Economie

[Avis d'expert] Lettre ouverte au gouvernement: "Pour créer 700 000 emplois, donner sa chance au réemploi"

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Tribune "Une nouvelle vie de qualité !". C’est le vœu de tous alors que nous imaginons l’après-Covid-19. Ce nouveau monde doit permettre une transformation des modèles de production et de consommation vers la durabilité et la circularité. Par Benoit Varin, co-fondateur Recommerce et président RCube, avec le soutien de Matthieu Orphelin, député.

[Avis d'expert] Lettre ouverte au gouvernement: Pour créer 700 000 emplois, donner sa chance au réemploi © D.R.

Actuellement aux niveaux local, régional, français ou européen, tous les décideurs politiques ou économiques s’accordent pour fixer des objectifs écologiques ambitieux. C’est le cas de la loi française relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire (Lagec) et du Green deal européen qui préfigurent ce monde nouveau. Cependant, il est nécessaire de se donner les moyens de ses ambitions.
Nous, acteurs du réemploi et de la réparation, travaillons à développer un modèle vertueux sur le triple plan économique, social et environnemental. Mais nous pourrions aller plus loin : le marché du réemploi en France pourrait être multiplié par trois en trois ans, soit 300 milliards d’euros, et les emplois directs multipliés par sept, soit plus de 700 000 travailleurs.

A titre d’exemple, 113 millions de téléphones portables dorment dans les tiroirs des Français, soit plus de 20 milliards d’euros de ressources inutilisées. Nul besoin d’aller s’approvisionner en produits neufs à l’autre bout du monde, il suffit de réparer ou reconditionner ceux que nous avons déjà !

En outre, cela représenterait plus de 3,60 milliards de tonnes d’équivalent CO2 évitées. Mais les possibilités du réemploi s’étendent à bien d’autres secteurs concernant à la fois le grand-public, les professionnels et les industriels : le bâtiment, le jardinage et le bricolage, le textile, la mode, le sport, les jouets, l’automobile, la monétique ou encore la restauration.

Un monde écologique et circulaire est à co-construire. La matière première, les talents et l’expertise sont là, à nous de libérer ce potentiel, mais à vous de nous y aider. Nous demandons à ce qu’à minima trois conditions soient respectées simplement pour permettre de relocaliser des emplois en France et créer une vraie économie circulaire locale :

En premier lieu, le marché de la seconde vie doit respecter une concurrence loyale et saine pour éviter toute distorsion de concurrence avec les produits neufs mais également entre les produits reconditionnés non-européens et le secteur du déchet. Distorsion introduite en majorité par le fonctionnement actuel de la plupart des marketplaces qui deviennent malgré eux, le cheval de Troie de pratiques et de produits non respectueux des réglementations principalement fiscales, avec des services au rabais et une tendance à tirer les prix vers le bas où seuls certains acteurs majoritairement asiatiques arrivent à vendre.
En deuxième temps, nous appelons à augmenter les investissements publics et privés dans la filière et à refondre la gouvernance des filières pour que tous les acteurs du réemploi – notamment ceux du secteur marchand – participent à la gestion des flux, des éco-organismes et des fonds créés par la Lagec. La loi prévoit que le fonds pour le réemploi soit alimenté par 5 % des éco-contributions. Face aux enjeux environnementaux, cela semble bien peu pour soutenir le secteur. Nous estimons qu’un fonds de 500 millions d’euros est nécessaire pour investir dans la filière (unités industrielles, R&D, formation, campagne de sensibilisation du grand public, etc…).
En troisième temps, respecter et faire respecter de manière stricte la “hiérarchie juridique de gestion des bien usagés” comme cela est instauré dans la loi, permettant de valoriser le réemploi et d’alimenter en flux d’équipements et de matière le secteur de la seconde vie. Cette hiérarchie doit maintenant se retrouver dans la vie réelle ! Le système de bonus/malus introduit par la Lagec est un premier pas mais d’autres semblent nécessaires : réel accès aux gisements de ressources gérés par les éco-organismes (qui font tous aujourd'hui entre 2 et 5 % de réemploi au réel sur l'ensemble de leurs flux), taux de TVA réduit, quota d’achats publics de produits reconditionnés, etc. Ces avantages pourraient être conditionnés à des contrôles et l’obtention de reconnaissance comme le "Label Produit Reconditionné".

