[Avis d'expert] Implantations d’entreprises : après la résistance en 2020, confirmation ou essoufflement en 2021 ?

2020 a été un bon cru pour les implantations de sites industriels malgré le contexte économique pour le moins compliqué. Guillaume Gady, directeur général d'Ancoris (spécialiste de la promotion économique des territoires et de la détection de projets d’implantation) décrypte les raisons de ce dynamisme et pointe les défis à relever dans un avenir proche.

 

Partager

TESTEZ GRATUITEMENT L'ABONNEMENT À L'USINE NOUVELLE

15 jours gratuits et sans engagement

[Avis d'expert] Implantations d’entreprises : après la résistance en 2020, confirmation ou essoufflement en 2021 ?
Guillaume Gady est président d'Ancoris

Commençons par une bonne nouvelle : l’analyse des données relatives aux projets d’implantation d’entreprises du secteur industriel montre en 2020 une progression de 28% par rapport à 2019, malgré une chute de la croissance de 8,3%. D’autres secteurs progressent à l’instar de la logistique (grâce au développement du e-commerce), l’agro-alimentaire, la santé, ou encore les télécommunications. Effet d’aubaine dû au plan de relance du gouvernement auquel les collectivités sont associées ? Avant de répondre, revenons à la chronologie de cette année-là. Après un mois de janvier 2020 marqué par une forte contestation sociale (réforme des retraites) entraînant un ralentissement sévère des projets d’implantation, la suite du premier trimestre laissait augurer une forte reprise, jusqu’à l’annonce du 1er confinement qui stoppa net l’embellie… mais pas pour longtemps.

L’année des rebonds, malgré toutes les difficultés

Tout porte à croire qu’une fois passée une phase de sidération puis de réorganisation, les dirigeants ont profité de cette période pour peaufiner et (ré)activer leurs projets. La fin du premier confinement a ainsi marqué un fort rebond (+28% en mars, +200% en avril) notamment du fait de décalages des projets qui auraient dû émerger plus tôt dans le printemps. De même pour la rentrée, avec des pics assez exceptionnels (+266% en octobre, +150% en novembre).

VOS INDICES

source

logo indice & contations

Le contenu des indices est réservé aux abonnés à L’Usine Nouvelle

Je me connecte Je m'abonne

La plus grande disponibilité des dirigeants durant ces périodes, mais aussi les différents plans de relance nationaux et régionaux particulièrement incitatifs peuvent expliquer ces performances. Mais tout le monde n’est pas logé à la même enseigne et l’essor de certains secteurs a compensé le ralentissement d’autres. Toutefois, ces rebonds dans un contexte si anxiogène ont témoigné d’une forte confiance en l’avenir et d’une remarquable volonté des entrepreneurs de faire avancer leurs projets de développement malgré toutes les difficultés opérationnelles et administratives.

Plutôt que de s’imposer à ces acteurs du développement économique, les facteurs sociaux, sanitaires et environnementaux leur ont paradoxalement offert des opportunités pour repenser leur métier. Le pessimiste verra l’année 2020 comme une année de résistance vaine face à une crise économique majeure qui menace d’éclater dès que l’Etat n’apportera plus son aide, l’optimiste percevra autre chose : un tissu économique composé d’entreprises aux fondamentaux solides, une capacité d’adaptation et d’innovation jusqu’ici sous-évaluée, des entrepreneurs particulièrement combatifs.

Quelles perspectives pour l’implantation d’entreprises dans les territoires en 2021 ?

La pandémie est toujours là et, si le gouvernement semble vouloir éviter les restrictions d’activités, difficile de prédire le résultat de la course poursuite entre la vaccination et le SARS-CoV-2. L’observation des grands indicateurs ne permet pas de se forger de conviction définitive. Le climat des affaires par exemple, en léger recul de 1 point en février 2021 par rapport à janvier, semble résister en se situant désormais à 90 points. Il reste néanmoins inférieur à sa moyenne de long terme qui s'établit à 100 points. Julien Pouget, chef du département de la conjoncture de l’organisme résume : « On a une évolution en miroir de la courbe des contaminations, la situation sanitaire reste le premier déterminant de la conjoncture économique ». On peut noter aussi que si les investissements directs étrangers ont chuté de 49% au cours du premier semestre 2020 au niveau mondial, cette chute n’a été « que » de 17% en France selon Business France, preuve que le pays conserve de l’attractivité.

Quid de l’impact du plan de relance ? D’évidence, certains dirigeants sont sortis d'une logique défensive pour déclencher leurs projets et bénéficier des dispositifs d'appui régionaux ou nationaux. Ce qui a en partie expliqué le dynamisme de fin d'année, qui se confirme en ce début d'année. La baisse des impôts de production aura-t-elle un impact sur les investissements ?

Mais d’autres paramètres, plus structurants à long terme, feront la différence. En 2020, les entreprises ont très nettement privilégié les bâtiments déjà existants pour leurs projets (66%), plutôt que des terrains (15%). La prime est de fait allée aux territoires les plus dotés en locaux et foncier, comme toujours. Ce sujet s’imposera encore comme un véritable défi pour les territoires. Du point de vue des collectivités, disposer d’une offre importante et diversifiée de bâtis existants reste un facteur d’attractivité déterminant pour le taux de concrétisation des projets.

A la recherche des friches perdues…

Beaucoup de territoires doivent ainsi faire face à une double difficulté en raison de la pénurie immobilière d’un côté et l’objectif de « zéro artificialisation des sols » inscrit au plan biodiversité présenté par le gouvernement à l’été 2018. Une des solutions que nous évoquons depuis longtemps est donc de valoriser l’espace déjà artificialisé et c’est en ce sens que le Fonds pour le recyclage des friches peut constituer un effet de levier pour les territoires et les entreprises en développement. Toutefois, encore faut-il déjà bien identifier ces friches. A ce jour, les chiffres diffèrent, fortement selon les sources officielles. Les conditions du succès de cette politique reposeront ensuite sur trois piliers : la cohérence des stratégies de reconversion de ces espaces avec les écosystèmes locaux, l’adéquation des aménagements avec les besoins réels des entreprises, la volonté de privilégier les projets les plus vertueux sur le plan environnemental, qu’il s’agisse des matériaux utilisés ou des consommations d’énergie.

Guillaume Gady, directeur général d’Ancoris

Les avis d'experts sont publiés sous l'entière responsabilité de leurs auteurs et n'engagent en rien la rédaction de L'Usine Nouvelle.

Partager

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS