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[Avis d'expert] Privilégier le Made in France, non pas au mépris de tout, mais en conscience

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Made in France Les vertus du Made in France pour l’emploi comme pour l’environnement sont connues, mais elles se révèlent encore plus évidentes lorsque les frontières se ferment et que les approvisionnements peinent à arriver du bout du monde. L’une des leçons à tirer du moment si particulier que nous vivons est sans doute que privilégier, dès que possible, des chaînes logistiques courtes permet, en plus d’avoir un impact positif sur la société, d’être plus résistant. Par Pascal Portelli, président du directoire de Delta Dore, ETI spécialisée dans la maison et le bâtiment connectés.

[Avis d'expert] Privilégier le Made in France, non pas au mépris de tout, mais en conscience
Pascal Portelli, président du directoire de Delta Dore
© D.R.

En temps de crise, il fait bon produire en France

Le manque de masques, de respirateurs, de gels au début de la crise du Covid-19 a révélé plus fortement que jamais les contradictions de la mondialisation. Produire en France n’a jamais semblé aussi stratégique. Et ce qui est valable en temps de crise et pour un domaine en particulier comme le sanitaire, l’est aussi en dehors et pour d’autres.

D’autant que lorsqu’une crise survient, elle entraîne avec elle une désorganisation et une confusion qui peuvent mettre plusieurs mois à se résorber. Si l’impact RSE (responsabilité sociale des entreprises) d’une production en France est généralement positif, cela conduit aussi à réduire ces désordres. Quand sa chaîne logistique est morcelée dans le monde entier, il devient plus difficile de maintenir son activité. De plus, en termes de traçabilité comme de contrôles, là encore, il est plus simple de parcourir quelques kilomètres pour discuter avec un fournisseur que de se rendre dans une usine en Asie. Produire et s’approvisionner en France donne également la possibilité de commander des pièces en plus petites quantités et donc de mieux maîtriser ses délais.

Comparer pour mieux choisir

Pour autant, tout n’est pas possible en France. Certaines productions depuis longtemps délocalisées en Asie, comme les composants électroniques, semblent complexes à rapatrier. En revanche, pour tout ce qui touche aux machines et matériels liés à la fabrication, aux composants comme le plastique ou le carton, nos PME répondent présentes.

Reste qu’il ne s’agit pas de s’approvisionner à tout prix chez des fournisseurs français. La qualité doit toujours primer sur le reste. Nous ne sommes pas les meilleurs dans tout. Mais nous avons la chance en France, et plus globalement en Europe, de disposer de nombreux industriels très compétents et compétitifs. Profitons-en !

Prenons le temps de nous renseigner, de tester et de comparer. Depuis plusieurs années maintenant, les écarts de coûts qui existaient entre l’Europe et l’Asie tendent à se réduire. D’un point de vue strictement économique, les décisions de délocalisation ont moins de sens qu’avant. Le jeu n’en vaut pas toujours la chandelle.

La tendance est là et doit se renforcer

Ce n’est pas pour autant une lame de fond qui nous attend et toutes les industries ne se fourniront pas, ni ne produiront demain en France. Ce n’est d’ailleurs pas souhaitable ni réalisable. Nous ne devons pas devenir un pays renfermé sur lui-même. Mais là encore, si l’on doit s’approvisionner ailleurs, alors il faut le faire de la façon la plus responsable possible.

Nous avons trop longtemps laissé croire que la main-d'œuvre à bas coût, employée au mépris de règles sociales élémentaires, et l’acheminement de produits en avion étaient des pratiques acceptables. C’est de moins en moins le cas, heureusement. Et, si je doute que cela pèse fortement dans la décision d’achat final de nos produits, les entreprises françaises ont néanmoins le devoir d’y mettre un terme. Pourquoi ne pas, par exemple, imposer une taxe carbone sur les produits importés, ce qui réduirait le recours au fret aérien ? Quand un produit pollue ou contribue au réchauffement climatique, cela doit se répercuter sur son prix et inversement. Et, bien sûr, cela devrait accélérer la transition vers de meilleures pratiques.

Notre avenir commun est ici

Nous partageons tous la même planète. En sortant de cette crise sanitaire, nous n’aurons pas résolu celle du climat. Les rapatriements d’industrie auront lieu dans les secteurs critiques comme celui de la pharmacopée avec les principes actifs pour les vaccins ou la production de masques. Et, j’ai bon espoir que cette dynamique s’étende à une majorité d’industries.

De notre côté, nous avons fait depuis longtemps le choix de fabriquer massivement en France. Nos approvisionnements pour la fabrication et la finition de nos produits (plastique, emballage carton, outillages, machines…) proviennent exclusivement du territoire ou à défaut, d’Europe, parfois à seulement quelques kilomètres de nos usines. Nous sommes convaincus que nous avons emprunté le bon chemin. Pour que cette démarche se généralise, il faut désormais créer en Europe des clusters de production comme en Chine, afin que toute la chaîne logistique suive.

Ainsi, privilégier la France lorsque cela sera possible, puis l’Europe et enfin le monde en dernier recours deviendra une évidence pour tous !

Pascal Portelli, président du directoire de Delta Dore

Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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