[Avis d'expert] L’avenir de l’industrie appartient à l’universal automation

L’industrie doit tirer les leçons des bouleversements que connaît le secteur informatique depuis plus de vingt ans et s’extraire de sa dépendance à des systèmes propriétaires qui constituent un frein à l’innovation. Il est temps qu'elle s’inspire de cette dynamique en misant sur des systèmes d’automatisation standardisés, ou « universal automation », pour réaliser les promesses de la quatrième révolution industrielle, explique Marc Fromager, le vice-président de la BU Industrial Automation de Schneider Electric France.

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[Avis d'expert] L’avenir de l’industrie appartient à l’universal automation
Selon Marc Fromager, l’industrie a tout à gagner en optant pour l'universal automation, c'est-à-dire des systèmes ouverts et standardisés plutôt que propriétaires.

Dans le monde de l’IT (information technology), la révolution qui s’est opérée lorsque l’on a séparé le hardware du software a été synonyme d’un véritable changement des mentalités. Les systèmes d’exploitation ouverts, comme Linux, ont encouragé un large écosystème de développeurs à créer un portefeuille riche et étendu de solutions et services logiciels portables, innovants et économiques. Si les réticences ont été de mise à l’époque, elles se sont progressivement estompées au profit d’un franc enthousiasme. C’est le risque que l’on prend à challenger le statu quo !

30 milliards de dollars d’économies

Aujourd’hui, la dépendance des automatismes au hardware dans les entreprises industrielles constitue un frein pour la transformation digitale des lignes de production. En faisant converger la physicalité du monde industriel de l’OT (operational technology) et la perspective digitale de l’IT, l’industrie pourra enfin bousculer le modèle en place, qui n’a que peu changé ces cinquante dernières années, et mieux s’adapter aux exigences actuelles du marché et des attentes des consommateurs finaux.

Le principe est le même : avoir un seul système ouvert qui assure un mode de fonctionnement quelles que soient la base et la machine sur laquelle il est installé, au même titre que les programmes de traitement de texte que l’on trouve sur tout ordinateur ou tablette. Les bénéfices d’une telle solution sont multiples, à commencer par les économies en engineering et en maintien dans le temps à l’échelle planétaire : près de 30 milliards de dollars, d’après une étude de l’ARC Advisory Group.

Libérer du temps utile aux ingénieurs

Un autre gain est d’ordre temporel, grâce à un système commun, universel, qui permet un niveau de développement plus rapide et un niveau de diagnostic plus efficace. Les machines pourront communiquer entre elles sans drivers ou bridges, et l’on pourra, dès demain, ajouter sur n’importe quelle ligne de production une nouvelle fonctionnalité sans problème d’installation de hardware, économisant ainsi jusqu’à 30 % de dépenses lors de l’extension d’un site, par exemple.

La maintenance ne se ferait plus en curatif, de façon très coûteuse, mais bien en préventif, grâce à un niveau de diagnostic efficace et simplifié (jusqu’à six fois plus rapide qu’aujourd’hui), puisque l’on pourrait plus facilement remonter à la source d’un bug identifié. Toutes ces économies en matière de temps sont un plus pour l’ingénieur, qui gagne du temps utile au profit de l’innovation.

Une nouvelle philosophie de programmation

Cette philosophie permettra la flexibilité et la résilience qui sont aujourd’hui demandées au secteur industriel pour passer d’une production de masse à celle de produits individualisés.

L’universal automation est une révolution en matière de philosophie de programmation qui valorise les concepts d’interopérabilité et de portabilité. Elle est rendue possible grâce à la norme IEC61499 fondée sur les objets et qui permet de créer des applications faciles à installer sur n’importe quel matériel d’automatisation. Cette philosophie permettra la flexibilité et la résilience qui sont aujourd’hui demandées au secteur industriel pour passer d’une production de masse à celle de produits individualisés.

Malgré les potentielles réticences, un tel changement correspond également à la nouvelle génération de collaborateurs habitués au digital, qui seront davantage des data engineers que des ingénieurs automaticiens. Cela ne nécessite pas la création de nouveaux métiers ex nihilo, mais bien de faire monter en compétences les ingénieurs en automatisme pour qu’ils deviennent de véritables experts en informatique industrielle.

Pour résumer, l’architecture des systèmes actuels d’automatisation a fait progresser l'industrie jusqu’à son niveau actuel. Mais pour prospérer en dépit des aléas du marché et libérer l’innovation, l’industrie doit modifier radicalement son modèle technologique. Nous avons la capacité de le faire grâce à l’universal automation, pour générer des économies essentielles et sortir des business models en place. Avant d’espérer passer à une industrie dématérialisée grâce aux opportunités permises par la 5G, il est nécessaire de bénéficier de systèmes standard, uniformisés et interconnectés pour une meilleure agilité. Et l’universal automation est la clé de ce basculement.

Par Marc Fromager, vice-président de la BU Industrial Automation de Schneider Electric France

Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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