Carmat : de battre mon innovation va s’arrêter ?

Pour certains observateurs, notamment financiers, le décès du premier patient transplanté avec le cœur artificiel de Carmat est le signe de l’échec de cette technologie. Une réaction qui révèle surtout la méconnaissance qu’ont ces personnes des processus d’innovation.

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Carmat : de battre mon innovation va s’arrêter ?

Après le décès du premier patient transplanté avec le cœur artificiel du français Carmat, l’avenir de cette technologie semblait remis en cause par certains observateurs. La question qu’ils se posent finalement est très simple : "Faut-il continuer ? Faut-il poursuivre les expérimentations de ce premier cœur artificiel ?" A toutes ces interrogations, la bourse a clairement répondu non. Le 5 mars (après une journée de suspension du cours pour calmer les esprits les plus échauffés), le cours de la biotech a dévissé. Les mises en garde de Carmat et les interviews très positives du professeur ayant réalisé la transplantation (pour lui, elle reste un succès) n’ont pas réussi à calmer les esprits.

Cette réaction erratique est évidemment sans fondement. Elle n’est pas non plus basée sur une évaluation sérieuse du potentiel de l’entreprise ou de la viabilité de son innovation portée par Carmat. Non, la réaction de ces investisseurs révèle surtout leur ignorance. Sans doute habitués des "Quick win", ils se trouvent confrontés avec Carmat à une entreprise qui fait plutôt dans la "slow innovation". L’entreprise, portée par le professeur Carpentier, aura mis 30 ans avant de voir implanter le premier cœur artificiel. Et il lui faudra sans doute encore patienter quelques années pour passer du stade du prototype et des essais cliniques à une prothèse efficace et déployable à grande échelle. Pour décrocher l’autorisation de mise sur le marché de la part des agences sanitaires, elle devra ainsi implanter ce cœur à près de 30 patients en tout. Des patients tous en phase terminale, c’est-à-dire dont l’espérance de vie est estimée à moins de trente jours.

Le deuxième point que soulève leur réaction c’est l’appétence au risque des investisseurs en France. On le sait de longue date, ils ne prêtent qu’aux riches. Dans notre pays, on peine à trouver des "business angels" capables de suivre dans le temps l’aventure d’une entreprise innovante. Nous avons une aversion forte au risque, que nous estimons souvent de manière irrationnelle. Et c’est bien ce qui se produit dans le cas de Carmat. Pour les investisseurs, le décès du premier patient transplanté signe la fin de cette technologie. Alors qu’elle n’en est qu’à ses débuts ! En laissant cour à nos peurs, on prend le risque de voir cette pépite technologique française passer sous pavillon étranger, ou d’entendre un jour le patron de Carmat déplorer : "de battre, mon innovation s’est arrêtée"…

Thibaut De Jaegher

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