[Avis d'expert] Pas de restructuration des flux sans le numérique

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Tribune Pour le directeur général de l'Epitech, Emmanuel Carli, la crise de la Covid 19 signe l'échec d'un modèle créé au... XXe siècle. Pour lui, il est urgent de hacker ce modèle, d'en créer un nouveau en s'appuyant sur le numérique. 

[Avis d'expert] Pas de restructuration des flux sans le numérique
Le directeur général d'Epitech, Emmanuel Carli.
© Epitech

À la faveur du Covid-19, Dame Nature impose à l’humanité de relever un défi gigantesque. L’horreur et l’angoisse d’affronter massivement la mort, qui semblaient ne jamais vouloir sortir des livres d’histoires, font leur grand retour. Une fois de plus, l’évolution naturelle énoncée par Darwin frappe ceux qui ne sont pas adaptés à la situation : les malchanceux qui croisent "les vilains petits méchants", comme Pasteur aimait appeler les virus.

Virus informatiques et Covid

Au 21ème siècle, à la manière des virus informatiques, artificiels, qui se propagent grâce à l’interconnexion mondiale, le monde biologique utilise - lui - ses virus, naturels, et les flux humains pour progresser à grande vitesse à travers un réseau aérien qui en juillet 2019 recensait près de 230 000 vols par jour.

Quand le mal est là, que les solutions manquent à l’appel, que les avis scientifiques divergent, que les communicants en soif d’audience alimentent l’entropie, que les gouvernements tentent de remédier à une mondialisation qui ne tient pas ses promesses d’interdépendance, les certitudes s’estompent et le plus important ressurgit : il faut survivre à n’importe quel prix.

Comme dans toutes les réactions, il y a des catalyseurs qui accélèrent le mouvement. Dans cette crise, il s’agit des flux humains. Jusqu’alors, leur intensité était telle que nous n’avons pas été en mesure de contrôler la propagation du virus. Leur arrêt a été si rapide que nous avons été contraints dès les premiers instants de stopper la vie économique et les chaînes logistiques, poussant les gouvernements à l’aveu de faiblesse, tout aussi inconfortable pour eux que pénalisant pour leurs administrés.

Hacker le 20e siècle

La sortie par le haut est-elle possible au moment où l’on commence à mesurer la violence de la déflagration économique ? Après tout, comme le disent les Chinois, une crise ce sont des risques et des opportunités. Alors profitons-en pour écrire un nouveau logiciel, hackons le 20ème siècle car il s’agit bien là d’une crise héritée du siècle précédent.

Si nous ne voulons pas affronter dans un avenir proche une crise écologique majeure, il nous faut prioritairement accélérer la diffusion de nouvelles technologies et réduire nos flux terrestres, maritimes et aériens. En clair, si nous voulons rester interdépendants, comme le disait l’auteur américain Stephen Covey, il faudra devenir indépendant et revoir tous nos flux économiques et industriels.

Pour entrer pleinement dans le 21e siècle, nous devons changer de paradigme et adopter de nouvelles habitudes. Cela concerne d’abord nos déplacements avec la réduction des flux aériens qui s’impose pour préserver notre environnement. Grâce aux nouvelles technologies, on ne voyagera plus demain comme on le faisait hier. L’essor de la réalité virtuelle est une piste à explorer, et le confinement a montré qu’il était possible de visiter un musée depuis chez soi. En effet, les développements se poursuivent chez les fournisseurs de technologies qui produisent des versions plus performantes, immersives et légères de leurs casques de VR. Pour Facebook, ce sera un successeur à l’Occulus Quest tandis qu’Apple est toujours à la recherche d’un successeur de son célébrissime iPhone. Quant aux musées, nombreux sont ceux qui prennent ce virage, à l’instar du musée du Louvre qui s’associe à HTC pour développer une expérience autour de la Joconde.

Nouveaux rapports au travail

De la même manière, cette crise a révélé l’urgence de repenser les rapports humains et sociaux au travail. Si le numérique ne peut et ne doit remplacer les interactions physiques, il permet encore aujourd’hui à de nombreux actifs de travailler à distance. Nous devons donc mettre le numérique au service de l’efficacité des entreprises et de la qualité de vie de leurs salariés. Dans le sillage du boom de l’utilisation des plateformes collaboratives telles que Zoom, Teams ou Slack, les éditeurs travaillent très activement à rendre la collaboration en ligne plus efficace et fiable. Dorénavant, parce que le numérique contribue à réduire les flux urbains et à combler la fracture territoriale, le lieu de résidence ne sera plus un carcan qui réduit à peau de chagrin les opportunités professionnelles.

Pour autant, cette transformation digitale sera inopérante si nos concitoyens ne maîtrisent pas ces outils et si la fracture territoriale cède la place à une fracture numérique. Il est donc impératif de renforcer dès le plus jeune âge et tout au long de la vie la formation au numérique. C’est un enjeu majeur pour les générations actuelles et à venir et une condition sine qua none à la réduction des flux. La perspective des Assises du numérique éducatif qui se tiendront à l’automne prochain offre une opportunité qu’il nous faut saisir pour engager nos enfants dans un véritable apprentissage des usages numériques.

Si nous poursuivons dans la direction actuelle sans changer de cap, nous devons nous préparer à d’autres épreuves et d’autres crises. Nous vivons dans un monde analogique dans lequel la somme des forces est toujours égale à zéro et pouvons disparaître si une force contraire est plus forte …. même si elle ne mesure que quelques micromètres. Alors, oui, réorganisons nos flux, le numérique est là pour nous y aider !

Emmanuel Carli, directeur général des écoles Epitech

Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle. 

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