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[Avis d’expert] "Le futur président ne doit pas être le chef d'orchestre du Titanic"

Publié le

Tribune Pour Gérard Mardiné, secrétaire national confédéral de la CFE-CGC, en charge de l’économie, de l’industrie et du développement durable, le seul véritable projet politique économique devrait être une régulation équitable de la mondialisation, avec l’Europe en première ligne pour ce combat.

[Avis d’expert] Le futur président ne doit pas être le chef d'orchestre du Titanic © Xavier Renauld

Les entreprises citées

Le débat autour de la politique économique du prochain quinquennat s’enrichit progressivement de propositions de mesures et des chiffrages associés, mais continue de manière surprenante à ignorer largement le contexte sociétal et l’acceptabilité, par le corps social, des dispositions proposées. Comme si un catalogue de mesures à caractère technique, fassent-elles l’objet d’un chiffrage détaillé, pouvait suffire à décrire un projet de société emportant l’adhésion du plus grand nombre !

Il est essentiel de d’abord formuler un diagnostic objectif de la situation actuelle de notre pays et de son environnement. C’est une condition indispensable à la définition de mesures pertinentes et efficaces. On ne résout efficacement et durablement les problèmes qu’en remédiant à leurs causes, et pas en tentant d’en masquer temporairement les conséquences.

Le monde ne joue pas avec les mêmes règles du jeu

Le système de libre-échange concurrentiel a été progressivement dépossédé de son principal atout : la diffusion large, auprès de la population, du progrès résultant de l’émulation induite par une concurrence saine et organisée. Les raisons : une déréglementation croissante induite par la mondialisation et l’insuffisance, voire l’absence dans certains domaines, de règles au niveau international.

Il en résulte un dumping social et environnemental, doublé d’un sentiment d’injustice des populations. Elles voient que tout le monde ne joue pas avec les mêmes règles du jeu, ce qui entraine un rejet de plus en plus large du système mondialisé, devenu ultra-libéral, et la tentation du repli sur soi-même.

L’Europe conçue comme un simple espace de libre circulation des hommes et des capitaux est de plus en plus rejetée par les citoyens. Elle ne pèse pas assez de son poids économique pour être prescriptive d’une véritable régulation équitable, visant à supprimer les distorsions aberrantes existant vis-à-vis des géants de la mondialisation. A cet égard, l’ouverture des marchés publics à la concurrence étrangère est emblématique : en Europe, elle est de plus de 90% ; aux Etats-Unis, de moins de 50% ; en Chine, la réalisation avec un partenaire chinois est impérative !

Crise démocratique

Il en résulte une crise démocratique : la mondialisation et le néo-libéralisme qui l’a envahie, ont dépossédé les dirigeants élus démocratiquement d’une grande partie de leur pouvoir au détriment des "milieux financiers", élus par personne, qui prennent leurs décisions en fonction de leurs intérêts propres et qui ont un pouvoir de lobbying très fort. Les citoyens réalisent tous les jours un peu plus que des responsables politiques sont devenus les serviteurs zélés d’une caste dominante, qui ne défend plus l’intérêt général, avec pour conséquence un dégoût pour la politique, mais paradoxalement pas un désintérêt !

Le véritable projet de politique économique des prochaines années devra donc être de réconcilier l’économie de marché avec l’intérêt général de notre pays et le bien-être de nos concitoyens, via une démarche responsable et durable. La mise en opposition droite – gauche ou conservatisme - réformisme n’a plus de sens et ne vise qu’à masquer le manque d’idées de ceux qui la prônent.

Le rôle de l’économie est d’abord de fournir des biens et des services utiles et nécessaires aux populations et pas de tirer le maximum de profits au bénéfice d’un nombre de plus en plus réduit. L’économie et les entreprises sont régies par des équilibres qu’il faut s’attacher à préserver. Un bon fonctionnement de l’économie de marché au bénéfice de l’intérêt général des populations, soutenable dans la durée, nécessite de renforcer sa régulation sous forme de règles, les incitations de différentes natures finissant le plus souvent par être détournées de leur objectif ou contournées.

Définir des règles internationales

Les échanges s’étant mondialisés, il faut définir urgemment un corpus de règles au niveau international. L’Europe devrait être la figure de proue de sa promotion, voilà qui serait autrement plus utile que de négocier dans l’opacité des accords de libre-échange bilatéraux ! Il ne s’agit pas de réinventer une économie administrée mais de rétablir une économie de marché fonctionnant sur des bases saines et durables.

La diffusion croissante des technologies numériques fournit opportunément un prétexte à de nombreux acteurs pour promouvoir encore plus de dérégulation et de flexibilité du travail. La frénésie numérique que manifestent beaucoup d’acteurs du domaine vise avant tout à promouvoir leurs intérêts propres, les politiques suivant le mouvement pour cultiver leur image de modernité. La vitesse de diffusion du numérique devra nécessairement être régulée et réfléchie pour maitriser les risques systémiques majeurs qu’il induit, à commencer par les enjeux vitaux de cybersécurité et de respect des libertés individuelles. Son déploiement doit se faire au bénéfice de l’intérêt général, en assurant l’égalité d’accès aux services à tous les citoyens et sans donner lieu à un détournement de pouvoir au détriment de celui de notre démocratie.

Une société, pour être efficace et stable dans la durée, doit être organisée en prenant soin de respecter l’équilibre entre la satisfaction des aspirations des individus et la nécessaire structuration collective permettant d’avoir une société performante et un bon niveau de cohésion. Il est depuis longtemps démontré que c’est la taille de la classe moyenne qui détermine la stabilité d’une société. Sa diminution actuelle n’est pas un bon signe, la politique économique et sociale doit viser à la redévelopper.

Nos concitoyens veulent appréhender la vision sociétale qu’on leur propose. Ils n’attendent pas de leur futur président qu’il soit le chef d’orchestre accélérant le rythme de la partition dans le salon du Titanic alors que celui fonce droit sur un iceberg. Mais plutôt qu’il en soit le capitaine visionnaire et compétent, travaillant en équipe à la passerelle, pour éviter les obstacles et amener tous les passagers à bon port.

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