Bpifrance, le "bien mais peut mieux faire" de la Cour des comptes

Arnaud Dumas ,

Publié le

Bpifrance a été scrutée de long en large par les magistrats de la Cour des comptes. Ils estiment qu’elle a bien réussi la fusion des anciennes entités de financement. Mais que sa stratégie pour l’avenir doit être clarifiée et  sa gestion plus serrée.

Bpifrance, le bien mais peut mieux faire de la Cour des comptes © Bpifrance

Bpifrance a bien réussi sa montée en puissance. Reste désormais à transformer l’essai et à clarifier sa stratégie pour l’avenir. C’est en substance le constat établi par la Cour des comptes dans son dernier rapport sur la banque publique de novembre 2016. Elle a établi une dizaine de recommandations pour l’avenir

L’intégration des activités de financement d’Oséo et d’investissement en capital de CDC Entreprise et du FSI a été menée tambour battant par les équipes de Bpifrance. La fusion des trois entités, réalisée en 2013, a permis à la banque publique de démultiplier son activité à un moment où l’économie française en avait besoin. Son bilan est passé de 50,8 milliards d’euros en 2013 à 63,8 milliards d’euros en 2015, soit une augmentation de 26 % sur la période.

Stabiliser l’activité

Mais les temps changent. Pour la Cour des comptes, les deux actionnaires de la banque publique (Etat et Caisse des dépôts) doivent désormais stabiliser l’activité de leur filiale. D’abord parce que les entreprises ont moins besoin de l’intervention publique, les failles du marché du financement se font moins nombreuses. Les banques sont ainsi revenues sur le marché du prêt aux entreprises, du fait de la politique monétaire de la Banque centrale européenne.

Ensuite, parce que l’activité de la banque publique coûte cher aux finances publiques. La Cour chiffre à environ 400 millions d’euros par an le soutien de l’Etat à l’activité de financement de Bpifrance. Selon les magistrats, ce soutien financier va décroître. Ils estiment à 2,4 milliards d’euros le besoins de financements de la banque publique pour la période 2017 à 2019, qui ne sont pas encore pourvus.
L’activité d’investissement dans le capital des entreprises pourrait également se retrouver à court de cash. Bpifrance cède petit à petit ses participations dans de grandes entreprises pour financer les prises de participation dans les nouvelles. Une stratégie qui a ses limites, d’autant que la Cour des comptes estime que les nouvelles participations dans des entreprises plus petites (PME et ETI) risquent d’être moins rentables.

Inflation des charges d’exploitation

La Cour des comptes pointe également du doigt la gestion de la banque publique. Les magistrats déplorent une augmentation trop importante des charges d’exploitation, passées de 426 millions d’euros en 2013 à 549 millions d’euros en 2015, qui fait peser un risque sur l’avenir de l’établissement financier. Notamment une augmentation de la masse salariale trop importante, justifiée par le directeur général de Bpifrance par l’augmentation de l’activité de son établissement.

Même chose pour les frais de fonctionnement, prévus à 207,3 millions d’euros en 2016 contre 163,4 millions d’euros en 2013. La Cour des comptes juge le recours à des prestataires externes injustifié, les dépenses immobilières trop importantes ou encore les frais de déplacement trop élevés.

Enfin, c’est sur la stratégie de l’établissement et sa doctrine d’intervention que la Cour des comptes demande des clarifications. Les magistrats soulignent notamment les chevauchements existants entre certains fonds d’investissement de Bpifrance et ceux du Commissariat général à l’investissement (CGI), les deux gérant des fonds assez proche dans leur positionnement. 

Surveiller la doctrine d’investissement

La Cour des comptes recommande par ailleurs à Bpifrance de privilégier l’activité "fonds de fonds" pour l’investissement dans les PME, plutôt que l’investissement en direct, afin de ne pas risquer de concurrencer les acteurs privés. Côté grands groupes, elle juge l’activité de la banque publique parfois trop proche de celle de l’Agence des participations de l’Etat.

Enfin, la doctrine d’intervention sur le segment des ETI apparaît peu claire aux sages de la rue Cambon. Selon elle, la banque publique s’est notamment éloignée de sa doctrine initiale visant à combler les failles de marché et à apporter uniquement de l’argent frais aux ETI, plutôt que du rachat d’actions existantes. Le dirigeant de Bpifrance revendique une approche "pragmatique" des dossiers.

Reste que la Cour des comptes analyse le dossier Bpifrance sous un angle très comptable et dans une logique d'activité bancaire traditionnelle alors que l'organisation pilotée par Nicolas Dufourcq mène un travail d'accompagnement et de réseau sur les entreprises.

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