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L'usine Agro

Ces entreprises digitalisent la ferme France

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Enquête L’agriculture de demain se dessine. Des pépites du numérique ont l’ambition de la rendre plus productive, plus écologique et de sortir les agriculteurs de l’isolement.

Ces entreprises digitalisent la ferme France
Recueillir et analyser les données fournies par des capteurs et des drones sera bientôt incontournable pour gérer une exploitation agricole.

une étonnante exploitation s’étend sur 150 hectares à Boigneville (Essonne). Ici, on expérimente le binage autoguidé sur des cultures bio, des capteurs de données météo en pagaille, la surveillance par satellite et par drones, le pilotage des champs de blé grâce à des outils d’aide à la décision, et même des robots pour contrôler les adventices (mauvaises herbes) dans les champs de betteraves. Bienvenue dans la Digiferme d’Arvalis, l’institut technique des grandes cultures au service des agriculteurs et des filières. Ce projet, monté il y a un an en partenariat avec l’institut technique des protéagineux Terres Inovia et l’Acta, le réseau des instituts des filières animales et végétales, doit tester et « intégrer les techniques numériques opérationnelles sur les exploitations agricoles », raconte Delphine Bouttet, la responsable de la Digiferme. Mais aussi « permettre au producteur de valoriser ses données de façon simple et transparente en temps réel, sans aucune saisie, tout en restant maître de ses choix. »

En France, les projets se multiplient pour dessiner l’agriculture de demain. Car les défis sont gigantesques. « Réchauffement climatique, ressources en eau limitées, maladies, mais aussi contraintes sanitaires sur les anti-infectieux et les phytosanitaires : les agriculteurs sont sous pression », explique Christian Huyghe, le directeur scientifique agriculture de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). Le secteur doit concilier performances économiques, techniques et environnementales, alors même que ses revenus font le yoyo, dans le sillage des cours des matières premières et de la météo. Les nouvelles technologies l’aident à mieux surveiller les parcelles, grâce à la cartographie et à des plates-formes de suivi des prévisions et des données de température, de pluviométrie, à mieux protéger l’environnement en épandant les pesticides de façon plus ciblée ou encore à alléger la pénibilité du travail grâce à la robotisation. Elles représentent aussi un formidable moyen de sortir la profession de l’isolement. Places de marché et réseaux sociaux favorisent le partage de conseils, d’équipements, voire de données.

Depuis 2010, les start-up proposant ces solutions sont de plus en plus nombreuses dans l’Hexagone, patrie de l’agriculture et de l’ingénierie [consulter notre sélection de 21 pépites page 40]. Des start-up que l’association La Ferme digitale [lire ci-contre] tente de fédérer et de structurer. Pas question de se limiter à des gadgets prisés par une poignée d’ageekulteurs, ce segment de jeunes agriculteurs ultra-connectés… « Il faut apporter une valeur ajoutée aux agriculteurs, reconnaît Alexandre Diaz, le responsable innovation de la start-up ­Isagri. La météo à elle seule a encore généré 5 milliards d’euros de pertes en 2016 pour la ferme France ! »

Un « big data agricole »

L’enjeu est de sélectionner et de mettre en réseau les meilleurs objets et technologies afin d’apporter des solutions clés en main. Smag, filiale de solutions numériques d’InVivo, le premier groupe coopératif agricole français, veut créer un « big data agricole ». « Si une ferme investit 50 à 100 euros par hectare dans ces outils, nous croyons à un amortissement en moins de dix-huit mois grâce à la baisse d’utilisation de produits phytosanitaires, d’engrais, d’eau… », insiste Thierry Blandinières, le directeur général d’InVivo. Il a inauguré en mai, à Montpellier, le Studio agro-digital, une structure interne dédiée à l’incubation de projets innovants. Dans la même ville ouvre aussi, en septembre, DigitAg, un institut financé par les investissements d’avenir. Son ambition ? « Devenir une référence mondiale pour l’agriculture numérique » et développer la recherche et les entreprises du domaine, grâce à un partenariat de dix-sept acteurs : organismes publics de recherche et d’enseignement, acteurs du transfert-développement et entreprises du numérique agricole.

Pour rencontrer leurs futurs incubateurs et les acteurs de la filière, les start-up pourront aussi compter sur la plate-forme incubée par le think tank Open Agrifood et le cabinet Greenflex. Certaines ont déjà convaincu des industriels d’entrer à leur capital, comme Airinov avec Parrot. Prêtes pour le grand envol ? Avec son programme Agri Nest, Business France a sélectionné six jeunes pousses françaises pour les aider à s’implanter sur le marché nord-américain. Départ dans quelques jours vers l’un des plus grands marchés au monde.

« La France doit rester pionnière de l’agriculture »

Florian Breton, cofondateur de l’association La Ferme digitale et de la plate-forme de crowdfunding Miimosa

  • Pourquoi un tel engouement des start-up autour de l’agriculture ?

Avant les années 2010, les zones rurales étaient assez mal connectées. Il y avait encore beaucoup trop de zones blanches ou grises. Après 2010, la situation a commencé à s’améliorer. À partir de 2011, des entreprises plus importantes sont nées, comme Airinov dans les drones, proposant du numérique et de l’innovation pour les agriculteurs français. Il n’y a guère plus d’une centaine de start-up « agtech » en France qui ont réellement rencontré leur marché. Pour autant, les agriculteurs français sont très connectés : 40 % d’entre eux utilisent leur smartphone dans le cadre de leur activité ! Les start-up leur apportent de la transparence, de l’agriculture de précision, et les moyens de se tourner vers les citoyens pour se financer et pour distribuer leurs produits.

  • Rencontrent-elles des obstacles pour se développer ?

Le changement d’échelle des start-up passe par de l’investissement. Or il n’existe qu’un seul fonds d’investissement dédié à l’agriculture. Les fluctuations des cours, l’impact des aléas climatiques que subissent les agriculteurs sont méconnus. Il faut inviter les investisseurs à se structurer pour accompagner le changement d’échelle de ces innovations. La France est la première ferme d’Europe, a les meilleurs agriculteurs du monde, mais souffre de freins financiers. Les États-Unis n’ont pas attendu pour considérer l’« agtech » comme un secteur d’avenir. Les agriculteurs sont-ils condamnés à consommer des solutions venant des États-Unis ou d’autres pays d’Europe ? La France doit rester un pays pionnier de l’agriculture.

  • Comment les start-up peuvent-elles travailler avec les structures existantes ?

Nous portons un regard bienveillant sur le monde existant des organisations professionnelles agricoles, mais il faut le faire évoluer. Nous sommes ouverts aux partenariats : Miimosa collabore avec des banques, Votremachine.com travaille avec des coopératives d’utilisation de matériels agricoles… Il faut aussi améliorer la communication entre les acteurs, d’où l’idée de la création de La Ferme digitale en 2016. L’association, qui représente 14 adhérents et 200 salariés, veut symboliser la dynamique française.  

Propos recueillis par Franck Stassi

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