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Avec la simulation, De Buyer gagne en autonomie

Par Marion Garreau ,

Publié le

Transformation numérique Le fabricant d’ustensiles de cuisine De Buyer conçoit ses produits grâce à la modélisation 3D. Et révolutionne son approche commerciale.

Avec la simulation, De Buyer gagne en autonomie
De Buyer, PME familiale qui fabrique des ustensiles de cuisine depuis 1830, compte sept robots dans son usine, dont la dernière cellule a été entièrement conçue et réalisée en interne. Une autonomie gagnée grâce à sa maîtrise des logiciels de modélisation et de simulation 3D, qui lui ont permis de créer un jumeau numérique de son usine. En train de déployer un nouvel ERP et des bornes Wi-Fi pour mettre fin au papier, la société mise sur l’arrivée de la fibre en avril pour doper son offre de services.

Au fond de l’atelier, derrière une grille, un bras robotisé fait face à deux machines d’usinage. Sur le côté, un automate de triage sort d’un bac des bagues à usiner pour les présenter au robot. Avec sa pince, celui-ci prend les pièces une à une pour les faire passer successivement dans les deux machines d’usinage. Il les récupère une fois usinées pour les redéposer dans l’automate de triage. En chemin, le robot réajuste la tenue de sa pince en frappant la bague sur un petit rebord, tel un humain qui ajuste sa prise en main. Quinze ans après l’achat de son premier robot, le spécialiste des ustensiles de cuisine De Buyer innove avec cette nouvelle cellule robotisée. Le robot ABB a été acheté nu, tout le reste, de la pince aux machines à usiner en passant par le dispositif de triage, a été conçu et fabriqué en interne, sans l’intervention d’un intégrateur.

Cette performance est le fruit d’une évolution de longue date. Alors qu’elle ciblait historiquement le marché grand public, la PME familiale née en 1830 au Val-d’Ajol (Vosges) a dû se recentrer sur celui des professionnels après l’arrivée de la concurrence asiatique à la fin des années 1980. Un recentrage synonyme d’une montée en gamme, avec des produits vendus comme outils de travail. L’innovation dans les matières et l’ergonomie sont alors un enjeu majeur. Avec deux conséquences, l’émergence d’une culture de l’innovation et l’adoption de logiciels de modélisation 3D. L’innovation se déploie au quotidien dans les ateliers où travaillent 120 des 180 salariés de la PME. Celui de mécanique accueille les centres d’usinage que De Buyer a rachetés à son ancien fabricant d’outillages lors de son dépôt de bilan, intégrant les salariés qui travaillaient sur ses projets. Sur une longue table, un outil d’emboutissage des moules à cannelés, la pâtisserie bordelaise, a été conçu sur logiciel en 3D, puis usiné en interne. « Avoir la capacité de créer nos machines et nos outillages nous permet d’innover dans nos process et d’être plus réactifs, alors que nos 7 000 références de composants renvoient chacune à un outillage différent », fait valoir Jean-Noël Mathieu, le directeur général adjoint de De Buyer.

Cette autonomie est un levier de créativité et d’agilité pour cette entreprise qui conçoit des produits personnalisés comme de la moyenne série. « Nous faisons imprimer des prototypes de nouveaux produits toutes les semaines », précise Jean-Noël Mathieu, qui a toujours une boule de pâte à modeler sur son bureau, plus efficace qu’un logiciel pour travailler l’ergonomie. Mais la PME ne possède pas encore d’imprimante 3D. « Nous externalisons ces impressions car nous attendons que la technologie soit plus mature pour y investir, explique-t-il. Nous suivons de près les progrès des imprimantes 3D métalliques. Créer une pièce avec un corps creux ou obtenir une matière microporeuse pour optimiser la lubrification lors du formage constituent des développements très intéressants pour nous. Mais les machines abouties sont encore à des coûts prohibitifs. »

un jumeau numérique de l’usine

En revanche, De Buyer n’a pas hésité à investir dès 1999 dans le logiciel de CAO 3D Solidworks, puis à s’équiper du module qui permet d’en tirer des images et films 3D. « L’objectif était de permettre à un client de visualiser le produit pour s’assurer qu’il correspond à sa demande. C’est de là que vient notre culture de la représentation et démonstration en 3D », rappelle Jean-Noël Mathieu. De Buyer se sert du logiciel pour simuler les contraintes et la déformation des matières ainsi que le flux de remplissage de moules d’injection lors de leur conception. L’entreprise a également développé un jumeau numérique de son usine, sur lequel sont modélisés les bâtiments, les ateliers, les machines et même les outillages, pour ceux développés en interne. Un bâti chamboulé ces dernières années, pour des questions de modernisation, mais aussi de croissance : le chiffre d’affaires de l’entreprise est passé de 23 millions d’euros en 2012 à 32 millions en 2017. En 2013, un tiers de l’usine a été détruit pour reconstruire 3 600 mètres carrés d’ateliers et 1 500 mètres carrés de bureaux et showroom. En 2017, 3 000 nouveaux mètres carrés ont été construits. Le jumeau numérique a permis de simuler les chantiers et les déménagements. « Avant de bouger nos lignes, nous avons pu tester les nouvelles implantations et discuter avec les opérateurs de la place des machines et des palettes selon leurs déplacements », explique Noémie Charpentier.

