Economie

Aux Assises du Produire en France, les propositions fusent mais les politiques peinent à convaincre

Solène Davesne

Publié le

Made in France Entre protectionnisme affiché et virage libéral assumé, quinze candidats à l'élection présidentielle sont venus dérouler leurs propositions à Reims (Marne), lors des "Assises du produire en France". Sans vraiment convaincre les chefs d'entreprises.

Aux Assises du Produire en France, les propositions fusent mais les politiques peinent à convaincre
Les candidats à l'élection présidentielle ne pouvaient pas faire l'impasse sur le salon du Made in France. Ici Alain Juppé.

Arnaud Montebourg, Marine Le Pen, Cécile Duflot, Alain Juppé, Bruno Le Maire et Jean-François Copé... Ils sont presque tous là. Parmi les candidats déjà déclarés à la présidence de la République - ou engagés dans les primaires - rares sont ceux à avoir fait l'impasse sur ce "grand oral" organisé par les Assises du produire en France à Reims (Marne). Nicolas Sarkozy et François Fillon ont choisi, eux, de se faire représenter par leurs lieutenants.

Comme lors de l'élection de 2012, le made in France est à la mode chez les politiques. Difficile pour eux de ne pas s'afficher en grand défenseur du maintien de la fabrication industrielle dans l'Hexagone.

Chacun sa méthode

Comment s'y prendre ? Sur l'estrade décorée de plots lumineux bleu-blanc-rouge, Arnaud Montebourg est le premier à se lancer. L'ancien ministre, chantre du patriotisme économique, défend une "grande politique structurante du made in France". Parmi ses propositions : l’attribution de 80 % des marchés publics à des PME françaises, le fléchage de l'assurance-vie vers l'industrie et la participation des citoyens à la simplification administrative.

L'ancien ministre entend incarner une voie médiane entre mesures défensives et "soutien à la compétitivité des entreprises. Pour Arnaud Montebourg, "ceux qui veulent s'exonérer de surveiller les coûts de production au nom de l'argument protectionniste nous leurrent". Une référence claire à Marine Le Pen. Arrivée en retard dans une nuée de journalistes, la présidente du Front national réclame la sortie de l'euro et de l'Union européenne, comme l'ont décidé les Britanniques. "Tous ceux qui vous parleront de produire en France sans retrouver notre indépendance sont dans l'imposture", croit savoir la présidente du FN qui veut imposer un small business act une fois sortie de l'UE et une obligation d'étiquetage de l'origine des produits.

Le risque de déclencher des mesures de rétorsion contre les exportateurs ? "La création d'emplois en France permettra de baisser les impôts et cela boostera nos exportations", tranche-t-elle en déclarant vouloir faire de l'innovation l'un de ses thèmes de campagne. Sur la même ligne, Nicolas Dupont-Aignan plaide pour une renégociation des traités européens.

Pour limiter la concurrence des produits à bas coûts, Cécile Duflot, candidate à la primaire écologiste, préfère proposer de prendre en compte les critères écologiques et l'empreinte carbone des produits dans les marchés publics. La proposition figure aussi dans le programme de Bruno Le Maire. Mais pour aider les entreprises à produire en France, le candidat à la primaire de droite veut surtout "simplifier et alléger" l'environnement des entreprises en baissant la fiscalité sur les transmissions et l'impôt sur les sociétés.

"Faire de l'Europe le bouc émissaire du produire en France, c'est facile", estime Jean-François Copé qui propose, lui, d'en finir avec les 35 heures, de simplifier le code du travail et d'attribuer à tout jeune de 16 ans un numéro de SIRET pour "décomplexer le rapport au travail".

Alain Juppé part lui aussi en guerre contre le protectionnisme.  "C'est un discours dangereux car il met en péril les entreprises exportatrices", assure le maire de Bordeaux. Lui aussi entend d'abord créer un environnement favorable avec la création d'une TVA sociale de 10 milliards d'euros, la sortie des 35 heures et créer une grande banque de l'exportation à la française pour aider les PME. "Des réformes difficiles", reconnaît-il. Alain Juppé s'est trouvé une cible plus facile : attaquer le traité transatlantique. "En l'état, ce n'est pas recevable", plaide-t-il. Sur ce point-là, le candidat à la primaire Les Républicains rejoint Arnaud Montebourg, Yannick Jadot  et Jean-Luc Mélenchon.

Les entrepreneurs circonspects

Dans l'assemblée, les propositions n'ont toutefois pas convaincu tous les entrepreneurs. Entre la poignée de stands de produits fabriqués en France, Frank Boehly, le patron du Comité national du cuir qui représente 8000 entreprises, est circonspect. "Aucun candidat n'arrive vraiment à se mettre à la place des entrepreneurs, déclare-t-il. On a du mal à y croire." Il attend davantage de mesures de simplification.

Laurent Colas, le patron d'ENO, a quant à lui plus été séduit par Bruno Le Maire qui entend redorer la formation avec la création de grandes écoles des métiers. "Il faut absolument une TVA sociale", ajoute-t-il. Sur son stand, le patron du groupe Muller, qui fabrique 100 % de ses chauffages et ballons d'eau chaude sur ses six sites français, est plus philosophe. "Ce qui est important, c'est que le produire en France soit à l'agenda de cette campagne électorale", résume le patron avant de saluer Arnaud Montebourg, le seul à s'éterniser entre les stands.

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