[Bilan industriel 2019] Heurs et malheurs des secteurs industriels

Si l’appareil productif se modernise, des tendances de fond affectent les secteurs dans lesquels la France tire plus ou moins bien son épingle du jeu. 

[Bilan industriel 2019] Heurs et malheurs des secteurs industriels
L’année a été marquée par l’inauguration à Cherbourg (Manche) de l’usine de production de pales d’éoliennes géantes de LM Wind Power, une filiale de General Electric, ouverte un an plus tôt.

Au-delà des chiffres bruts, la typologie des ouvertures, modernisations et fermetures de sites dresse l’évolution de l’appareil productif français. Son décryptage met en lumière des tendances de fond comme la transition écologique et l’économie circulaire. Et confirme les défis de certains secteurs et la puissance non démentie d’autres, ainsi que des facteurs plus conjoncturels.

Le luxe surfe sur le made in France

Après une année 2018 record, avec un chiffre d’affaires de 154 milliards d’euros, l’année 2019 a été marquée par la domination des "Khol" (Kering, Hermès, L’Oréal et LVMH) sur le secteur. Selon le cabinet Deloitte, les Français réalisent 24,3 % des ventes mondiales du luxe, en croissance moyenne de 5 % chaque année. Un dynamisme qui se traduit par un regain d’activité chez les grandes marques et leurs sous-traitants. Désormais, une entreprise sur treize travaille pour ce secteur.

Cette vitalité a été portée en 2019 par la filière cuir, à l’image de Louis Vuitton qui a profité de cette vague pour inaugurer un atelier à Beaulieu-sur-Layon (Maine-et-Loire), la seizième unité française de la marque. Champion du made in France avec 85 % de ses produits fabriqués dans l’Hexagone, la maison Hermès s’est également saisie de l’engouement pour le luxe français pour s’agrandir à Saint-Junien (Haute-Vienne), avant d’annoncer la construction d’une usine à Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne). L’inauguration du site est prévue pour septembre 2020. Au total, 1 000 nouveaux salariés ont rejoint les rangs des employés du luxe. Ils s’ajoutent aux 600 000 personnes y travaillant déjà de manière directe ou indirecte. Ce succès commence à attirer les investisseurs étrangers comme les fabricants chinois de cosmétiques Yidai et Dowell qui ont inauguré, le 27 septembre, à Blyes (Ain) un site de production. En novembre, c’était au tour de Jian Chen, le PDG d’AC Winexpo, d’annoncer un investissement de 150 millions d’euros à Maubeuge (Nord) pour la construction d’un atelier de textile de luxe, dont les produits seront destinés au marché chinois.

La pharmacie renforce l’existant

Peu de vraies nouvelles ouvertures en santé sur le territoire. En 2019, seule la PME Provepharm Life Solutions a démarré une unité pilote de principes actifs à Marseille (Bouches-du-Rhône) pour 9 millions d’euros d’investissement, et l’Allemand Boehringer Ingelheim a posé la première pierre d’un futur grand centre de vaccins vétérinaires à Jonage (Rhône), un projet de 200 millions d’euros. À défaut de privilégier la construction de nouvelles usines, la pharmacie se concentre sur l’extension de ses capacités et la modernisation de ses sites existants, avec des projets parfois ambitieux comme la mise en service des capacités additionnelles d’AstraZeneca à Dunkerque (Nord), qui a nécessité un investissement de 135 millions d’euros. Cette extension, centrée sur les produits contre les maladies respiratoires et les dispositifs d’inhalation, reste toutefois singulière. Presque tous les autres projets ont concerné les produits injectables. Dans le domaine, le laboratoire Aguettant a engagé 15 millions d’euros pour renforcer et moderniser son usine de Champagne (Ardèche), Ipsen a investi 50 millions d’euros pour doubler ses capacités de son site de Signes (Var), et le sud-africain Aspen a finalisé un investissement de 65 millions à Notre-Dame-de-Bondeville (Seine-Maritime) pour ses injectables anesthésiques. Aucun site n’a fermé, mais l’avenir de l’une des usines du façonnier Famar, à Saint-Genis-Laval (Rhône, 260 salariés), semble très compromis suite à sa mise en redressement judiciaire fin juin.

L’automobile en délicate transition

Sombre bilan pour la filière automobile française en 2019. Clap de fin pour les 870 salariés de l’usine de boîte de vitesses de Ford à Blanquefort (Gironde), inquiétudes persistantes chez Bosch à Rodez (Aveyron) et à l’ex-Fonderie du Poitou Fonte à Ingrandes-sur-Vienne (Vienne), malgré sa reprise par un groupe britannique… Les usines continuent d’absorber les effets de la chute des ventes de diesel et la croissance concomitante du véhicule électrique, réputé pour être moins gourmand en main-d’œuvre. Ce n’est pas une situation franco-française, la plupart des constructeurs et fournisseurs à travers le monde se réorganisent pour affronter la contraction des principaux marchés automobiles, tout en maintenant leur capacité d’investissement sur les révolutions du véhicule électrique, autonome et connecté. Des phénomènes qui devraient encore peser dans les mois à venir. Début décembre, le patron de Valeo, Jacques Aschenbroich, a d’ailleurs fait de 2020 "l’année de tous les dangers".

