[Avis d'expert] Le vrai défi de la transition énergétique et écologique n’est pas technique, mais social

Limiter le réchauffement à 2 °C et atteindre la neutralité carbone d’ici à la fin du siècle nécessite de mettre en place un rythme de transition supérieur à celui de toutes les transitions précédentes. Pour réussir ce défi, il faudra, selon Vincent Escoffier, directeur associé chez Cepheïd Consulting, engager un débat démocratique et obtenir l'adhésion de tous.

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[Avis d'expert] Le vrai défi de la transition énergétique et écologique n’est pas technique, mais social
Selon Vincent Escoffier, directeur associé chez Cepheïd Consulting, il faut engager un débat démocratique et obtenir l'adhésion de tous pour réussir la transition énergétique et écologique.

"Les faits sont là : la planète va mal", déclarait récemment Alice Desbiolles, médecin en santé publique spécialisée en santé environnementale. Dans cette même interview, elle en appelait à l’émotion pour créer un sursaut collectif dans la lutte contre le dérèglement climatique.
Rhétorique éprouvée : l’ensemble des problèmes écologiques est ramené à une entité qui nous dépasse, la planète. Cette entité serait douée de vie : elle souffre. L’être humain serait responsable de sa souffrance, bientôt de sa mort. Face à une telle culpabilité, ce n’est plus de l’émotion, c’est un effroi quasi-religieux qui saisit le citoyen. Avons-nous un jour pris de bonnes décisions de politique publique sur la base de l’effroi religieux ? La planète a déjà connu des changements climatiques, des changements d’atmosphères, des extinctions de masse, des effondrements d’écosystèmes. Ce n’est pas la planète qui est menacée, mais bien les conditions de la vie humaine sur terre.

Plus que jamais nous avons besoin de la raison, du débat démocratique et de l’adhésion de toutes et tous aux mécanismes de décision. C’est la première condition de succès de la transition.

Accélérer le rythme de la transition est possible

La transition énergétique et environnementale est une course contre la montre. Limiter le réchauffement à 2 °C et atteindre la neutralité carbone d’ici à la fin du siècle nécessite de mettre en place un rythme de transition supérieur à celui de toutes les transitions précédentes.
D’un point de vue économique et technologique, c’est envisageable. Cette transition possède des caractéristiques qui laissent penser qu’elle pourrait même être beaucoup plus rapide que les transitions précédentes.

Premièrement, les énergies renouvelables sont également réparties dans le monde, ce qui permettra d’éviter les freins dus à la lenteur de propagation. Deuxièmement, l’énergie produite ne sera pas différente de celle du précédent système : il s’agit toujours d’électricité, ce qui signifie que l’infrastructure nécessaire à son acheminement et à son usage existe déjà, en grande partie. Enfin, pour la première fois dans l’histoire, cette transition est consciente et la volonté politique, plus forte que jamais. En bref, le succès apparaît, à tous points de vue, à notre portée.

De la faisabilité à l’acceptabilité sociale

Toutes les forces à l’œuvre dans cette transition risquent ainsi d’accroître les tensions qui traversent la société française, pour ne parler que de celle-ci : villes contre campagnes, jeunes contre seniors, CSP+ contre catégories intermédiaires et ouvrières.

Mais, quels que soient les facteurs d’accélération, ils ne serviront à rien si la société refuse les changements. Or, ceux-ci seront douloureux. La transition énergétique et environnementale s’accompagnera d’ajustements structurels importants : les industries vont se transformer ; certains emplois seront supprimés, tel que ce fut récemment le cas dans l’usine d’injecteurs diesels Bosch à Rodez ; des reconversions seront nécessaires. Dans le même temps, le prix de l’énergie sera augmenté, le plus souvent par un système de taxes (taxe carbone, contribution au service public de l’électricité) qui affectent proportionnellement davantage les revenus modestes.
Toutes les forces à l’œuvre dans cette transition risquent ainsi d’accroître les tensions qui traversent la société française, pour ne parler que de celle-ci : villes contre campagnes, jeunes contre seniors, CSP+ contre catégories intermédiaires et ouvrières. Tous les sondages montrent que les perceptions des enjeux et de l’urgence climatique épousent ces différentes lignes de faille.

Face à cette situation, deux risques politiques menacent la transition : ne rien faire par peur du rejet ou par incapacité à dépasser les blocages, ou avancer aveuglément et disloquer la société. Entre ces deux écueils, le chemin est étroit. Il n’y a de place ni pour la magie ni pour l’émotion. L’adhésion se trouvera si l'on sait faire appel à la science comme fondement de l’analyse, à la raison comme instrument du débat et à la démocratie comme principe de décision.

Compte tenu du niveau de défiance qui prévaut aujourd’hui vis-à-vis de ces trois éléments, l’inquiétude est légitime. Réinventer un contrat social qui assure la confiance en ce triptyque est un chantier au moins aussi urgent que celui des énergies renouvelables. Il est temps de s’y atteler !

Par Vincent Escoffier, directeur associé chez Cepheïd Consulting

Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.


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