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[Avis d'expert] Souveraineté numérique: les stratégies d’innovation à l’heure des choix

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Tribune Qu’elle soit numérique, industrielle, ou économique, la reconquête de la souveraineté prend tout son sens en cette période inédite de crise sanitaire. Les entreprises sont au cœur de ce défi dans un monde mondialisé où faire les bons choix technologiques s’avère la clé pour qu’elles gardent les rênes de leur innovation. De l’API economy au cloud computing en passant par l’intelligence artificielle, analyse des nouveaux paradigmes du monde technologique d’aujourd’hui. Par Christian Duprat, vice-président régional France, Royaume-Uni, Belgique, Luxembourg et Pays-Bas chez Tibco Software

[Avis d'expert] Souveraineté numérique: les stratégies d’innovation à l’heure des choix
Christian Duprat, vice-président régional France, Royaume-Uni, Belgique, Luxembourg et Pays-Bas chez Tibco Software.
© D.R.

"Nous devons rebâtir notre souveraineté" : si le Président Macron en a fait une promesse et une priorité nationale, c’est que la terrible pandémie qui nous affecte tous, nous oblige à repenser les choix passés, les dogmes ou les idéologies. Jadis suspecte, la reconquête de notre souveraineté, plébiscitée par neuf Français sur dix, prend un sens nouveau en période de crise : elle devient essentielle non plus seulement à notre sécurité, mais aussi à notre santé, notre alimentation, notre économie. Qu’en est-il pour les entreprises, depuis longtemps interconnectées dans un tissu mondialisé, vibrant au rythme des avancées et des nouveaux business modèles technologiques ?

Ce rythme frénétique de l’innovation leur a imposé, en quelques années, de faire des choix technologiques forts. Au prix parfois de décisions extrêmement structurantes, voire irréversibles. Dès lors, comment garder les rênes de son innovation sans suspendre son avenir aux feuilles de routes de ses fournisseurs ?

La question peut sembler surprenante, voire inappropriée, à l’heure de la scalabilité, de la souplesse, et de la sacro-sainte agilité, revendiquées d’une seule voix par la nouvelle ère technologique. Fini le temps des mastodontes, des fournisseurs uniques qui imposaient avec leur technologies, méthodes et façon de travailler sclérosantes…

Ouvrir le système d’information de l’entreprise, jusqu’où ?

Place à l’ouverture ! Dans la doxa de ce qu’il ne faut plus appeler informatique, cela semble simple et relever du bon sens : pour garder son indépendance vis-à-vis d’un écosystème tech de fournisseurs en perpétuelle évolution, les entreprises doivent surtout rester agnostique et rendre leur système d’information modulable et ouvert… Mais construire une stratégie d’innovation durable, face au rythme effréné des évolutions technologiques, n’est pas si simple !

C’est pourtant la promesse des acteurs de l’API economy : excellant dans une tâche très spécifique, comme le paiement ou les télécommunications, leurs briques logicielles se connectent au système d’information de l’entreprise pour l’enrichir de micro-services sans cesse mis à jour. Un marché en or de plus de 2 200 milliards de dollars : une entreprise sur deux utiliserait déjà plus de 300 APIs !
Mais attention aux mirages de la simplicité. Cette multitude d’API crée à son tour une formidable complexité et de nouveaux problèmes de sécurité, qu’il convient à leurs tours de gérer. A l’image du formidable boom du Software as a Service : chaque direction métier a cru pouvoir s’affranchir du département informatique et se précipiter sur les applications en ligne que leur faisaient miroiter les fournisseurs. Si la promesse a bel et bien été tenue, elle pouvait engendrer de nouveaux problèmes comme la multiplication des silos. Aussi pour éviter cette dérive, l’intégration, plus que jamais, s’est inscrite comme l’élément fondamental garantissant la qualité et l’accès au nouveau patrimoine de l’entreprise qu’est la donnée.

Le 100 % cloud, une liberté en trompe-l’œil ?

Ces changements auraient été impossibles sans le développement du cloud computing qui a rendu plus facile que jamais l’intégration au système d’information de l’entreprise de nouvelles technologies et de nouveaux services hébergés dans le nuage. En leur apportant plus de flexibilité et d’agilité, il a joué un rôle clé pour permettre aux entreprises de rester dans la course à l’innovation et suivre la formidable accélération du monde des affaires. Ce choc de simplification sera pourtant de courte durée : tour à tour privé, public, hybride, virtuel ou multi, le cloud est en train de donner naissance à de nouvelles complexités, de nouveaux besoins de gestion, de nouvelles servitudes.

Passant un temps pour une commodité, le département informatique se rappelle ainsi à l’entreprise par les missions régaliennes qu’il n’a jamais cessé d’exercer : la sécurité d’abord. Mais aussi, à l’heure où la data devient la clé de voute des organisations, en assurant l’intégration de cette galaxie de systèmes, de données, de collaborateurs et de processus issus tant de cette nouvelle donne technologique, que des systèmes historiques existants.

Le confinement imposé par le drame sanitaire que nous vivons, nous apporte un recul propice au questionnement des nouveaux paradigmes du monde numérique triomphant. Si la stratégie digitale de l’entreprise doit évidemment se caler sur sa stratégie business, elle peut tout à la fois être simplement à son service, mais aussi son moteur, l’aiguillon qui va contribuer à transformer l’organisation. Dès lors, pourquoi se priver d’une vraie réflexion sur ses options et l’impact de ses choix technologiques ?

Bien que clé, la souveraineté numérique des organisations est souvent sous-estimée. La guerre géopolitique qui se joue sous nos yeux autour de l’Intelligence Artificielle entre les grandes puissances, mais aussi l’utilisation du droit comme arme de guerre utilisant le prétexte de l’usage de telle ou telle technologie, ou encore les suspicions d’espionnage autour des infrastructures de télécommunications, sont autant d’exemples que les choix technologiques ne sont pas anodins en période de repli nationaliste. Amendes, espionnage, concurrence déloyal et dommages collatéraux… les entreprises ne seront pas épargnées par cette guerre.

Pour se préparer, nulle panacée, ni recette miracle. Il en va de la responsabilité des dirigeants, comme des départements informatiques, et des métiers : cela passera par une prise de conscience et d’importants efforts d’intégration et d’acculturation. Aux technologies, certaines anciennes, qu’on a failli oublier, et d’autres qu’on a trop souvent voulu externaliser, mais aussi et surtout à la donnée, aux nouveaux potentiels de l’IA, du Machine Learning et de l’Internet des Objets, pour faire advenir enfin une véritable culture analytique dans l’entreprise. C’est uniquement à ce prix, que chaque organisation pourra garder les rênes de son innovation et brandir, coûte que coûte, dans le cloud ou sur site, le drapeau de sa souveraineté numérique.

Par Christian Duprat, Vice-Président régional France, Royaume-Uni, Belgique, Luxembourg et Pays-Bas chez Tibco Software

Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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