D’après les estimations de la Plateforme automobile (PFA), 15 000 emplois sont directement menacés en France à cause de la seule chute des ventes de diesel. Un mouvement que le gouvernement veut tenter d’enrayer en poussant à une relocalisation de l’activité. Pas évident. Début 2010, la France caracolait à la deuxième place dans la production automobile européenne. Elle est aujourd’hui cinquième, derrière l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Italie.

Le logement et les travaux publics tirent les matériaux

Fin 2019, l’activité du bâtiment devrait afficher une hausse de 1,3 % en volume. Quelque 25 000 postes devraient avoir été créés, intérim en équivalents temps plein inclus. "L’amélioration sensible des paramètres du crédit a permis de soutenir le marché", se réjouit la Fédération française du bâtiment. Ainsi, 400 000 logements devraient avoir été mis en chantier en 2019, en hausse de 0,2 %. Parmi les industriels s’intéressant activement à l’aménagement intérieur, Swiss Krono s’est doté d’une nouvelle presse pour panneaux décoratifs à Sully-sur-Loire (Loiret) quand, le fabricant de salles de bains Burgbad a, lui, investi près de 2 millions d’euros à Nogent-le-Roi (Eure-et-Loir) pour optimiser sa chaîne logistique. Hors locaux agricoles, les surfaces non résidentielles autorisées et commencées ont respectivement progressé de 15,6 % et 4,7 % en glissement annuel sur sept mois à fin juillet 2019. En cette fin d’année, la réforme annoncée du crédit d’impôt transition énergétique dope le marché de l’isolation. Une tendance déjà anticipée par Isover qui a rajouté 4 500 m2 à son usine de laine de verre de Chemillé-en-Anjou (Maine-et-Loire), ouverte en 2009.

Côté travaux publics, les chantiers réalisés ont progressé entre janvier et septembre de 13,1 % sur un an. Le secteur bénéficie des élections municipales de mars prochain. Les dépenses en travaux publics devraient progresser de 6 % en 2019, à 3,18 milliards d’euros – un bol d’air pour une filière affectée ces dernières années par la baisse des dotations aux collectivités territoriales et de faibles investissements en début de mandat. Le groupe Fabemi, spécialisé dans les produits moulés en béton et en pierre reconstituée, a modernisé deux de ses sites. La suppression de la taxe d’habitation en 2021 pourrait contrecarrer cet élan.

L’énergie et l’environnement alimentent le territoire

Le grand événement énergie de l’année 2019 devait être la mise en service du réacteur nucléaire EPR de Flamanville (Manche). Mais un problème de soudure reporte au moins à 2023 le démarrage tant attendu. Les énergies renouvelables ont pu reprendre la vedette de la scène industrielle du secteur. L’année a été marquée par l’inauguration à Cherbourg (Manche) de l’usine de production de pales d’éoliennes géantes de LM Wind Power, une filiale de General Electric, ouverte un an plus tôt. Une autre bonne nouvelle dans l’éolien est venue faire oublier la liquidation du fabricant de mâts d’éolienne FrancEole, à Longvic (Côte-d’Or), fin juin. Le port du Havre a bouclé le financement de l’aménagement du site de 36 hectares pour la construction mi-2020 d’une usine d’éoliennes de Siemens Gamesa. Le solaire n’est pas en reste, malgré la liquidation de Sunpartner Technologies à Rousset (Bouches-du-Rhône). Le secteur a innové avec l’inauguration de la première centrale flottante d’Akuo Energy à Piolenc (Vaucluse), de la première centrale solaire mondiale thermodynamique à concentration de SunCnim à Llo (Pyrénées-Orientales) et de la centrale photovoltaïque avec stockage de Corsica Sole à Giuncaggio (Haute-Corse). L’hydrolien a eu à regretter l’arrêt d’un projet de CNR dans le Rhône. Enfin, côté chaleur, si les réseaux ont marqué le pas, on note des investissements dans le bois énergie.

Dans le recyclage, trois facteurs conjoncturels sont venus soutenir les investissements en 2019. L’extension en cours des consignes de tri, qui doit permettre à tous les Français de mettre tous leurs emballages alimentaires dans la poubelle jaune, exige la modernisation des centres de tri ou la construction de nouveaux sites, à l’instar de ceux de Paprec à Chassieu (métropole de Lyon, Rhône) et Chécy (Loiret), et de celui du Syctom à Paris XVe. Le durcissement des règles d’importation des matières pour recyclage en Chine a créé des opportunités de relocalisation du traitement de certains déchets, jusque-là largement exportés. C’est le cas de la nouvelle ligne de recyclage des films plastiques industriels de Suez à Orée-d’Anjou (Maine et Loire). Enfin, la nécessaire mise aux normes environnementales prend la forme de programmes de modernisation, tel celui de Derichebourg sur ses broyeurs de métaux. Le groupe a bénéficié du premier prêt Juncker de la Banque européenne d’investissement octroyé dans le secteur du recyclage, un symbole pour l’institution qui s’est décrétée "banque du climat".

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