Nos concitoyens conditionnent de plus en plus leurs achats à des critères environnementaux et sociaux. La réalité économique doit répondre à ces aspirations et les tarifs de réparation d'un produit ne doivent pas représenter plus que 30 % du prix d'un produit neuf. Voilà déjà certaines actions qui permettraient de changer les filières pour une seconde vie de qualité ! Pour nos produits, notre planète et pour nous tous !

Par Benoit Varin, Co-fondateur Recommerce et Président RCube

Avec (Co-rédacteurs) :

Christophe BATARDIERE (Président groupe Espace Emeraude), Thierry Boucard ( Président-Fondateur Exatec Group), Darani Sivathasan (Co-fondatrice Phone 2000, GSM MASTER), Bastien Rambaud (Cofondateur Vesto), Kamera Vesic (Cofondatrice PikpikEnvironnement), Benjamin Burel (Co-fondateur PSM Lorient), Adrien Montagut (Commown), Philippe Correia (Cofondateur Segundo), Mohamed Sefane (Président Co-fondateur Les Artisans du Mobile), Renaud Attal (Président Co-Recyclage), Shu Zhang (Présidente Pandobac), Pierre-Etienne Roinat (Président Co-fondateur Recommerce), Stanislas Lebas (Président Access Recycle), Gautier Feld (Président DOKIT), Emmanuel Morel (Co-fondateur Directeur Articonnex), Peter Nassa (Co-fondateur Média Destock), Hélène de La Moureyre (présidente fondatrice Bilum), Cédric Madianga (formateur et Directeur Général eRepair Academy), Christophe Deuil (Président Zéro Impact), Stéphane Brault-Scaillet (Co-fondateur & CEO Reparcar.fr), Lorraine Le Baud, Jérémy (Président Nippe)

Et le soutien de : …
Matthieu Orphelin (Député), Fabrice Bonnifet (Président C3D), Alma Dufour (Chargée de projet Les Amis de la Terre), Jean-Christophe Chaussat (Président Institut du Numérique Responsable), Fabrice Flipo (Enseignant chercheur Institut Mines Télécom), Julien Achour (Leader Seconde Vie Décathlon),  Mathieu Cornieti (Président IMPACT Partners),  Olivier de Trémaudan (Président Alter Aequo), Frédéric Bordage (président GreenIT.fr), Françoise Berthoud (présidente EcoInfo, CNRS), Christian Makaya (Responsable valorisation ECAM-EPMI), Julien Coulon, Antoine Jeanjean. François-Michel Lambert, (Député et Président de l’Institut de l’Economie Circulaire), Edouard Menantaud (co-fondateur Wefix), Nicolas HENNON, (Leader People & Planet Boulanger), Bertrand de Talhouët (DG Creadev), André Brouchet (EcoBusiness Angels).

Les avis d'expert sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et n'engagent pas la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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3 commentaires

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23/05/2020 - 17h03 -

Il faut peut être aussi "légèrement" dérèglementer, denormaliser, car toute nos activités sont extrêmement réglementées : Dans le batiment, meme dans la rénovation, il est très difficile de réemployer des produits. Quid de la garantie décennale ? De l'assurance dommage ouvrage ? Bref, cela necessitera une vraie revolution culturelle.... Qui serait la bienvenue ?
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22/05/2020 - 12h10 -

N'importe quoi !!!..Continuer d'injecter l'argent des Français pour soutenir notre industrie, laminée par la concurrence des entreprises mondialisées, faisant produire sans contrainte de salaire minimum, d'heures travaillées,de règles environnementales, de code du travail, de règles sociétales, comme la sécurité sociale ,le droit au chomage ou la retraite,ne produira pas d'emplois et conduit immanquablement le pays vers la ruine ! La remise en cause des acquits cautionnée par ses élus -qui ne dit rien consent- qui signent les accords concurrentiels, visent en réalité à priver l'employé de ses droits pour lui faire accepter par la contrainte financière de travailler plus pour moins cher .
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15/05/2020 - 12h01 -

BRAVO pour ce plaidoyer pour le réemploi ! Plusieurs de mes amis sont signataires et je les rejoins volontiers. L'ère de l'économie symbiotique est-elle arrivée ? En conjuguant le futur au présent, via l'émergence en Bretagne (cf REDON Agglomération) et ailleurs, des "écosystèmeshydrogène locaux" le réemploi systématique permet à chacun d'être plus responsable, plus conscient, plus constructif. andrebrouchet@aubonconseil.fr Président du Club des ecobusinessangels et d'AuBonConseil
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