de retrouver dans un grand groupe", se souvient-elle. Elle préfère démissionner pour tenter sa chance dans une start-up locale d’intégration de paiement mobile pour les banques. Avant d’être débauchée par le géant de l’e-commerce africain Jumia dont elle dirige la filiale Jumia travel, qui se rêve en équivalent africain de Booking.com. "Ils m’ont donné 6 semaines pour lancer le business et signer une cinquantaine de partenariats avec des hôtels à Nairobi. Cela a ensuite été six mois de travail très intense pour monter le service", raconte la frêle brune, dont le service est désormais présent dans 13 pays.

Une impression que tout est possible qui fait envie. "Il ne se passe pas une semaine sans qu’un jeune français ne me contacte avec un projet d’implantation et création d’entreprise ici", reconnaît Grégoire Schwebig, le jeune président de la nouvelle chambre de commerce franco-kenyanne. Lui-même sait de quoi il parle. Arrivé à Nairobi pour travailler dans un fonds d’investissement soutenu par Proparco, une branche de l’agence française de développement, le trentenaire passé lui aussi par une école de commerce est depuis trois ans le patron de Haussmann groupe, une start-up spécialisée dans l’aménagement de bureau, qui a notamment décroché des contrats avec Uber et L'Oréal. Pour accélérer son développement sur le continent, la société qui compte déjà 140 salariés dans quatre pays vient de réaliser une levée de fonds auprès d’un family office et d’un fonds parisien.

"Nous aurions pu développer notre société ailleurs. Mais le ticket d’entrée est beaucoup plus faible ici", reconnait Grégoire Schwebig. Et les perspectives de croissance impressionnantes. "Nous triplons notre chiffre d’affaires tous les ans et l’objectif est d’atteindre 1 million de m2 de bureaux aménagés en 2025, soit la totalité des bureaux de Nairobi", poursuit le patron, qui réalise 10 millions d’euros de chiffres d’affaires principalement avec des grands clients comme l’Oréal et Uber. Tout n’est pas rose pour autant. Malgré l’environnement des affaires libéral, les entreprises doivent faire face à une administration souvent corrompue. Et la plupart des start-up visent seulement les grands groupes internationaux, pour limiter les risques d'impayés. Malgré son développement, l’écosystème de la Tech de Nairobi reste encore peu structurré. "Mais l’avantage, c’est qu’il reste encore de la place", souligne Antoine Bonniol.

Solène Davesne Journaliste Economie
Solène Davesne

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