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[Avis d'expert] Vers une inéluctable souveraineté soutenable et équitable

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Tribune Stéphanie Kerbarh, députée (LREM) de Seine-Maritime, plaide pour une souveraineté à dimension territoriale, inclusive, non pas fermée sur nos frontières mais fondée sur le respect de relations durables avec les partenaires de la France à l'international. Elle organise le 19 juin un colloque sur les investissements inclusifs et à impacts à l'international, dont l’enjeu est de plus en plus prégnant à travers le monde, notamment en Afrique dans le secteur des infrastructures et le secteur extractif (mines, pétrole, gaz).

[Avis d'expert] Vers une inéluctable souveraineté soutenable et équitable
Stéphanie Kerbarh, députée (LREM) de Seine-Maritime
© DR

Jamais la relocalisation "stratégique" de la production de produits essentiels n’a fait l’objet d’un tel consensus dans le débat national. Et on voit en même temps la commande publique se fournir en masques à l’étranger. Il faut reconnaître qu’une minute travaillée dans le secteur textile a un coût de 50 centimes en France, là où en Tunisie elle est à 8 centimes…

Cette crise sanitaire met avant tout en lumière le besoin d’une stratégie de souveraineté soutenable et équitable, associant tous les acteurs des territoires, en France autant qu’à l’international. Une réflexion sur le long terme dont la faisabilité impose quelques principes notamment territoriaux, capitalistiques et inclusifs.

Une dimension territoriale

En favorisant des chaînes de valeur industrielles reposant sur des écosystèmes territoriaux, notamment dans les secteurs stratégiques, on aboutit à un bénéfice sur l’impact carbone. L’économie circulaire peut renforcer la situation de nos entreprises, mais une garantie d’accès aux ressources et la transformation de l’outil de production s’imposent également.

Réduire notre dépendance à l’égard de certaines matières premières importées nécessite, de facto, une refonte de notre code minier, fixant les conditions acceptables d’une exploitation minière responsable, tout au long du cycle de vie d’une mine. L’avenir passera aussi par la revitalisation de l’agriculture et de l’industrie agroalimentaire, favorisant les circuits courts, une meilleure rémunération des agriculteurs et des produits de meilleure qualité.

Une souveraineté capitalistique

La réflexion est aussi capitalistique, avec une stratégie d’investissements d’État dans les secteurs à protéger et préserver, comme la filière ameublement qui voit le bois français partir en Chine. Le déploiement d’une stratégie d’investissements, publics comme privés, favorisant les entreprises soucieuses de leur empreinte environnementale et de leurs performances extra-financières est indispensable. Cette dimension pourrait d’ailleurs prendre la forme d’une meilleure intégration capitalistique des parties prenantes de l’écosystème et du territoire d’activité, au travers de l’actionnariat salarié, mais également des collectivités ou des fondations actionnaires.

Une souveraineté inclusive

Nous devons instaurer un dialogue multi-parties prenantes toujours plus ouvert, renforçant le lien social. Si l’Etat doit exercer son rôle de définition et de supervision de la stratégie nationale, la mise en œuvre est du fait des acteurs des territoires. A l’échelle d’une filière, c’est le dialogue entre fournisseurs, acteurs du territoire, salariés et représentants de la société civile qui est le plus à même d’identifier les risques, de trouver les solutions et d’optimiser les impacts positifs. Le temps est venu de réflexions multi-acteurs entre politiques, entreprises, acteurs de l’ESS et administrations, se formalisant en contrats durables territoriaux, fixant des objectifs et moyens prioritaires partagés, chacun jouant son rôle, en responsabilité.

La souveraineté n'est pas l'autarcie

Soyons réalistes, la France et l’Europe auront toujours besoin de partenaires économiques et de ressources. Ces principes de souveraineté soutenable et équitable ne seront efficaces au plan international que si nous prenons en compte les interdépendances avec nos pays partenaires. Les dimensions territoriale, capitalistique et inclusive de cette souveraineté permettront de renouveler des relations reposant sur le respect et la bienveillance.

Dans sa dimension territoriale, cette souveraineté internationale devra systématiser la recherche d’une interaction équitable avec les territoires d’approvisionnement stratégiques et la prise en compte des enjeux environnementaux. Il s’agira aussi de développer des liens économiques et socio-culturels forts avec et entre les territoires dont dépendent nos filières. Conforter durablement ces alliances à impacts deviendra un facteur de confiance et de préférence.

Des investissements à impact

Sur le plan capitalistique, nos investissements publics comme privés, dans les pays partenaires de nos filières essentielles, devront être guidés par cette recherche d’impacts. Indexer nos investissements, ainsi que notre aide au développement, sur l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD) fixés par l'ONU contribuera à la prospérité de ces territoires, confortant notre empreinte positive et des relations équitables et respectueuses.

L’inclusion enfin, portera ici un sens spécifique. Il s’agira d’intégrer toujours plus les partenaires stratégiques de la chaîne de valeur de nos entreprises agissant à l’international.

Dans les infrastructures, les partenariats publics-privés “People-First”, articulés aux ODD, devraient retenir toute notre attention. Tout comme la mobilisation de l’ensemble des acteurs français publics, privés et de la société civile autour de projets territoriaux aux côtés des parties prenantes locales, tel que le Club Abidjan Ville Durable.

Autant de pistes pour nourrir les nouvelles politiques publiques en France et à l’international, conciliant souveraineté, progrès et prospérité partagés avec nos partenaires.

 

Stéphanie Kerbarh, députée (LREM) de Seine-Maritime

Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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