Cette ingénieur de 32 ans arrivée chez De Buyer en tant que chargée de maintenance en 2009 s’est formée au fil des ans à la programmation robotique pour devenir autonome en la matière, sur Kuka et ABB « uniquement ». Pour 2018, elle a demandé une formation en robotique virtuelle afin de pouvoir simuler sur ordinateur ses programmes avant de les implanter sur un robot réel. La robotique collaborative est aussi dans le viseur de Jean-Noël Mathieu, qui échange régulièrement sur l’industrie du futur en tant que président du comité des arts culinaire du Centre technique des industries mécaniques (Cetim) et membre de la commission Technologie et innovation de sa région. Pour autant, il reste prudent sur certains sujets, notamment la connectivité des machines. « Nos machines sont bourrées de capteurs, mais elles ne sont pas connectées et les données ne sortent pas des ateliers, précise-t-il. La cybersécurité reste pour nous un sujet préoccupant. »

Un ERP accessible aux filiales et aux clients

L’ouverture à l’extérieur se prépare quand même. Live Facebook sur des recettes de cuisine, extension CRM pour optimiser la relation clients, la société a dans ses tiroirs plusieurs projets digitaux. « Depuis dix ans, l’usine ne cesse de se moderniser car elle attend une hausse des ventes grâce au digital, explique Sophie Hesse, la directrice marketing et communication [lire l’entretien]. L’année 2018 sera celle de notre révolution digitale commerciale et tout est en ordre de marche. » Enfin, presque. Nichée derrière le col du Peutet, la PME n’a pas accès à la fibre, une limite à sa digitalisation qui devrait prendre fin dans trois mois. Avec le très haut débit, la société pourra aller au bout des capacités de son nouvel ERP, Sage X3, capable de gérer plusieurs filiales et accessible par Wi-Fi. « Cet ERP doit permettre à nos filiales commerciales à l’étranger, puis à nos clients, de voir en temps réel notre offre produits, l’état de nos stocks et l’avancement de notre production », explique Jean-Noël Mathieu. Adossé à l’autonomie acquise en matière d’outil de production, cet ERP permettra à De Buyer de mettre en œuvre sa stratégie de personnalisation de ses produits tout en étant plus réactive. En attendant, des antennes Wi-Fi ont été installées dans les zones de sortie de production et les espaces logistiques pour abandonner le papier et permettre une actualisation en temps réel des informations sur les stocks et des flux. Bien sûr, pour décider de l’emplacement de ces antennes, les ondes ont été simulées sur le jumeau numérique de l’entreprise. 

« Nous créerons un site web réservé à nos clients professionnels »

Sophie Hesse, directrice marketing et communication de De Buyer
  • Vous avez été recrutée il y a six mois pour participer à la transformation digitale de De Buyer. Quel est votre rôle ?
À mon arrivée, l’entreprise était déjà bien organisée en matière de communication digitale, avec une présence sur les réseaux sociaux Facebook, Pinterest et Instagram. L’objectif est d’accélérer le recrutement et l’élargissement de la communauté De Buyer. Nous visons notamment la génération des millennials [les 15-30 ans, ndlr], très demandeuse d’information avant d’acheter et avec des habitudes de recherche différentes. Nous devons produire plus de contenus vidéo, avec des tutoriels et des recettes réalisées avec nos ustensiles, et être encore plus présents sur les réseaux sociaux pour créer un échange.
  • Mais vos clients directs restent les revendeurs professionnels. Comment abordez-vous la transformation numérique de votre relation avec eux ?

Nous allons créer des contenus digitaux pour nos revendeurs avec l’objectif d’en faire des experts de notre marque. Mais notre grand projet est avant tout la création d’un site web réservé à nos clients professionnels, qui nous servira à leur offrir plus de services. Ils pourront y passer leur commande en ligne, alors qu’aujourd’hui ils envoient un fax ou passent par nos commerciaux. Ils pourront aussi suivre son traitement en temps réel et avoir accès à un catalogue personnalisé en termes de taille, de matériaux ou de design, par exemple. Il y aura encore d’autres services, mais il est trop tôt pour les dévoiler.

  • Explorez-vous la piste des produits connectés ?

Nous avons fait quelques essais avec une start-up, mais nous n’avons pas été convaincus. Nos produits sont vendus à des professionnels qui les utilisent comme outil de travail. Ils doivent leur apporter un service. Les objets connectés nous apparaissent plus comme des gadgets aujourd’hui. Il nous est donc difficile d’y trouver un intérêt. 

 

Mettre en place un réseau social d’entreprise.

Il y a six mois, la société a installé le réseau Workplace, créé par Facebook pour les entreprises. Sur le fil d’actualités du groupe, un message d’anniversaire succède à la photo envoyée par un commercial du stand qu’il a monté sur un salon. « Ce réseau permet à nos opérateurs et à nos commerciaux de mieux se connaître, estime Jean-Noël Mathieu, le directeur général adjoint. En se sentant plus intégrés à l’usine, les commerciaux remontent davantage les problèmes rencontrés sur le terrain, ce qui nous permet d’améliorer notre offre. » Plusieurs groupes de travail fermés ont aussi été créés autour de projets spécifiques, dont l’un sur le digital. 

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