Avec le Brexit, les industriels britanniques pourraient souffrir d'une pénurie de main-d'oeuvre

Alors que les négociations sur le Brexit doivent débuter mi-juin, 10 % des salariés de l'industrie britannique sont des ressortissants européens selon une étude de la Coface.

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Avec le Brexit, les industriels britanniques pourraient souffrir d'une pénurie de main-d'oeuvre

Un an après le référendum, les entreprises n’ont pas encore vraiment vu l’effet du Brexit. Leurs profits ont atteint leur plus haut niveau historique l’an dernier, avec 105 milliards de livres. Les exportations ont profité de la dépréciation de la livre progresser de près de 9 % entre juin 2016 et mars 2017.

Cette résistance commence toutefois de s’émousser, alors que les négociations officielles du divorce entre Londres et Bruxelles doivent démarrer le 19 juin. "Au premier trimestre, la consommation des ménages a fléchi et l’investissement des entreprises s’affaiblit, avec un recul de la demande de crédits de la part des entreprises", souligne Marie Albert, responsable risque pays chez l’assureur-crédit Coface, qui a cosigné une étude sur l’impact du Brexit.

Le mouvement devrait s’amplifier. Dans l’automobile, les investissements des constructeurs et équipementiers sont passé de 2,5 milliards de livres en 2015 à 1,7 milliards l’an dernier. La baisse du taux de change a certes favorisé les exportations. Mais elle a aussi eu pour conséquence de renchérir le coût des importations. Pour les ménages comme pour les entreprises, qui dépendent à 40 % de composants et de biens intermédiaires importés. Résultat : selon l’assureur-crédit, les défaillances d’entreprises devraient ainsi progresser de 8 % en 2017, sur fond de croissance en berne à 1,4 %.

Pénurie de main d'oeuvre

Et à plus long terme? Dans la perspective d'un "hard Brexit" en avril 2019, les entreprises seront confrontés à d'autres chocs. Dans le débat télévisé qui l’opposait à son rival travailliste Jeremy Corbyn, lundi 29 mai, la Première Ministre Theresa May a répété sa position en faveur d’un Brexit dur. "Mieux vaut pas d’accord du tout qu’un mauvais accord", a-t-elle martelé, alors que l’écart se resserre dans les sondages entre travaillistes et conservateurs à une semaine des élections législatives anticipées.

Hausse des doits de douanes, fin du passeport financier... La baisse de l’attractivité du Royaume-Uni pourrait faire reculer de 22 % les investissements directs étrangers. Un autre effet pourrait aussi pénaliser l'activité : Les entreprises vont devoir faire face à des pénuries de main d’œuvre importantes dans certains secteurs, alors que le Brexit devrait réduire les flux migratoires venant d’Europe. Dans l’industrie britannique, 10,2 % des salariés sont des ressortissants communautaires et un tiers d’entre eux occupent des postes qualifiés. Selon la Coface, une baisse de l’immigration européenne à partir de 2019 pourrait coûter de 0,3 à 0,6 point de croissance à l’économie selon les scénarios. "Le déficit de compétences est important pour les techniciens ou d’ingénieurs notamment dans l'industrie automobile", souligne Khalid Ait-Yahia, économiste chez Coface. Or remplacer les postes vacants pourrait être compliqué dans une économie au quasi plein emploi. Les entreprises vont donc devoir revoir leurs politiques RH.

Jusqu'à envisager de délocalisaliser ? L’assureur-crédit préfère rester prudent. "Le Brexit n’est pas tout. Le Royaume-Uni reste un site attractif", nuance Marie Albert. Surtout s’il réduit drastiquement la fiscalité sur les entreprises, comme Theresa May s’y est engagée.

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