[Bilan industriel 2019] Il s'ouvre de plus en plus d'usines en France

En 2019, quelque 115 sites industriels ont ouvert dans l’Hexagone : 70 nouvelles usines et 45 extensions de sites existants. L’Usine Nouvelle a recensé seulement 40 fermetures. Le bilan reste positif. 

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[Bilan industriel 2019] Il s'ouvre de plus en plus d'usines en France
En septembre, Louis Vuitton a inauguré sa seizième usine française, à Beaulieu-sur-Layon (Maine-et-Loire), spécialisée dans les sacs complexes.

La grande halle désaffectée d’ArcelorMittal de la petite ville de Basse-Ham (Moselle) ne deviendra jamais un hôtel à start-up comme le projetait son propriétaire. En janvier 2019, Charles Darnane a proposé de lui louer la totalité de ses 22 000 m2 pour y lancer son entreprise de maintenance de matériel roulant ferroviaire. Le 16 janvier, Les Ateliers de Basse Ham commençaient leur activité. Ils comptent désormais 50 salariés, occupés à remettre à neuf les wagons de fret et de voyageurs des grands loueurs. Le recrutement se poursuivra en 2020, car les clients sont au rendez-vous et la rentabilité a été atteinte dès le premier exercice. Un ancien site industriel qui retrouve sa vocation originelle, c’est sans doute un signe. D’autant qu’il n’est pas le seul. Dans l’Aisne, à Beautor, Drekan, spécialisé dans la maintenance de machines tournantes industrielles, a ouvert dans un ancien laminoir fermé il y a trois ans et projette d’embaucher une centaine de personnes.

Le suivi de l’industrie française, réalisé par les journalistes de "L’Usine Nouvelle" et ses vingt-cinq correspondants régionaux, publié chaque jour dans notre rubrique "Quotidien des usines", est pour la troisième année consécutive sans ambiguïté. Et encore plus positif en 2019. Il s’est ouvert près de deux fois plus de sites industriels – unités de production (majoritaires), centres de R & D, d’essai et de logistique – qu’il ne s’en est fermé. Nous avons recensé 70 ouvertures pour 40 fermetures. L’an passé, le territoire français n’avait accueilli que 60 nouvelles ouvertures.

Des capacités de production orientées à la hausse

Après des années difficiles, l’industrie a repris du poil de la bête. Philippe Varin, le président de France Industrie, déclarait récemment : "Le déclin est enrayé." Sur le terrain, le sursaut est notable. Les fermetures d’usines font toujours les gros titres et l’année 2019 en a apporté son lot, comme la récente décision de Michelin de fermer son site de La Roche-sur-Yon (Vendée). L’analyse montre que l’augmentation des capacités de production reste orientée à la hausse.

Les nouvelles implantations ne sont que la partie émergée de l’iceberg de l’évolution des capacités de production, car nous identifions aussi 45 extensions de site qui sont la modalité la plus courante de développement pour les entreprises déjà existantes. À Romans-sur-Isère (Drôme), la PME de découpe Veyret Technique a ainsi lancé un nouvel atelier, tandis qu’à Ruelle-sur-Trouve (Charente), Naval Group, qui avait déjà augmenté ses moyens d’usinage de grande capacité les années précédentes, a inauguré son Innov’factory.

Nous repérons aussi les modernisations d’usines dont l’investissement est supérieur à environ 1 million d’euros, soit 32 sites concernés l’an passé. Ces investissements sont entrepris tant par des grandes entreprises que des PME. Certaines mettent le paquet pour capter de nouveaux marchés comme la petite imprimerie jurassienne Cartonéo qui a investi 6,5 millions d’euros dans une machine numérique pour l’impression de petites séries très haut de gamme alors que son chiffre d’affaires n’est que de 22 millions d’euros. Résultat, "le parc de machines français, après avoir vieilli suite à la crise de 2008 pour monter à 19 ans, se rajeunit depuis 2012 et il est redescendu à 17 ans. C’est l’âge de celui de l’Allemagne, mais cette dernière a beaucoup augmenté sa production dans l’intervalle. Elle a donc conservé ses vieilles machines en plus des nouvelles", décrypte Max Blanchet, directeur exécutif chez Accenture.

Ceux qui se laissent dépasser en termes d’investissement le payent en général quelques années plus tard. Parfois très cher. Des entreprises qui, de redressement en redressement, ont manqué de moyens et ont dû fermer leurs portes, comme Tim, le site de cabines d’engins de chantiers à Quaëdypre (Nord). D’autres cessations d’activité relèvent de problème de compétitivité face à des pays à bas coût, de marchés qui dévissent comme celui du diesel, ou de réorganisation "classique" d’un appareil de production comme Ford à Blanquefort (Gironde). D’autres enfin chutent sur des paris mal maîtrisés à l’image de WN, l’entreprise de Nicolas Decayeux, né sur les cendres de Whirpool à Amiens (Somme), qui a lancé ce qui n’était encore qu’une start-up, sans produit ni marché, avec un effectif considérable de près de 180 salariés.

Les emplois renaissent

Malgré ces échecs et l’enjeu de reconversion de certains secteurs, la dynamique est solide. Même le secteur de l’électronique, avec des entreprises comme Ledger et Folan, se prend à développer ses solutions en France et non en Chine. Selon Isabelle Monvoisin, la directrice générale de la société de conseil Pôle implantation, "c’est une belle année, et cela se poursuivra en 2020-2021 d’après ce que nous voyons des projets à échéance dix-huit ou vingt-quatre mois". En revanche, la taille des projets diminue. "Aujourd’hui, ceux de plus de 50 salariés ne dépassent pas une cinquantaine par an. Et entre 300 et 600 salariés, on est dans l’exceptionnel. Les derniers très gros projets “greenfield” remontent aux usines de Swatch à Hambach [Moselle] et de Toyota à Onnaing [Nord] à la fin des années 1990", illustre-t-elle.

Les petits ruisseaux des nouvelles usines, extensions et modernisations viennent désormais grossir une rivière puisque l’emploi industriel a enfin relevé la tête. Depuis 2001, il présentait un solde négatif ; il est positif depuis 2018. Au troisième trimestre 2019, l’industrie a créé 17 400 emplois salariés par rapport à la même période de l’an passé. Certains n’avaient pas perdu la foi. "Je suis un ingénieur et un industriel dans l’âme. Notre savoir-faire français a été négligé, mais avec du service et de la qualité, on y arrive", témoigne Charles Darnane, le PDG des Ateliers de Basse Ham.

Pour Louis Gallois, le président du conseil de surveillance de PSA, l’effort doit se poursuivre : "Le déficit commercial est dû à un manque de capacités de production. Il faut pousser les entreprises industrielles à investir sur le territoire." C’est l’un des objets du Pacte productif 2025 que le président de la République devrait présenter officiellement en janvier. En attendant, l’État a confié à Benoît Potier, le président d’Air liquide et du Conseil de l’innovation, le soin d’identifier les marchés de demain qui recevront un soutien de l’État. Pour qu’ils irriguent les filières de projets concrets. Rendez-vous en 2020.

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