[Avis d'expert] Relance industrielle et souveraineté sanitaire: produire en France c’est bien, acheter du Made in France c’est mieux!

Alors que la pénurie de masques au printemps dernier a durablement marqué les esprits, il est plus que jamais urgent de repenser les filières d’approvisionnement en dispositifs médicaux de l’hôpital public. Cette mobilisation est la condition sine qua non pour assurer tant la souveraineté sanitaire de la France que le renouveau de notre tissu industriel, estime Thierry Herbreteau, PDG de Péters Surgical.

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[Avis d'expert] Relance industrielle et souveraineté sanitaire: produire en France c’est bien, acheter du Made in France c’est mieux!
Pour les hôpitaux publics il faudrait privilégier la nationalité européenne de l’entreprise répondant aux appels d’offres.

Si l’exécutif français semble avoir pris la mesure des enjeux stratégiques que représente le secteur de la santé, le chemin est encore long pour que la France et l’Europe puissent offrir à leurs patients la garantie d’un approvisionnement optimal en dispositifs médicaux de qualité, et ce à tout moment et en particulier en cas de crise. Tous s’accordent à dire aujourd’hui que (re)construire une industrie de la santé résiliente et pérenne, telle que l’est celle de la Défense, est l’une des conditions sine qua non de la prospérité et de l’indépendance nationales et européennes.

Mais, au-delà des intentions, des ambitions que nul ne conteste, de quelle mise en oeuvre concrète parle-t-on ?

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Produire en France nécessite avant tout un cadre fiscal prévisible et compétitif. La baisse des impôts de production prévue dans le plan de relance est évidemment bienvenue mais l’effort national doit être maintenu sur le long terme. 10 milliards d’euros par an, c’est bien mais malheureusement insuffisant, une baisse supplémentaire de 28 milliards d’euros serait nécessaire pour résorber l’écart à la moyenne européenne, et une baisse de 56 milliards d’euros pour résorber l’écart avec l’Allemagne !

D’ailleurs, contrairement à ce que d’aucuns décrient par ignorance ou mauvaise foi, ce soutien ne serait pas "à sens unique" : investir dans cette industrie en "jouant" sur le levier de la fiscalité, c’est investir pour le bien commun, pour notre souveraineté sanitaire mais aussi pour la création d’emplois pérennes au cœur de nos territoires.

En revanche, un tel investissement ne peut être efficace que si les industriels du dispositif médical européen peuvent aussi pleinement s’appuyer sur un marché domestique attractif pour le "Made in France/Europe".

Or, la réalité est cruelle : nos hôpitaux publics sont pour leur immense majorité fournis en dispositifs médicaux extra-européens, alors même que notre filière est reconnue au niveau mondial pour son savoir-faire pionnier et ses capacités d’innovation.

Pour le comprendre, il suffit de se pencher sur notre code des marchés publics qui, à valeur clinique égale, va faire reposer le choix de l’opérateur sur un unique critère : le prix. De fait, à quelques centièmes d’euros près parfois, de grands groupes asiatiques et américains qui ont la taille critique, les volumes et donc des coûts de revient plus bas, sont systématiquement favorisés. Des pays où, par ailleurs, les exigences en matières sociale et environnementale sont moindres et la charge fiscale plus légère…

Les enjeux induits par ce qui peut apparaître comme un "détail juridique" sont considérables : les difficultés que peut connaître la filière française et européenne du dispositif médical ont des conséquences directes sur les ambitions en matière de relance industrielle et de souveraineté sanitaire. Avec un chiffre d’affaires de 30 milliards d’euros en 2019 et plus de 90 000 emplois directs, le secteur en France est composé à plus de 93 % de TPE/PME et ETI. Près de 1 500 entreprises implantées sur tout le territoire national qui demandent à ce que l’argent public permettent de rattraper le retard pris en matière de modernisation de leur outil industriel, d’investissement dans la formation aux technologies du futur ou encore de soutien à l’innovation, en particulier celle du numérique et de l’écologie.

Au contraire, l’Allemagne n’a pas attendu la crise sanitaire et économique actuelle pour intégrer, dans sa législation, à côté du critère économique, celui de la nationalité européenne de l’entreprise répondant à l’appel d’offres. Un critère qui sert à pondérer la note finale et conforme à la liberté de concurrence européenne.

En face, l’exportateur français se heurte aux Etats-Unis, à la Chine et au Japon à de strictes règles pour accéder à leurs marchés intérieurs. Sans pour autant verser dans le protectionnisme, pourquoi ne pas enfin appliquer le principe de réciprocité commerciale ? Le gouvernement et le législateur français doivent se servir de l'exemple qui fonctionne pour le tissu industriel d’Outre-Rhin, le fameux "Mittelstand"

Pour donner corps à l’ambition politique affichée en matière d’indépendance sanitaire et de renouveau industriel, la France doit changer sa législation en matière de marchés publics de santé : c’est une urgence à la fois sociale, économique et stratégique. Produire en France c’est bien, achetez du Made in France en matière médicale en France, c’est encore mieux !

Par Thierry Herbreteau, PDG de Péters Surgical

Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine nouvelle.

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